‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 50 sur 203 · Madame de Chevreuse · texte numérisé non relu

Madame de Chevreuse

Louis XIII et savait à quel point il était Roi et Français et dévoué à leur commun système ». La vérité apparaît déjà dans ces trois appréciations : elle a été prouvée par M. Marius Topin. Les 230 lettres autographes et inédites de Louis XIII à Richelieu1 établissent d'une façon irrécusable les sentiments du Roi à l'endroit de son ministre, c'est-à-dire une grande amitié, beaucoup d'estime. De plus, ces lettres ne montrent jamais que le Roi ait été impatient de subir la domination du Cardinal et désireux de reprendre sa liberté, ni le parti pris d'abandonner, par paresse d'esprit, la direction des affaires à un habile ministre. Ce sont les ennemis de Richelieu, Marie de Médicis, Gaston et les amis de l'Espagne, ce sont les conspirateurs qui ont représenté Richelieu comme un tyran imposant sa volonté au Roi, et Louis XIII comme un roi faible subissant une domination détestée, et leurs assertions ont été acceptées, malgré leur fausseté évidente, jusqu'à nos jours.

Quand Louis XIII est fatigué du joug que lui impose du ministre, il le fait tuer : exemple, Concini. Quand Louis XIII veut se débarrasser de ministres qui ne lui conviennent plus, il les chasse durement : exemples, MM. de Sillery et de Puisieux: ou il donne l'ordre à son capitaine des gardes de les arrêter et de l'en débarrasser : exemple, M. de la Vieuville. S'il eût voulu se délivrer de la prétendue domination que Richelieu exerçait sur lui, il l'aurait exilé ou mis au Bois de Vin-

\. Elles sont conservées aux archives des Affaires étrangères; quatre seulement sont à la Bibliothèque nationale.

cennes1 sans autre formalité. Rien n'était plus facile, liais il eût été bien plus facile encore d'accepter l'offre que le Cardinal a faite plus d'une fois de quitter les affaires et de se retirer dans l'une de ses maisons pour y soigner sa santé, fort délicate en effet.

Si Louis XIII avait gémi sous le joug de Richelieu, il ne l'aurait pas constamment et énergiquement défendu contre sa mère, son frère, sa femme, ses frères de Vendôme et leurs coteries, qui ne cessaient de cabaler pour le faire renvoyer du Conseil; il ne l'aurait pas protégé, soutenu, défendu contre tous les conspirateurs, même contre ses favoris, qui ne cessaient de vouloir tuer le Cardinal; il ne l'aurait pas conservé à la journée des Dupes, malgré les violents efforts de Marie de Médicis, qu'il laissa partir en exi\ plutôt que de consentir au renvoi de Richelieu.

Richelieu, prétend-on, a imposé au Roi ses idées politiques ; il l'a tenu sous le joug pour accomplir ses projets. C'est l'inverse qui est la vérité. Richelieu, ministre de Marie de Médicis, est espagnol comme Marie de Médicis et Concini. Louis XIII et Luynes sont antiespagnols, et leur politique est toute française. Quand Richelieu redevient ministre en 1624, éclairé par la réflexion, averti par sa haute intelligence, ou conduit par l'ambition, il renonce à la politique de Marie de Médicis et adopte celle de Louis XIII, qui est bien l'héritier de Henri IV et Français de race et d'instinct, qui

1. Le bois de Vincennes, nom ordinairement employé alors pour désigner le château de Vincennes et son donjon.

est glorieux, « qui affectionne son État plus que toute chose1 ».

Tous les deux, roi et ministre, sont d'accord pour vouloir une France affranchie de l'influence du cabinet de Madrid, désormais libre de ses mouvements, grande, forte, puissante en Europe et non pas vassale de l'Espagne. Luynes avait déjà essayé de mettre cette politique à exécution : Richelieu la fera triompher, à la grande satisfaction de Louis XIII.

Dans toutes ses lettres au Roi, le Cardinal se fait aussi humble que possible, et l'on est frappé quelquefois du degré auquel s'abaissent cette humilité et cette flatterie. Ce ne sont pas les lettres qu'on écrirait à un roi que l'on domine, que l'on tient sous sa dépendance. En vrai courtisan, en homme très soumis à son Roi, Richelieu flatte toujours et flagorne quelquefois Sa Majesté. « Le Roi, lui dit-il, est le premier de son Conseil en jugement2. — La prévoyance et défiance du Roi ont été avec raison préférables à la simplicité du cardinal*. — S. M. remarquera, s'il lui plaît, que toutes les choses qui lui ont succédé (réussi) lui ont plutôt succédé par sa présence, et pour avoir su prendre l'oc- casion à propos, que par la force de ses armes. La prise de la Rochelle, le passage des Alpes, la ruine des huguenots au Languedoc, la prise de Nancy sans forces, justifient clairement cette proposition. J'y ajou-

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