‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 71 sur 203 · Il v mourut en 1G · texte numérisé non relu

Il v mourut en 1G

rillac, fut arrêté en Italie à la tête de son armée, jugé, condamné comme concussionnaire et décapité.

Richelieu n'avait couru aucun danger d'être renvoyé, Louis XIII étant absolument décidé à lui conserver le pouvoir. Les deux lettres qu'on vient de lire le prouvent surabondamment et mettent à néant les récits imaginaires qui ont été faits sur la journée des Dupes.

Marie de Médicis ne se tint pas encore pour battue ; elle continua ses intrigues et ses fureurs contre le Cardinal. Elle espérait que Louis XIII, qui aimait beaucoup mademoiselle de Hautefort, ennemie de Richelieu, se laisserait vaincre, et chasserait le Cardinal pour lui plaire : la moralité de Louis XIII déjoua ce nouveau projet.

Enfin, la Cour étant allée à Compiègne, quelques jours après son arrivée, Louis XIII se retira (23 février 1631), laissant sa mère, qui recevait le lendemain l'ordre daller résider à Moulins. Le maréchal de Bassompierre était mis à la Bastille ; la duchesse d'Elbeuf, sœur naturelle du Roi, et la princesse de Conty envoyées en exil.

Peu de temps après (18 juillet), Marie de Médicis quittait furtivement Compiègne et se réfugiait à Bruxelles, chez les Espagnols'.

1. Après sa fuite chez les Espagnols, Marie de Médicis eut l'audace d'adresser trois manifestes au Roi, au Parlement et au Corps de Ville de Paris. Le Parlement et la Ville de Paris ne lui répondirent pas, et on lit dans la réponse sévère que le Roi fit à sa mère : « L'action que vous venez de faire, Madame, ne me permet plus d'ignorer quelles ont été ci-devant vos intentions et ce que j'en dois attendre à l'avenir. Le respect que je vous porte m'empêche de vous en dire davantage ».

LouisXlIIetRichelieuétaientdécidément vainqueurs, et l'Espagne perdait tout appui dans le gouvernement français. Ils n'hésitèrent pas à faire connaître au pays les événements si graves qui venaient de s'accomplir : Louis XIII adressa aux gouverneurs des provinces et aux Parlements, et fit ensuite publier dans le Mercure la lettre suivante, qui est la vraie relation, écrite par le Roi, de la journée des Dupes.

Comme nous croyons avoir sujet d'espérer que tant de travaux que nous avons depuis quelques années continuellement supportés pour le bien de cet État que Dieu a soumis à notre conduite, seraient approuvés et secondés par tous ceux qui sont auprès de nous, nous avons été bien étonnés, lorsqu'après avoir abaltu la rébellion de la Rochelle et de toutes les villes qui lui adhéraient, rétabli la religion catholique en toutes les provinces de notre rovaume, secouru par deux fois nos alliés en Italie, et remporté des avantages qui nous mettent en état de ne devoir porter envie à nos prédécesseurs ; quelques divisions domestiques, qui ont été méditées par de mauvais esprits de quelques particuliers, pendant que nous étions du tout occupés aux grandes affaires dont on a vu le succès, nous ont empêché de jouir de la tranquillité que nous devions nous promettre avec raison, et de procurer dans icelle le soulagement que nous désirons à nos sujets.

Reconnaissant ce mal, qui nous a été d'autant plus sensible qu'il nous prive pour le présent du fruit de nos soins et de nos peines, qui n'ont d'autre fin que la décharge de notre peuple que nous avons toujours eue en l'esprit comme le but de toutes nos actions, nous n'avons rien oublié de tout ce qui nous a été possible pour y apporter remède.

Et parce qu'on avait aigri la Reine, notre très honorée dame et mère, contre notre très cher et bien aimé cousin le

cardinal de Richelieu, il n'y a instance que nous n'ayons faite, prière ni supplication que nous n'ayons employée, ni considération publique et particulière que nous n'ayons mise en avant pour adoucir son esprit. Notredit cousin, reconnaissant ce qu'il lui doit par toutes sortes de considérations, a fait tout ce qu'il a pu pour sa satisfaction, se soumettant avec toute l'humilité possible et tous les respects imaginables à telles lois qu'elle aurait agréable de lui prescrire, ce que nous lui avons offert plusieurs fois de notre bouche. La révérence qu'il a pour elle l'a même porté jusques à ce point de nous supplier et presser diverses fois de trouver bon qu'il se retirât du maniement de nos affaires. Ce que l'utilité de ses services passés et l'intérêt de notre autorité ne nous a pas seulement permis de penser à lui accorder.

Nous n'avons d'autre part rien omis pour contenter l'esprit de notre très cher et très amé frère, le duc d'Orléans, jusques à donner à ceux qui ont le principal pouvoir auprès de lui, selon son désir, plus de biens que l'état de nos finances ne pouvait porter, et des honneurs au delà de ce qu'ils devaient raisonnablement se promettre. Mais tout cela n'a pas empêché qu'ils ne l'aient fait sortir de la Cour, estimant qu'une personne de sa naissance étant éloignée de nous au même temps que la Reine notre très honorée dame et mère y demeurerait témoignant du mécontentement, il serait difficile que nous pussions, quelque adresse qu'on y pût apporter, conduire nos affaires aux bonnes fins que nous nous proposons pour la prospérité de ce royaume, sa grandeur et le bien de nos sujets, vu principalement les affaires que nous avons encore au dehors.

Pour cette raison, étant après une longue patience venu en ce lieu de Compiègne, afin que la Reine, bien intentionnée de soi-même, éloignée par ce moyen de beaucoup de mauvais esprits, conspirât plus facilement avec nous aux moyens justes et raisonnables pour arrêter le cours des factions qui se formaient en notre État, ce dont nous l'avons

fait supplier par de nos principaux ministres, sans qu'elle ait voulu y entendre, nous avons enfin, à notre grand regret, été contraint de tenter un remède plus puissant à ce mal, que nous avons jusques à présent éprouvé si rebelle, aux plus bénins que nous y avons apporté. Et reconnaissant qu'aucuns des auteurs de ces divisions continuaient à les entretenir, nous n'avons pu éviter d'éloigner quelques-uns de notre Cour, ni même, quoiqu'avec une indicible peine, de nous séparer pour quelque temps de la Reine notre très honorée dame et mère , pendant lequel son esprit puisse s'adoucir et se remettre en état de concourir, avec la sincérité qu'elle a fait par le passé, aux conseils que nous aurons à prendre à l'avenir, pour garantir ce royaume des maux qui le menacent lorsqu'il devait recueillir le fruit de nos labeurs.

Nous espérons que la bonté de son naturel ramènera son esprit et la réunira bientôt à nous. >"ous le demandons à Dieu de tout notre cœur, et qu'il bénisse les bonnes intentions que nous avons pour cet État ainsi qu'il a fait par le passé. Ecrit à Compiègne, le 23e jour de février 1631.

Louis.

Après son retour à Paris, Louis XIII résolut d'agir avec vigueur contre son frère qui préparait un soulèvement à Orléans, où il rassemblait soldats et munitions. Les ducs de Guise, d'Elbeuf et de Bellegarde, gouverneurs des provinces de Provence, de Picardie et de Bourgogne, étaient prêts à soutenir la révolte de Gaston. Louis XIII lui offrit encore son pardon ; mais les favoris du duc d'Orléans, le président Le Coigneux et Puylaurens, qui disposaient entièrement de son esprit, craignant pour leur personne, le décidèrent à refuser les propositions du Roi.

Alors Louis XIII et Richelieu, avec des troupes, marchèrent sur Orléans, et Gaston se hâta de se sauver en Lorraine (mars).

Louis XIII déclara coupables de lèse-majesté les favoris de son frère, le comte de Moret, un des bâtards de Henri IV, les ducs d'Elbeuf, de Bellegarde et de Roannez, qui avaient suivi Gaston dans sa fuite ; leurs biens furent confisqués. Le duc de Guise parvint à se sauver en Italie, où il mourut en exil. Le Roi enleva à l'ambassadeur d'Espagne et à sa femme l'entrée libre au Louvre qu'il avait usurpée. L'ambassadeur, M. de Mirabel, se plaignit à Louis XIII, qui maintint sa décision. Le gouvernement espagnol fut très contrarié de cette mesure, ce qui attestait sa nécessité. Mais les relations entre M. de Mirabel et Anne d'Autriche ne furent pas interrompues pour cela; Anne d'Autriche voyait souvent, mais en secret, l'ambassadeur d'Espagne au Val-de-Grâce.

Il fallut ensuite forcer le Parlement de Paris, plein de partisans de Marie de Médicis et d'ennemis de Richelieu, à enregistrer la déclaration du Roi contre les rebelles.

Gaston envoya de Nancy une violente requête contre le Cardinal, adressée au Parlement, et une lettre au Roi, toute remplie d'accusations contre Richelieu qui, disait-il, répétant les dires des pamphlétaires, voulait se défaire du Roi et le remplacer. Louis XIII répondit à ce factum par une lettre sévère, dans laquelle il disait vertement à son frère que « c'était à lui à qui l'on en voulait, et qu'il en avait des preuves si certaines,

qu'il ne pouvait l'ignorer ». Après un vif éloge du Cardinal, « qui, disait le Roi, n'avait rien fait que par son exprès commandement et avec une exacte fidélité », il n'hésita pas à écrire : « Je ne dis rien des abominables espérances que quelques-uns ont conçues à mon préjudice, ni des desseins que j'ai découverts depuis peu, qui concernent ma propre personne ; ils sont tels que ceux qui les entendront en auront horreur, et je ne doute pas que vous les détestiez, étant, en effet, si exécrables que j'aime mieux les taire que d'en parler davantage ' ».

La faction ne menaçait pas seulement le Cardinal; elle enveloppait dans sa haine le Roi lui-même, aussi bon Français que son ministre. Mais Louis XIII savait à quels audacieux et perfides ennemis il avait affaire ; la mort de son père et les dangers qu'il avait courus pendant que Concini était au pouvoir l'avaient suffisamment instruit, et il n'était pas homme à céder.

Réfugié en Lorraine, Gaston, qui avait perdu sa première femme, épousa malgré la défense du Roi la sœur du duc de Lorraine (3 janvier 1632), puis il alla rejoindre Marie de Médicis à Bruxelles.

Aussitôt le fils et la mère lièrent partie avec les Espagnols pour entreprendre quelque chose contre la France, et Gaston leva 6,000 chevaux pour y faire le dégât ; mais ce projet n'eut pas de suite.

Le marquis de la Vieuville, l'ancien ministre, ne cessait de se mêler aux intrigues et aux complots de

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