‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 44 sur 203 · Lettres et papiers d'État, VIII · texte numérisé non relu

Lettres et papiers d'État, VIII

Le comte d'Harcourt reprenait aux Espagnols les îles de Lérins sur notre littoral de Provence. — Le maréchal de Schomberg gagnait l'importante bataille de Leucate sur les Espagnols.

1638. Notre allié, Bernard de Weimar, battit les Impériaux commandés par Jean de Verth à Rhinfeld, et, après un siège célèbre, pendant lequel il défit trois armées allemandes, il s'empara de Brisach, clef de l'Alsace et de la Souabe. — Pendant ce temps, le cardinal de Sourdis, brave et habile amiral, battait la flotte espagnole. — Mais, aux Pyrénées, le duc de la Valette qui, avec le prince de Condé, assiégeait Fontarabie, ayant par sa faute amené la levée du siège, fut accusé de trahison, jugé et condamné à mort. Heureusement pour lui, il put se sauver en Angleterre.

Cette année, au premier de l'an, madame de Combalet, nièce du Cardinal, qui venait de lui acheter la terre d'Aiguillon ', fut saluée par Louis XIII du nom de duchesse d'Aiguillon et reçut du Roi le brevet qui lui conférait ce titre exceptionnel \ On a tant dit et tant répété que Louis XIII ne subissait qu'en maugréant le joug de Richelieu, qu'il est bon de reproduire le début des Lettres du Roi : « Les grands et signalés services que nous a rendus, à nous et à cette couronne, notre cher et bien-aimé cousin le cardinal

1. Richelieu avait racheté à la veuve du duc de Puylaurens les diverses terres qui formèrent le duché d'Aiguillon, et les avait données à sa nièce, madame de Combalet.

2. Les lettres du Roi furent enregistrées au Parlement le 19 mai.

de Richelieu, nous donnent une telle satisfaction que nous nous sentons conviés non seulement à la lui faire connaître par toutes sortes de témoignages, mais encore à les étendre aux personnes qui lui appartiennent... »

Madame d'Aiguillon, par son caractère, son intelligence, ses vertus, sa grande charité et l'amabilité de son esprit, était la nièce préférée du Cardinal et parfaitement digne de l'honneur insigne que le Roi lui faisait, sûr, par ce cadeau de jour de l'an, de satisfaire complètement son ministre si dévoué.

1639. Rernard de Weimar étant mort cette année, ses colonels entrèrent directement au service de la France, vendirent l'Alsace à Louis XIII et passèrent, en prenant le nom d'armée weimarienne, sous le commandement du maréchal de Guébriant. Richelieu donnait enfin le Rhin à la France.

A la fin de cette année, le Trésor était vide ; le surintendant des finances, M. de Rullion, disait : « On est au fond du pot1 ». Le peuple, les taillables, le paysan surtout, étaient écrasés d'impôts; de mauvaises mesures, iniques et intolérables, avaient fait éclater en Normandie la révolte des Nu-Pieds. Tout en blâmant les fautes qui avaient provoqué ce soulèvement2, le Cardinal le réprima avec sa sévérité accoutumée.

Richelieu avait peu de pitié pour le peuple.

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