‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 72 sur 203 · Lettres et papiers d'État, IV · texte numérisé non relu

Lettres et papiers d'État, IV

Gaston; il l'avait suivi en Lorraine. On lui fit son procès, et il fut condamné à mort par contumace, comme coupable de trahison et de félonie ; ses biens furent confisqués, et il fut dégradé des ordres du Roi '.

1632. La France s'était alliée avec la Suède contre l'Autriche, et les succès de Gustave-Adolphe inquiétaient fort l'Empereur et l'Espagne. Le cabinet de Madrid cherchait à soulever les Grands contre Louis XIII et à fomenter quelque rébellion sérieuse en France. Gaston fut son agent ; il réussit à gagner le duc de Montmorency, maréchal deFrance et gouverneur du Languedoc, qui croyait que Richelieu n'avait pas suffisamment récompensé ses services militaires. Gaston et Montmorency négocièrent avec PEspagne ; Marie de Médicis envoya aussi à Madrid un agent, M. de Valençay, qui avait joué un tout autre rôle dans l'affaire Chalais.

Averti de ces menées, le Cardinal fit juger le maréchal deMarillac, emprisonné depuis la journée des Dupes. Le maréchal fut condamné pour crime de péculat et décapité en place de Grève (10 mai). Ce terrible exemple n'intimida pas les conjurés.

Gaston partit de Lorraine avec 2,000 chevaux, traversa rapidement la France, pillant, tuant, incendiant tout sur son passage, et vint se joindre à Montmorency dans le Languedoc.

Louis XIII et le Cardinal marchèrent aussitôt contre le duc de Lorraine, prirent Nancy et finirent la guerre en huit jours (26 juin). En même temps, ils envoyèrent

1. La Vieuvillc rentra en France après la mort de Louis XIII.

le maréchal de Schomberg écraser l'insurrection du Languedoc. Montmorency fut battu, blessé et pris à la bataille de Castelnaudary (1er septembre). Le comte de Moret, qui était parmi les rebelles, fut tué dans l'action. Montmorency fut décapité à Toulouse (30 octobre). Gaston, suivant son habitude, montra dans toute cette affaire la lâcheté la plus honteuse, se soumit au Cardinal, dénonça et abandonna ses complices, et obtint un pardon déshonorant.

Pour bien juger ce misérable adversaire de Richelieu, il faut lire les conditions du pardon que le Roi son frère lui accordait, et ne pas oublier que ce document accablant fut inséré dans la Gazette ', afin que tout le monde pût le connaître.

Articles de la réconciliation de Monsieur avec le Roi.

I. Le Roi veut de bon cœur oublier et pardonner la faute de Monsieur et ne demande autre condition pour ce faire, sinon qu'il en ait un véritable repentir et qu'il fasse paraître clairement qu'il n'y veut plus retomber, comme il a fait deux fois, après avoir reçu de S. M. pareille grâce que celle qu'Elle lui veut faire.

II. Pour cet effet, la première chose qui est requise est que Monsieur reconnaisse sa faute par écrit, supplie le Roi la vouloir oublier et la lui pardonner.

IR. La seconde, qu'il donne toute assurance raisonnable et possible de ne vouloir plus retomber à l'avenir en pareil inconvénient.

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