‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 115 sur 183 · Aff. Etr., Rome, t. 57, fol. A · texte numérisé non relu

Aff. Etr., Rome, t. 57, fol. A

sieurs Maraldi, Pauluccio et au dataire, mais qu'on avait donné avis d'une opposition et d'une seconde élection faite par quelques religieux flamands du même Ordre, ce qui arrêtera l'affaire pour quelque temps.

De sou côté, l'archevêque de Lyon écrivait le lendemain ^ qu'il avait parlé au pape au sujet de l'abbaye de Prémontré, et le sieur Eschinard, banquier expéditionnaire de France en Cour de Rome, a dit qu'il avait reçu ordre d'en faire expédier les provisions avant que de parler de celle de Cîteaux. Pourtant le pape avait fait plusieurs difficultés « disant <jue cela feroit beaucoup de bruit, ses dépendances estant en divers pais et soubs divers princes et qu'il ne scavoit pas comme tant de generalitez se pouvoient accorder ensemble et que vous aviez desja celle de Clugni... » Mais il a remis cette affaire à M. le dataire et Maraldi. « ce qui est d'un bon augure i>our la réussite. »

Une seconde lettre du même disait, le 29 février : « Je ^ vous ay desjà rendu com|)te comme le pape m'avoit faict quelque difficulté sur l'affaire de Prémonstré, et à M. l'ambassadeur aussy, et comme il l'avoit renvoyée aux sieurs dataire et Maraldy... Depuis on la veult convertir en affaire d'Estat, les ambassadeurs de l'empereur et du roy d'Espagne aiant présenté des mémoriaux à Sa Sainteté pour en empescher la provision en suite de l'élection, s'offrant de faire voir qu'elle est nulle, les voix n'aiant pas esté libres... d'autant que la plus part des maisons sont dans leurs Estats. »

Le 10 mars suÎAant % l'archevêque de Lyon annonçait au cardinal que l'élection de Prémontré venait d'être soumise à la congrégation des affaires consistoriales. Comme pour le généralat de Cîteaux, cela équivalait au classement définitif : jamais Richelieu ne devait recevoir ses bulles. Rome les refusa également à son concurrent, Pierre Desbans. Au reste, la résistance de la Cour de Rome ou les difficultés diplomatiques suscitées par les ambassadeurs espagnol et allemand ne l'empêchèrent point de se munir de lettres du roi lui permettant d'administrer l'Ordre en France ju«^ qu'à sa mort. Ainsi qu'il avait fait à Cluny et à Cîteaux, il nomma

1. Aff. Etr., Rome, t. 57, fol. 51. •?. Avenel, f. V, p. 962, en note.

S. Aff. Etr., Rome, t. 57. fol. 60

RICHELIEU ABBÉ GÉNÉRAL DE l'UÉMONTRÉ 209

un vicaire général pour gouverner en son nom : ce fut celui qui avait le plus contribué à son élection, l'abbé de Saint-Martin de Laon. Jamais les religieux des monastères étrangers ne consentirent à reconnaître sa juridiction, ni celle de son vicaire général. Hugo d'Etival dit que par un article secret de son testament, le cardinal ordonna de restituer à l'abbaye de Prémontré les revenus qu'il avait touchés depuis 1636 ^ ; l'annaliste ajoute : an morienlis vota adirnplela luerint, nescimus. De fait il n'est pas fait mention de cette clause dans le testament de Richelieu.

Après sa mort les désordres et les querelles recommencèrent de plus belle entre mitigés et réformés. En janvier 1643, Pierre Raguet, chanoine de la réforme de Lorraine, fut élu et son élection fut ratifiée par Louis XIII et Urbain VIII ; mais c'était un réformé et les mitigés, à force de machinations, firent annuler son élection par un rescrit d'Innocent X du 12 mai 1645 et élurent à sa place Augustin Le Scellier, un des leurs, le 31 août suivant. Cette fois, ce fut Louis XIV qui cassa l'élection par arrêt du 14 septembre. Pierre Raguet, pour ne pas perpétuer le schisme, donna spontanément sa démission : l'évêque de Meaux, Dominique Séguier, nommé arbitre du conflit, accepta cette démission en avril 1646. Et pour que le parallélisme soit complet jusqu'au bout entre ce qui se passa à Cîteaux et ce qui se passa à Prémontré, notons qu'Augustin Le Scellier, après s'être montré au début hostile aux réformés, réunit en 1661, à l'abbaye de Bonne-Espérance, les abbés des deux observances et réussit à faire adopter un modus vivendi :a^vec lequel on pût vivre en paix. Malgré cela, on doit regretter que l'œuvre de réforme voulue par Richelieu soit morte avec lui.

1. Il ne faudrait pas du reste s'exagérer la valeur de ce revenu, qui ne montait qu'à SOOO livi-es : beaucoup de petits prieurés rapportaient davantage.

Cardinal de Richelieu.

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