X. Parce que le Roi ne peut ignorer que tous les mauvais
conseils que Monsieur a pris lui ont été particulièrement suggérés par le sieur de Puy-Laurens, à qui il donne sa principale confiance, ledit sieur de Puy-Laurens avertira sincèrement de tout ce qui s'est traité par le passé qui •pourrait être préjudiciable à l'État, aux intérêts du Roi et de ceux qui ont l'honneur de le servir; et déclarera qu'il veut être tenu coupable, comme il est maintenant avant que de recevoir la grâce du Roi, s'il est contrevenu en quelque façon que ce puisse être au contenu de ce qui aura été promis.
XL Pour que Monsieur fasse paraître qu'il veut que tout ce que dessus soit religieusement observé, il commandera même à tous les siens d'avertir le Roi de tout ce qu'ils reconnaîtront se passer au contraire ; et ceux que le Roi désirera en feront serment.
Nous Gaston, fils de France, frère unique du Roi, duc d'Orléans, de Chartres et de Valois, comte de Blois, consentons tout le contenu ci-dessus, qui nous a été présenté de la part du Roi par le sieur de Bullion, surintendant de ses finances; et promettons en parole et foi de prince l'exécuter si religieusement que nous n'y contreviendrons en aucune façon.
Xous promettons en outre de conspirer de tout notre pouvoir à tous les bons desseins que le Roi a pour le bien et la grandeur de son État ; et, de plus, aimer tous ceux qui servent S. M. et particulièrement notre cousin le cardinal de Richelieu, que nous avons toujours estimé pour sa fidélité à la personne et aux intérêts du Roi et de L'État.
Gaston.
Moyennant ce que dessus le Roi reçoit Monsieur en ses bonnes grâces, le rétablit en tous ses biens et trouve bon qu'il demeure paisiblement en telle de ses maisons qu'il plaira au Roi lui désigner, avec ses domestiques, auxquels Elle pardonne aussi ; et fera délivrer abolition du crime qu'ils
ont commis par leur rébellion, et les remettra en leurs biens. Ce qui s'entend de ceux qui sont présentement près de sa personne et non de ceux qui en sont absents et éloignés.
L'accord avait été conclu le 29 septembre ; dès le 12 novembre, Gaston se sauvait de France après avoir écrit au Roi que s'il avait consenti à se soumettre et à subir d'aussi humiliantes conditions qui faisaient « une brèche notable à sa réputation », c'était pour sauver la vie du maréchal de Montmorency qu'on lui avait promise ; que, cette condition n'ayant pas été tenue, il reprenait sa liberté. Louis XIII envoya à son frère la lettre suivante :
Mon frère, je ne puis vous dire combien j'ai de déplaisir du prétexte que l'on vous a fait prendre pour sortir une quatrième fois hors de mon royaume. Si vous l'aviez examiné avec l'esprit que vous devez, vous auriez trouvé qu'il a aussi peu d'apparence que les autres que vous avez pris ci-devant, et que vous avez bien connu n'avoir aucun fondement légitime. Le duc de Montmorency ayant été condamné tout d'une voix par un des plus célèbres parlements de mon royaume1, mon garde des sceaux y présidant, vous vous en offensez, parce que vous désiriez. que son crime demeurât impuni ; et vous voulez vous persuader que le sieur de Bullion vous avait fait espérer que je lui pardonnerais. Les termes des conditions qu'il vous a accordées de ma part en sont si éloignés, que la lecture seule sert de réponse valable à ce que vous en dites... Et je vous laisse à considérer si je pouvais en user d'autre sorte.
Après un tel manquement de foi du duc de Montmorency ;