‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 65 sur 203 · II. — Les Conspirations · texte numérisé non relu

II. — Les Conspirations

Dès l'année 1626, le caractère absolument français de la politique de Richelieu étant évident, la faction espagnole avait décidé sa chute et lui avait voué une haine implacable. Ce pays a toujours eu des irréconciliables, et l'Espagne cherchait à en profiter. On sait quels étaient les chefs de la faction : Marie de Médicis, encore très puissante dans le gouvernement1, son second fils Gaston, la reine Anne d'Autriche, l'ambassadeur d'Espagne. Leurs favoris, les officiers de leur maison, de nombreux ambitieux de tout étage espérant gagner quelque chose aux changements, quelques-uns rêvant la succession du Cardinal, suivaient les reines et Gaston. Le Roi n'était entouré que de gens appartenant à la faction : son médecin, Bouvard, en était ; dames et demoiselles d'honneur d'Anne d'Autriche,

1. Le Pape avait dit à l'un des nonces envoyés en France : «Auparavant vous verrez la Reine-Mère; c'est une personne dont les inclinations vont à l'Espagne, qui n'aime son fils qu'en tant que son intérêt le réclame, et qui est une des plus opiniâtres personnes du monde ». (Journal du grand orage, etc. p. 34.)

également. La Cour presque tout entière appartenait à l'Espagne.

On attaqua d'abord le cardinal de Richelieu au moyen des libelles'. La Lettre déchiffrée"' parle, en 1627, de « ces petits discours infâmes où, depuis un an, on déchire avec une égale malice et licence » le ministre de Louis XIII. Sans entrer dans les détails sur le contenu de ces vils écrits, il faut bien dire qu'ils renferment les calomnies les plus odieuses, les accusations les plus invraisemblables, mais précisément à cause de cela celles que la foule des badauds accepte le plus volontiers. En 1629, Richelieu fut accusé d'avoir empoisonné le cardinal de Bérulle, et le bruit en courut jusqu'à Rome. « Je fais mon possible, écrivaitil ", pour le dissiper ». On disait qu'il voulait détruire la famille royale pour se mettre ensuite à la place du Roi ; que c'était un politique aventureux qui conduisait la France à sa ruine ; qu'il était un prêtre impie sacrifiant les intérêts de la religion à sa gloire mondaine; qu'il manquait à tous ses devoirs en n'écrasant pas les huguenots (1626).

Le Cardinal était très sensible à ces piqûres venimeuses, et il en souffrait cruellement.

Le Roi n'était pas épargné : un pamphlet est intitulé : Le Roy du Roy. Tous représentent Louis XIII comme un prince crédule, docile instrument d'un ambitieux

1. Le centre de publication de ces pamphlets é lait à Bruxelles.

Page 1