Neuf jours avant la découverte du traité
vert et l'ai lu. Je lui ai dit : « M. le Cardinal me mande que vous lui avez témoigné une grande envie de me complaire en toutes choses, et cependant vous ne le faites pas sur un chapitre de quoi je l'ai prié de vous parler, qui est votre paresse: » 11 m'a répondu que vous lui en aviez parlé, mais que pour ce chapitre-là il ne pouvait changer et qu'il ne ferait pas mieux que ce qu'il avait fait. Ce discours m'a fâché : je lui ai dit : « Un homme de votre condition1, qui doit songer à se rendre digne de commander les armées, et qui m'avez témoigné avoir ce dessein, la paresse y est du tout contraire ». Il m'a répondu brusquement qu'il n'avait jamais eu cette pensée ni n'y avait prétendu. Je lui ai répondu que si et n'ai pas voulu enfoncer ce discours. Vous savez ce qui en est. J'ai repris ensuite le discours sur la paresse, lui disant que ce vice rendait un homme incapable de toutes bonnes choses, et qu'il n'était bon qu'à ceux du Marais 2, où il avait été nourri, qui étaient du tout adonnés au plaisir, et que s'il voulait continuer une telle vie, qu'il fallait qu'il y retournât. Il m'a répondu arrogamment qu'il était tout prêt. Je lui ai répondu : « Si je n"étais plus sage que vous, je sais ce que j'aurais à vous répondre là-dessus ».
En suite de cela je lui ai dit que m'ayant les obligations qu'il m'a, il ne devait pas me parler de la façon. Il m'a répondu son discours ordinaire, qu'il n'avait que faire de mon bien, qu'il était tout prêt à me le rendre et qu'il s'en passerait fort bien, et serait aussi content d'être Cinq-Mais que M. le Grand, et que pour changer de façon de vivre il ne pouvait vivre autrement. Et ensuite il est venu, toujours me picotant et moi lui, jusque dans la cour du château3, où je lui ai dit qu'étant en l'humeur où il était, il me ferait plaisir de ne me point voir. Il m'a témoigné qu'il le ferait