Qui prenait l'offensive
2. Le Cardinal ne se contentait pas d'écrire à ses généraux : presque chaque année le Roi et lui se rendaient aux armées, s'établissaient dans le voisinage, donnaient une vigoureuse impulsion aux opérations et maintenaient une stricte discipline. La Gazette nous montre Louis XIII et Richelieu à Nancy ; en 1635, aux armées de Picardie et de Lorraine; en 1636, à la reprise de Corbie; en 1638, aux trois armées de Picardie et de Champagne ; en 1642, au siège de Perpignan.
possible. Mais il y en avait d'autres qui en témoignaient du dégoût et qui les prenaient en très mauvaise part, comme si c'eût été des plaintes et des accusations effectives de n'avoir pas fait ce qu'ils devaient. De sorte qu'il fut enfin obligé d'écrire au cardinal de la Valette qu'il ne croyait pas qu'il dût trouver mauvais, qu'en faisant bien ses affaires l'on désirât les pouvoir encore mieux faire, et que tels désirs étaient toujours fort raisonnables pourvu qu'on les réduisît, comme l'on faisait, à ce qui était possible.
Il y en a qui ont cru que dans cette même pensée, et pour donner encore plus d'émulation de bien faire, il employail assez souvent deux maréchaux de France àla conduite d'une même armée, qu'ils commandaient toujours alternativement et avec une égale autorité, sans autre différence ou prérogative entre eux, sinon que le plus ancien avait droit de choisir le jour ou la semaine qu'il devait commander le premier, et était ensuite obligé de laisser le commandement à son collègue pour le reprendre successivement, et l'un après l'autre.
Cela sans doute avait des inconvénients, el il ne reconnaissait que trop lui-même par ses dépêches que « la multitude des commandants n'accommodait jamais une affaire, et qu'il était presque impossible que deux chefs qui commandaient à un même corps s'accordassent bien ensemble ». Tellement qu'il ne prenait ces résolutions, contraires à ses propres sentiments, que par nécessité et afin d'avoir de quoi employer plus de seigneurs de qualité et de mérite, ou d'être mieux assuré de leur fidélité et de leur diligence, par le moyen des avis secrets qu'ils envoyaient réciproquement l'un de l'autre.
Pour encore mieux exciter leur activité, il leur faisait écrire qu'étant important à la réputation des armes de S. M. qu'elle sût ponctuellement tout ce qui se passait dans ses armées, ils eussent soin de donner, le plus souvent qu'ils pourraient, avis des journées, des logements et des rencontres qu'ils feraient, et d'envoyer même régulièrement au
Roi il ne exacte relation qui lui fit voir jour par jour l'avancement de leurs travaux et de leurs sièges.
Et non content de tous ces soins, il envoyait encore de ses plus confidents, comme l'abbé de Saint-Mars, depuis évêque d'Auxerre, et quelques autres, non seulement pour être présents, avec les chefs et principaux officiers, aux résolutions, et témoins dans les rencontres de leurs bonnes et mauvaises actions, mais aussi pour faciliter, en tout ce qu'ils pourraient, l'exécution des ordres de la Cour et animer un chacun, par leur exemple, à bien faire.
Il empêcha par ce moyen que les généraux ne dépêchassent plus, comme ils faisaient auparavant, les plus braves et plus nécessaires officiers, sur les moindres occurrences ; ce qu'il crut être fort préjudiciable au service du Roi. C'est pourquoi il fit résoudre S. M. de ne pourvoir qu'à la fin des campagnes aux capitaineries et aux autres charges militaires qui venaient à vaquer, et d'en exclure particulièrement ceux qui abandonneraient avant le temps les armées, afin qu'ils fussent ainsi moins tentés de quitter le service, mais plutôt de s'y signaler extraordinaire ment et se mettre en état d'obtenir infailliblement ce qu'ils prétendaient.
IV. Ses soins pour tout ce qui concernait les gens de guerre.
Sachant que les forces de l'État consistaient principale ment dans les armées, et que le salut ou la perte du royaume dépendait absolument du bon ou mauvais état des troupes, il en prit des soins très particuliers et n'oublia rien de ce qu'il crut nécessaire pour leur subsistance. C'est pourquoi incontinent après la rupture entre les deux couronnes1, il ne fit point difficulté d'accepter la charge de surintendant général des vivres, et d'ajouter ce nouveau soin à tant d'autres qu'il avait déjà.