‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 126 sur 183 · RICHELIEU ABBÉ DE MARMOUTIEU · texte numérisé non relu

RICHELIEU ABBÉ DE MARMOUTIEU

La lettre adressée aux religieux avait la teneur suivante .

A. nos vénérables frères les religieux de nostre abbaye de Maire-

moulier.

Messieurs,

Vous avez pu sçavoir comme j ay souvent tesmoigné à plusieurs particuliers de vostre Ordre le désir que j'ay tousjours eu, pour l'acquit, de ma charge, d'establir quelque bonne forme de vivre parmi vous ; de faire en sorte que les anciennes maisons de Saint- Benoist se rendissent aussy utiles à l'Eglise en ce tenis, comme elles avoient esté par le passé. C'est pourquoy, après quelques propositions faites de ma part par M. de Bordeaux, et tesmoignages de submission et bonne volonté receus de la vostre, je me suis résolu de prendre le temps de vostre chapitre général, et, pendant iceluy, vous envoyer le sieur Froissard, docteur en théologie, l'un de mes grands vicaires, pour faire entendre à tous les supposts et membres dépendans de vostre congrégation quelle estoit ma volonté sur le fait d'une nouvelle réformation, et ce que je pouvois attendre de tout vostre corps. L'on m"a fait voir quelques articles d'une réforme mitigée, que je n'improuverois point tout-à-fait, s'il y avoit quelques additions nécessaires. Je me promets que vous les augmenterez volontiers par la conférence que vous aurez avec ledit sieur Froissard, en qui vous devez prendre toute créance, et que v^us les ferez passer par vostre chapitre général en si bonne forme et en telle perfection, que toute la malice et contrepointe du monde n'en pourra jamais retarder ni einpescher l'exécution. Ce que me promettant, après m'estre recommandé à vos prières générales et particulières, je vous asseureray que je suis. Messieurs,

Votre très affectionné à vous servir.

Le Card. de Richelieu.

De Paris, le 4 may 1632.

Ces lettres furent lues au chapitre le 10 mai ; on fit entrer Froissard qui présenta à l'assemblée un projet de règlements que Richelieu avait étudiés avec les membres de son conseil. La crainte que les religieux avaient du toutr-puissant ministre, -et leur vif désir d'éviter à tout prix la réforme de Saint-Maur les obligèrent à céder. Ils firent quelques remontrances et demandèrent certains changements aux ailicles proposés. Le cardinal ratifia encore ces adoucissements, fit mettre au net les nouveaux statuts et les envoya, signés de sa main. Ils sont datés de Neufchàtel, ^ juin 1632,

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et paiviiirenl le 13 juin à Marmoulicr. .Nous donnons le préambule de CCS rcgleiueiits, où l'on voit Richelieu répéter, sans doute à son insu, ces mots du prologue de sniiil Benoit sur sa Règle : « \ous espérons n'y rien i-taMir de rigoureux, ni rien de trop ])énible. »

Armand Jean du Plessis, Cardinal Duc de Richelieu, Pair de Krance, Abbé île l'abbaye de Mairmoustier, Ordre de St Benoist, A nos bien-aymez les (irand Pi'ieur et l^eligieux de ladicte Abbaye, présents et ad^enirs, salut en Jésus Christ.

Le principal soing • que nous avons eu après avoir esté pourveu de l'abbaye de Mairmoustier, a esté de rechercher les moyens de luy redonner le lustre et l'honneur fiu'elle a autrefois eu dedans et dehors ce Royaume, comme l'un des premiers et plus célèbres membres de tout l'Ordre de St Benoist, decheu par le malheur et licence des troubles qui ont icgné depuis soixante et dix ans en ce Royaume. Et d'autant qu'il seroit 1res dificile après une si longue indulgence de ramener les esprits tout on un coup a la rigeur et austérité des preniiers Religieux du mesme ordre, attendant qu'il plaise a Dieu vous faire la grâce de vous y conformer entièrement ; nous avons estimé qu'il estoit plus a propos d'y procéder par des modérations raisonnables et de nous contenter d'une discipline régulière telle que tout le desordre qui pouvoit paroistre fut entièrement retranché, et l'essentiel de vos vœux ponctuellement gardé. Pour a quoy parvenir, après avoir esté deuement informé et de vos bonnes intentions, et du fruict qui en peut réussir a la gloire de Dieu, et au bien de son Eglise, Nous avons dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons, etc.

Puis viennent les règlements, où l'on voit successivement énumérés ceux u de l'office et service divin, de la sacristie ou revestiaire, du dortoir, du refectoir, de l'hostellcrie, de l'infirmerie, de la closture, des licences et congez, de la propriété, des supérieurs et officiers, des novices. »

Quand on lit ces règlements, on admire la condescendance pnidente du cardinal et l'on s'étonne une fois de plus qu'un auteur ait pu l'appeler un « réformateur violent des ordres monastiques »':

1. Nous publions ce texte d après la copie authentique, coUationnée par Basot, scribe du chapitre de l'abbaye de Marmoutier, le 30 avril 163i qui se trouve aux Archives des Aff. Etr., France, ^îém. el doc, t. 802, fol. 544-250.

7 G. d Avencl. onc. cil., t. îll, p. 229.

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