Lettres et papiers d'État, VI
Tous les politiques, dit-il i, sont d'accord que, si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les contenir dans les règles de leur devoir. Leur fondement est, qu'ayant moins de connaissance que les autres ordres de l'État beaucoup plus cultivés et plus instruits, s'ils n'étaient retenus par quelque nécessité, difficilement demeureraientils dans les règles qui leur sont prescrites par la raison et par les lois. La raison ne permet pas de les exempter de toutes charges ; parce qu'en perdant en tel cas la marque de leur sujétion, ils perdraient aussi la mémoire de leur condition, et que s'ils étaient libres de tributs, ils penseraient l'être de l'obéissance.
Il les faut comparer aux mulets qui, étant accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail. Mais, ainsi que ce travail doit être modéré, et qu'il faut que la charge de ces animaux soit proportionnée à leurs forces, il en est de même des subsides à l'égard des peuples : s'ils n'étaient modérés, lors même qu'ils seraient utiles au public, ils ne laisseraient pas d'être injustes.
La comparaison du peuple avec le mulet est bizarre et heurte toutes nos idées modernes; mais Richelieu ne veut pas qu'on foule le mulet. Constamment il chercha à soulager le peuple, en diminuant les tailles et la gabelle, en réprimant les voleries des traitants, en supprimant beaucoup de dépenses inutiles et en autorisant la libre exportation des blés , ce qui permettait au paysan de vendre avantageusement son grain en ouvrant les marchés étrangers à ce commerce.
1640. La guerre se généralisa : on se battit dans
t. Testament politique, [,225.
les Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, sur mer; le Portugal allait s'affranchir de la domination espagnole ; la Catalogne se souleva; partout nos armes et celles de nos alliés allaient être victorieuses.
Aux Pays-Bas, le maréchal de la Meilleraye assiégea et prit Arras : le Roi et Richelieu avaient assisté aux opérations du siège. « A son retour à Paris, le Cardinal avait célébré la messe à Notre-Dame, à l'autel de la Vierge, au milieu d'une incroyable concours de peuple venant admirer le prince de l'Église remerciant humblement Dieu des prospérités qu'il accordait aux armes de la France, après avoir montré tant de courage et de vigueur pour les obtenir1 ».
L'illustre général suédois Baner venait de gagner sur les Impériaux la bataille de Chemnitz. Guébriant résolut de le joindre, traversa le Rhin à Bacharach, passage demeuré célèbre, et alla opérer sa jonction avec les Suédois à Erfurt. L'armée franco-suédoise faillit surprendre, à Ratisbonne, l'Empereur et la diète, qui eurent la chance de s'échapper.
En Italie, les Espagnols s'étaient emparés de plusieurs villes du Piémont, devenu notre allié ; ils avaient pris Turin, mais les Français avaient conservé la citadelle de la ville : le comte d'Harcourt arriva à leur secours. Il commença par battre l'armée espagnole qui assiégeait Casai et à délivrer cette ville, puis il se porta sur Turin qu'il attaqua. Bientôt il fut bloqué dans son camp par une nouvelle armée espagnole commandée