Surintendants des finances
ment dans cette pensée, que tant s'en faut que je l'en veuille détourner, je crois qu'elle le doit faire, puisqu'elle l'a publié, et qu'il a, par son commandement, été mandé dans toutes ses armées et dans toutes ses provinces.
Après cela, V. M. a trop de bonté pour n'approuver pas qu'un serviteur ancien, fidèle et confident, lui dise, avec le respect qui est dû à un maître, que si elle s'accoutume à penser que les intentions de ses plus assurées créatures soient autres qu'ils ne les lui témoigneront, ils appréhenderont tellement ses soupçons à l'avenir, qu'il leur serait difficile de la servir aussi utilement qu'ils le désirent. Je puis répondre à V. M. que la liberté que vous leur donnez fait qu'ils vous disent franchement ce qu'ils estiment être du bien de votre service ; et que, comme ils tâcheront de vous agréer en toutes choses indifférentes, leur complaisance n'ira pas jusqu'à ce point de le vouloir faire en ce qui vous pourrait être préjudiciable. Je la conjure, au nom de Dieu, de se résoudre à faire gaiement son voyage, et ne se fâcher pas de mille choses de peu de conséquence qui ne seront pas exécutées au temps et au point qu'elle le désirerait, tenant pour certain qu'il n'y a que Dieu qui puisse empêcher pareils inconvénients. Je la conjure encore de ne croire point que quelque humeur qu'elle puisse avoir soit capable de fâcher ni dégoûter une personne, qui, étant plus à vous qu'à elle-même, sera toujours plus désireuse de vous complaire et vous servir que de conserver sa propre vie, pendant le cours de laquelle elle témoignera par toutes ses actions à V. M. qu'elle est et sera inviolablemenl, etc.
Cette lettre et cette soumission à sa volonté calmèrent le Roi qui, revenu de son emportement et le regrettant, écrivit aussitôt à Richelieu (2 septembre 1635) :
Mon cousin, je suis au désespoir de la promptitude que j'eus hier à vous écrire le billet sur le sujet démon voyage ;
je vous prie de le vouloir brûler et oublier en même temps ce qu'il contenait et croire que comme je n'ai eu dessein de vous fâcher en rien, je n'aurai jamais autre pensée que de suivre vos bons avis en toutes choses ponctuellement. Je vous prie encore une fois de vouloir oublier (il y aici une lacune) et m'écrivez par ce porteur que vous n'y pensez plus pour me mettre l'esprit en repos et vous assurer que je n'aurai point de contentement que je ne vous puisse encore témoigner l'extrême affection que j'ai pour vous, qui durera jusqu'à la mort ; priant le bon Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde.
A son tour Richelieu répondit :
Sire, je n'ai garde d'oublier la lettre qu'il vous plut hier m'écrire, parce que je puis assurer V. M. que je n'y ai jamais pensé, c'est-à-dire que je n'ai point été fâché de ce qui était dedans. Continuez, s'il vous plaît, à me témoigner toujours vos divers sentiments, et je continuerai aussi à dire toujours librement à V. M. ce que j'estimerai sur iceux pour le bien de son service.
Ce qui m'a fait, au commencement, opposer au désir de votre voyage, est la connaissance que j'ai de votre constitution, qui, venant de la nature, ne dépend pas absolument de vous. Le grand désir que vous avez de continuer à acquérir de l'honneur et de la gloire par les armes m'y a fait consentir, comme je fais encore. Mais j'estime, ayant vu la dépèche de M. de Vaubecourt1, qu'il faut différer votre parlement jusqu'à ce que l'on ait nettoyé Saint-Mihiel et que vos troupes soient amassées. Il est impossible qu'il n'arrive quantité de changements aux desseins qu'on fait en la guerre, parce qu'il faut prendre des résolutions sur-lechamp, selon les divers comportements des ennemis. Au