Lettres et papiers d'État, V
élevé, grossier, débauché, sans cesse cabalant contre la royauté; Louis XIII ne pouvait en faire son compagnon. La Reine, Anne d'Autriche, était Espagnole et ne cessait d'intriguer avec le cabinet de Madrid; Louis XIII n'avait pour elle qu'une antipathie parfaitement méritée. Marie de Médicis était une femme de relations difficiles, volontaire, emportée quelquefois jusqu'à la fureur, n'aimant pas son fils. Personne, dans sa famille, ne pouvait offrir au Roi une société qui lui fût agréable; il eut donc des favoris.
Louis XIII avait été élevé, pendant le règne de son père, dans un milieu grossier et immoral. Son médecin d'alors, Héroard, a écrit un journal dans lequel on peut lire les détails de cette éducation inimaginable. Le vice, d'ordinaire, est contagieux : le jeune dauphin en fut dégoûté pour toujours, et conserva toute sa vie une profonde horreur de ce qu'il avait vu et entendu. Pendant tout son règne, il donna à sa Cour l'exemple de la vie la plus correcte. Il faut ajouter que la sévérité du Roi est la preuve la plus certaine que les accusations lancées contre les mauvaises mœurs du Cardinal sont absolument fausses, car Louis XIII n'aurait pas accordé à Richelieu son amitié, son estime et sa constante protection, s'il s'en fût rendu indigne par sa conduite.
Le premier favori de Louis XIII fut M. de Luynes, qu'il fit duc, connétable et premier ministre. Le second fut M. de Raradas, page du Roi, qui devint premier écuyer en 1625, premier gentilhomme de la chambre, capitaine du château de Saint-Germain et lieutenant général du Roi au gouvernement de Champagne. « Ce
jeune homme de nul mérite, dit Richelieu dans ses Mémoires, venu en une nuit comme un potiron », essaya de supplanter le Cardinal et fut disgracié à la fin de 1626. Depuis, nous le voyons servir avec une certaine distinction comme colonel d'infanterie'. Il fut remplacé par M. de Saint-Simon, le père de l'auteur des Mémoires. Louis XIII le fit duc*. A son tour, il fut disgracié, en 1636, pour avoir pris trop chaudement le parti de son oncle, M. de Saint-Léger, qui avait capitulé honteusement au Câtelet3. Vient ensuite Cinq-Mars, fils du maréchal d'Effiat, très dévoué au Cardinal, qui plaça ce jeune homme auprès de Louis XIII, croyant y mettre une créature à lui. Nommé, malgré sa jeunesse, capitaine aux gardes à treize ans (1633), maître de la garde-robe du Roi à dix-huit ans (1638), Louis XIII le nomma enfin grand écuyer, ce qui lui valut, selon l'usage de la cour de France, son nom de Monsieur le Grand. Cinq-Mars, objet de tant de faveurs imméritées et devenu, en 1639, le favori de Sa Majesté, se crut appelé aux plus hautes destinées, et n'hésita pas à vouloir remplacer le Cardinal. Vaniteux, paresseux, ami des plaisirs, insolent envers tout le monde et même envers le Roi, sa disgrâce était inévitable, lorsqu'il se lança avec Gaston et le cabinet de Madrid dans un complot contre Richelieu et la France, complot qui lui coûta la vie (1642). Lorsque le Cardinal s'était aperçu que son protégé de-