‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 124 sur 183 · Cf. Arch. Vienne, série H. St Cyprien, liasse · texte numérisé non relu

Cf. Arch. Vienne, série H. St Cyprien, liasse

5. Mémoires, édit. Petitot, t. X, p. 139. Le fondateur des prêtres de la Mission, saint Vincent de Paul, avait été de longues années membre du conseil de conscience du cardinal.

Richelieu abbé de Marmoutier.

L'abbaye de Marmoutier était ciief d'Ordre, ou passait pour tel. Sous son 44® abbé, Jean de la Uochefoucauld, elle avait été le berceau de la congrégation des Exempts ou congrégation gallicane des Bénédictins, mais elle avait cru bon de s'en affranchir dès 1586, grâce à l'appui du cardinal François de Joyeuse, 46° abbé. En 1603, six religieux de cette abbaye, ne pouvant plus supporter les scandales dont ils étaient les témoins journaliers, se séparèrent de la communauté avec la permission du Père Général, Dom Isaïe Jaunay, pour pratiquer entre eux des exercices réguliers et une vie plus digne : ce fut l'origine de la pieuse réforme qui porta le nom de Société de Bretagne.

Bien qu'ayant donné naissance à ces deux instituts religieux, l'abbaye-mère avait elle-même un grand besoin de réforme. Sous ses divers abbés, Charles de Bourbon, frère naturel d'Henri IV (1604-1610), Sébastien Dori Galigai, frère de la maréchale d'Ancre (1610-1617), Alexandre de Vendôme, grand-prieur de France, fils naturel d'Henri IV (1617-1629), les désordres n'avaient fait que croître \ Les religieux de Marmoutier ne voulaient plus entendre parler de discipline et d'observance régulière : c'était pour eux un langage étranger. Louis XIII, assistant un jour en 1619 à la grand'messe dans l'église abbatiale, avait été fort choque de la

1. Un grand nombre des faits rapportés au cours de cç, chnpifre sont empruntés à l'Histoire de inhbaye de Marmoutier de Dom Edmond Marlène, publiée par l'abbé C. Chevalier dans les Mérn. de la Soc. archéol. de Totiraine, t. XXV, 1875, p. 472-498.

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inaïuaisc tenue des moines '. Leur licence était, arrivée à un degré tel que les règlemenls et ordonnances des supérieurs ét^iient obligés de défendre « de s'absenter de l'office divin, de sortir et de coucher hors du monastère sans permission, de porter des habits (jui ne con\ienuent point à leui' état, de jurer Dieu, de battre leurs frères, d'allei- en mascarade », etc. Ces religieux avaient chez eux des maîtres à danseï- et des maîtres d'armes ; leurs divei'tissements les plus innocents étaient le jeu et la chasse, et souvent la prison seule était capable de refréner leurs excès.

C'est sans doute dans le but de leur donner un maître capable de les ramener à leur devoir qu'aussitôt après la mort du grandprieur de \'endôme au château de Vincemies, le 8 février 1629, le roi avait offert à Richelieu les deux abba5'es de Saint-Lucien de Beauvais et de Marmoutier qui devenaient vacantes. Il lui écrivait le 13 février :

Mon Coustn,

Ayant appris - par une lettre de la reyne, Madame ma mère, que le grand prieur estoit mort, je vous ay voulu escrire ce mot pour vous dire que je vous donne les deux meilleures abbayes que possédoit ledit grand prieur ; pour les autres deux, je les donne à mon cousin le cardinal de Bérulle. Celle-cy n'estant à autres fins, etc.

Saint-Lucien valait plus de 30.000 livres de rente, Marmoutier en valait 12.000 : Richelieu pourtant demanda au roi la permission de décliner l'offre qui lui était faite. Il répondait le jour même :

Sire,

Je sçay ' qu'ainsy qu'on ne peut sans faute se rendre à charge aux grands roys par demandes importunes, on ne doit pas aussy refïuser les effetz de leurs libéralité/,. Cependant, m'estant garenty jusques à présent du premier inconvénient, je suis, à mon grand regret, contraint de tomber au dernier, suppliant très humblement Vostre Majesté de trouver bon que je ne reçoive pas les deux ab-

1. Cf. Abbé Houssaye, Le cardinal de BéruUe et le cardinal de Richelieu, p. 341.

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