RICHELIEU ABBÉ GÉNÉRAL DE CÎTEAUX
ne les lui refuseroit pas ; el c'est pour cela, dit-il, que je vous ai fait venir ici. Ce n'est pas, ajoula-t-il d'un ton de maître, que je ne puisse faire tout cela sans vous; mais j'ai bien voulu vous donner ces marques de ma bienveillance et de ma protection. » Les actes suivirent bientôt les promesses, et le cardinal s'appliqua à la réforme de Cîteaux comme s'il n'avait eu que cela à faire. Dès le 29 janvier 1636, il établissait pour son vicaire général sur les monastères de l'étroite obser\ancc Dom Etienne Maugier, abbé de la Charmoye. Par ses lettres patentes, « il lui donne plein et entier pouvoir de AÏsiter et gouverner les monastères de l'étroite observance, d'instituer et destituer les prieurs et autres officiers de ces maisons, et d'y exercer toute sorte de jurisdiction ; il les exemte de la visite des Vicaires de Provinces, et ordonne que les premiei^s Abbés de l'Ordre ne les pourront visiter qu'en personne et assistés de deux Pères de la réforme. Permet de plus de recevoir à la même observance tous les religieux qui la voudront embrasser, d'unir et d'aggréger de nouveau à sa jurisdiction et à la même obsenance tous les monastères de l'Ordre qui le souhaiteront, lorsque les deux tiers de leur communauté le demanderont, ou que les religieux viendront à manquer par mort ou autrement. »
Au mois de mars, Richelieu adressa au vicaire général de nouvelles lettres patentes lui permettant de convoquer une assemblée des supérieurs pour y dresser des constitutions. Le 21 mars 1636, il lance un décret interdisant de recevoir des novices en dehors des noviciats communs établis par lui, ce qui était saper le dérèglement dans ses fondements. Ces noviciats furent établis sous la direction des Pères de l'étroite observance à Royaumont, Barbeau, Prully et Vauluisant : les anciens religieux de ces monastères furent transférés en d'autres maisons de l'Ordre. Richelieu appuya aussi de tout son crédit la réforme du collège de Paris, que les mitigés s'efforçaient de détruire, remuant pour cela ciel el terre à la Cour de France el à la Cour de Rome ; mais surtout il introduisit la réforme dans l'abbaye même de Cîteaux, ce qui était donner le dernier coup à la mitigation \
1. Voir un décret lafin du cardinal en date du 17 août 1030. La pièce est contresignée par l'abbé de Prières, secrétaire du conseil. (liibl. Nat.. Cinq- Cents de Colberl, t. 160, fol. 214).
196 RICHELIEU Eï LA UÉFOUME MONASTIQUE
Le 30 juillet 1637, Richelieu passa un concordat avec le vicaire généial, par lequel il était stipulé : 1° que le vicaire lui fournirait ^ingl-six religieux réformés qu'on introduirait à Cîteaux, 2° que Cîteaux servirait de noviciat commun et général pour tous les monastères de l'Ordre, 3° que le cardinal donnerait sur ses revenus douze mille li\ res par an pour la s.ubsistance de ces religieux et colle de onze des anciens, 'i° qu'il se chargerait de placer ailleurs les autres anciens. La mise en possession se fit le 3 septembre par l'abbé de Pontigny, vicaire général de Richelieu pour les monostères des anciens. 11 n'y eut aucune opposition : les dix anciens qui restèrent à Cîteaux s'accordèrent avec les réformés pour leurs pensions et vécureni n\ec eux fort paisiblement. Les autres anciens furent placés très avantageusement et le cardinal lit donner des charges à ceux qu'il eu jugea capables. L'exemple de Cîteaux fut sui\i. et en moins de qualie ou cinq ans plus de vingt abbayes embrassèrent la réforme.
Le cardinal de Richelieu s'y était employé avec zèle et avait fait tout son devoir de Général de l'Ordre de Cîteaux ; mais pour que tout ce bien fût établi de façon durable, il était nécessaire que des bulles de Rome vinssent confirmer l'élection de novembre 1635 et ratifier définitivement les actes et règlements du nouvel abbé. Le cardinal, on l'a vu, les avait demandées dès le premier jour; la Cour de Rome les lui refusa obstinément pendant neuf années et W mourut sans avoir pu les obtenir : de ce fait, toute son œuvre croula. Dans ses Mémoires, Richelieu a attribué le refus du pape aux intrigues espagnoles :
« La jalousie ^ des Espagnols les fit secrètement opposer à ce que Sa Sainteté agréât cette élection, et le cardinal Barberin se laissa aller à leurs inductions, bien que ce fût avec un préjudice notable de l'Eglise... L'occasion lui étant offerte de rendre un service signalé à Dieu en cet ordre, il demanda, et Sa Majesté pour lui. la confirmation de cette élection à Sa Sainteté, laquelle ne pouvait être refusée justement, pour ce qu'il est permis aux religieux, par les saints canons, d'élire pour abbé une personne qui n'est pas de l'Ordre, si telle élection se fait pour une bonne cause, et qu'il n'y en peut avoir de meilleure que celle de la réformation, et qu'au-