‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 129 sur 183 · rcliiv. Nat., même fonds · texte numérisé non relu

rcliiv. Nat., même fonds

3. -Arrangement conclu le 26 août 1641 entre Dom Damien Lerminier, grand maître du collèee. de \[arinou[ier, et les RR. PP. Jésuites Julien Hayneuve et Charles Lallemant.

2oS lUCJlELIEr ET l.\ lîÉluUML MO.XASTIQLE

Les leliyiciix rélonués soilireiil du collège le 6 septembre 1641 : les anciens, sommés ù plusieurs reprises par les Jésuiles de se rendre au collège de Cluny, demeurèrent jusqu'à Pâques de l'année suivante. L'un d'eux même, Dom André d'Imonvillc, refusa obstinément d'en sortir, et obligea les envahisseurs à faire jeter dehors tous ses meubles par un sergent, afin de prendre tout le monde à témohi de la violence qu'on lui faisait.

Le premier acte des nou\eaux possesseurs fut la profanation de l'église : on enleva l'autel, on fit du chœur un fenil et de la nef un bûcher. Le recteur de. l'Université dut intervenir auprès du lieutenant général de police (praetor urbis) pour faire cesser ce scandale. Xous en trouvons la preuve dans une pièce qui a pour titre : « Visite faite par le recteur de l'Université de Paris, assiste de M. Michel Charles, commissaire au Chastelet, le 8 avril 1643, par laquelle se voyent les profanations et ruptures d'autels faites en l'église du collège de Mnrmoutier, ainsi que les désordres qui sont en iceluy collège depuis qu'il a esté usurpé par les Pères Jésuites » \ et dont nous donnons ici un court résumé.

Sur la requête de noble et scientifique personne M® Louys de Sainct Amour, bachelier en théologie de la maison de Sorbonne, recteur de l'Université de Paris, ([ui dit que dans un des collèges de cette Université il a été averti par des personnes dignes de toi qu'il y a désordre et ruine de toute discipline, que l'Eglise « où se disoit par cy devant le divin Office, Matines, autres services et prières par chacun jour, et s'y celebroient journellement plus de huict ou dix messes, et auquel lieu sont les sépultures de plusieurs personnes de qualité ^ a été convertie en usage profane, qu'on y fait travailler des artisans et qu'on y a mis des provisions de paille et de foin. Que les autres lieux scolastiques sont changés en boutiques et logements de gens mariés avec femmes et enfants, qu'il y a plus de cinquante « femmes, filles, servantes et nourrices » dans !e collège.

(Suit le détail de la visite :)

L'église était ouverte, pleine de bois de menuiserie : dans la nef travaillaient deux garçons menuisiers ; sur la table de l'autel, quantité de morceaux de bois et plusieurs outils de menuisiers. On y avait élevé des poteaux et chevrons pour construire plusieurs chambres ; plusieurs maçons y travaillaient. Le maître maçon a déclaré avoir loué la nef cinquante écus par an.

Le chœur de l'église était plein de foin et de paille, provision pour

1. Imprimé r Paris, 1643. 14 p. in-12. fBibl. Nat., Ld^' 154).

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la iiouniLui'c des chevaux de M. de iNemours. Le maître-aulel avait été enlevé, « n'y ayant pas mesnie apparence qu'il y en ait eu ».

Dans le corps de logis du milieu, vit une veuve et son fils ; elle a un bail de six ans. Au-dessus un des dortoirs composés de douze chambres où habitent les pensionnaires et écoliers du collège, entre autres de Boileze, religieux.

L'autre partie de ce corps de logis est occupée par une imprimerie appartenant à Mathurin Henault, libraire, où habitent son gendre et son fils mariés. Il y a eu outre des tailleurs et cordonniers, un orfèvre, des relieurs et des couturières.

A gauche de la cour, une écurie occupée par les chevaux de M. de Nemours, et un hangar pour le carrosse.

Y habitent encore un solliciteur de procès, un charcutier et une potière de terre. L'ancien réfectoire sert de boutique à un fabricant de luths et de violons, les chambres du haut sont occupées par d'autres petits artisans ou logeurs.

« Lesdits lieux sont exposez et ouverts à tous allants et venants, et peuvent en quelque façon faire conjecturer des plus reculez et secrets, d

Fn somme, ce n'était pas une annexion, ni un agrandissement : cétait une véritable destruction : le titre de la brochure que nous citons dit une profanation.

Ajoutons que le projet du nouveau collège de Marmoutier que les Bénédictins étaient autorisés à installer à Paris en échange de celui d'où ils venaient d'être expulsés ne put jamais aboutir : déplacer pareil établissement équivaut à le ruiner. En janvier 1653, des lettres patentes du roi autorisaient l'union des revenus de l'ancien collège, avec tous ses droits et privilèges, au prieuré de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle d'Orléans, et permettaient d'employer à la reconstruction des cloîtres ou à telle autre acquisition les 90.000 livres dues par les Jésuites. La somme fut enfin remise le 7 février 1654 à Dom Benoît Brachet et Dom Sébastien du Buse, représentants du Père Général de la congrégation de Saint-Maur, par l'entremise des R. P. Philippe Cahu, recteur, et Denis Joly, procureur du collège de Clermont : en réalité, c'était Louis XIV qui payait \

Pour achever ce que nous voulons dire sur l'histoiro de Mar-

1. (^f. Rorty cl Tisserand. Topographie historique du viens Paris, Région centrale de l Université, p. 270.

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iiioiilier, ajoutons ijuaprès la mort tli" iUchelieu, le roi donna l'aMiayc au ne\eu du cardinal, Aniador-Jeaii-Baptiste de Vignerod, qui n'avait encore (jue ncid ans cl possédait pourtant déjà les abbayes de Saint-Benoil-sur-Loire, llerniière, Saiiit-Oueu de Uouen, sans compter le prieuré de Saint-Martin des Champs C'était risquer de compromettre la réforme de Mainioutier. De fait, les anciens religieux commencèrent à se remuer dès qu'ils ne sentirent plus la main du cardinal i)eser fortement sui- eux. La première chose qu'ils firent fui d'élire un nouveau grand-prieur à la i)lace de l>om Pierre Bédacier, poui\u dt^ cet office par Richelieu en 1635, mais qui depuis cinq ans était retenu à Paris pour les affaires du cardinal*. iJom Bertrand \'iette remplissait en son absence l'office de sous-prieui\ i>ar ordre de Richelieu. Dom Bédacier avait été pour\ u des prieurés de Gign}' et de Gassicourt, de l'Ordre de Cluny, et les anciens, supposant qu'il s'était démis de son office et avait passé dans l'Ordre de Cluny. élurent à sa place Dom Florent Mareschaux, docteur de la Paculté de Paris, un des plus grands ennemis de la réforme. L'élection fut confirmée le 23 mai 1044 par arrêt du Grand-Conseil malgré l'opposition de six anciens plus sages, et l'arrèl donnait droit au nouveau prieur de faire la visite des prieurés et de tenir des chapitres généraux. On eût dit que le Grand-Conseil prenait à tâche de détruire l'œuvre du cardinal.

Aussitôt les anciens déclarèrent guerre ouyerte aux réformés. Ils s'emparèrent du chapitre, leur enlevèrent quantité de bois de charpente, leur fermèrent l'entrée de la bibliothèque, se saisirent d'un autre Ijàtiment qui était à leur usage, rompirent une porte qui donnait sur le pré du jardin, et les menacèrent des pires violences. Mais les réformés se i)laignirent à l'intendant qui défendit aux anciens de rien attenter contre les accords passés.

En 1645, après la séparation de Saint-Maur avec Cluny, ils voulurent chasser de Marmoutier les réformés, sous prétexte que la réforme s'était faite durant cette union. Ils convoquèrent un chapitre général et y attirèrent des divers prieurés tous les religieux brouillons et hostiles à la réforme. L'assemblée commença le 12 mai : ils y admirent plusieurs religieux du dehors qui n'a-

1. Dom Bédacier fut sacré évêquc d'Augustn et suffragant de Melz, le 18 juillet l<)i9. à Saint-Germain des Prés.

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vaieiit aucun lilre à y ussisler cl eu exclurcuL plusieurs du dedans qui, eu verlu de leurs olfices, y avaient toujours eu voix. Après l'exhortation d'usage, le grand-prieur obligea tout le monde à gar der le secret et à signer ce (jui serait voté à la majorité. Ils pourvurent Dum Bonnabe I lannuek du prieuré de Uenty, et conlirmèrent l'introduction des Bénédictins anglais au prieuré de la Celle-en- Brie. Ce prieuré avait été donné en 1633, par Dom Bédacier et les anciens, au P. Walgrave, pour lui servir de refuge ainsi qu'à ses confrères.

L)oni Martin Claire et Dom Bonnabe Dannuelz arri\èrenl à faire voter l'annulalion des concordais, qui avaient été signes, disaientils, par contrainle. ("onnne il fallait pourvoir au rétablissement de l'observance, on ordonna que les religieux réformés présents à l'abbaye seraient mis en demeure de s'y stabiliser et de se désunir de la congrégation de Saint-Maur, qu'on exigerait la même chose de ceux de Cluny, et qu'en cas de refus on choisirait des réformateurs dans le corps même. Dom Gaspard Renault, obédiencier du Vieux-Bellême, fut nommé procureur pour mettre ce décret à exécution.

On le signifia le 29 mai par notaire à Dom Joseph Séguin, sous-prieur, en l'absence du prieur qui était au chapitre général de Vendôme. Il d(>clara son attachement à la congrégation de Saint-Maur et informa les Pères du chapitre. Les anciens avaient résolu de fermer les portes au nouveau prieur qui viendrait, mais le chapitre déjoua leurs menées en nommant précisément Dom J. Séguin.

En 1644 le roi, pour favoriser l'établissement de la réforaïc en France, avait nommé six commissaires pour juger toutes les affaires qui la concernaient : MM. Brulart, prieur de Léon, d'Ormesson, Laisné, Dominique Séguier, évoque de Meaux, de Bignon et de Verthamont, conseillers d'Etat. Le 13 septembre 1645, il en ajouta six autres: MM. de Villarceaux, Pinon. de Lamoignon, Marcillac, Vhomel et la Marguerie, maîtres des requêtes, et défendit en même temps à toutes les cours souveraines de connaître des causes de la réforme. Les supérieurs de Saint-Maur présentèrent requête au Conseil privé pour être renvoyés devant ces commissaires et, malgré les efforts des anciens qui attirèrent dans leur cabale ceux de Cluny, un arièt du 30 juin I6'i5 du Conseil pri\é renvoyait les

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