‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 130 sur 183 · C.Trdinal de Richelieu · texte numérisé non relu

C.Trdinal de Richelieu

■:-i'-i lUaiELlEV LT LA REFORME MONASTIQUE

pallies de\arit les conimissaiies, suspendail l'exécution du décret du chapitre général tie Mainioutier de 1G45. el défendait aux an ciens de rien faire au préjudice des concordats conclus sous llichelieu.

( et ari-èl déconcerta les moines, qui tirent [)our la plupart leur rétractation par (le\ant notaire. Seuls les chefs de la révolte persistèrent dans leur obstination, s'appuyanl sur l'autorité du prince de Coudé, dont le fils était abbé de Cluny, et auquel ils firent présenter requête au Conseil privé pour être renvoyés au Grand- Conseil. Dom Marescliaux, Doni Péan et Dom Bouvot firent le tour des prieurés pour exciter à la révolte, el convoquèrent en chapitre général à Marinoutier le 27 avril 1646 tous ceux (ju'ils avaient entraînés. Ils confirmèrent aussitôt le décret du précédent chapitre contre la réforme, malgré les défenses de l'arrêt du Conseil privé. Ils s'emparèrent de la salle capitulaire el du grand réfectoire de l'abbaye, brisèrent les portes, prirent des meubles et ustensiles divers appartenant aux réformés. 11 fallut, pour arrêter leurs violences, l'arrivée de l'intendant et du lieutenant-général de Tours, avec une troupe de gens armés.

Le quatrième dimanche après Pâques, Dom Joseph Séguin, prieur, étant à la sacristie en aube et en étole, priant à genoux }>our se préparer à célébrer la messe, Dom Péan et Dom Mareschaux se jettent sur lui, lui donnent des coups, le traînent par la sacristie, et l'injurient, l'appelant coquin, maraud, bélître, séditieux, fripon, disant qu'il faudrait le chasser de la maison, lui et ses confrères, pendant que Dom Séguin leur offrait doucement d'officier à sa place. Le jour de la fête de la Subvention de Saint-Martin, la communauté allant faire l'office avec les chanoines, ils voulurent fermer la porte aux réformés revenant de la procession. Mais ceux-ci. avertis, avaient laissé une partie des leurs el bon nombre de domestiques pour garder la maison.

Dom Marescliaux et Dom Péan allèrent ensuite à Paris pour solliciter le procès. Ils étaient sûrs du succès. Dom Mareschaux revint à Tours, disant partout, même à l'évêque d'Auxerre, lequel était venu traiter avec Dom Joseph Séguin des affaires du prieuré de Sablé, qu'on allait bientôt chasser honteusement les réformés. Ils se fondaient surtout sur le grand crédit du prince de Condé. Mais Anne d'Autriche, informée par les religieuses du Val-de-

taClUa.lEL ABBK DE MARMOU'JIER 243

(jiàce de ce qui se passait, dit fermement au prince que les affaires de Marmoutier ne le regardaient point et qu'il n'eût pas à s'en mêler.

Cet ordre fut suivi dun arrêt du 13 juillet I6i6, par lequel le roi en son Conseil, sans avoir égard à l'intervention du prince de Conti, abbé de Cluny, déclare nuls les décrets prétendus des chapitres généraux des anciens, leur défend d'en célébrer aucun à l'avenir, confirme tous les concordats faits sous le cardinal de Richelieu, ordonne au sieur de llecre, intendant dans la généralité de Touraine, de tenu- la main à les faire exécuter, prend sous sa protection les réformés et condamne les anciens aux dépens.

Cet arrêt fut pour eux un coup de massue. Tous vinrent devant notaires confirmer les concordats. Les Pères de Saint-Maur leur firent remise des dépens. Seuls Doni André Péan et Dom Bonnabe JJannuelz persistèrent dans leur obstination. Le premier mourut peu après à Paris : les moines de Saint-Germain des Prés se chargèrent de ses obsèques. Le second, effrayé par cette mort subite, se réconcilia a^ec les Mauristes et, imitant l'exemple de ses anciens confrères, contribua généreusement dans la suite à la décoration de l'église abbatiale. Kn 1648, les anciens députèrent deux moines au chapitre général de \'endôme pour su|)plier les Pères de Saint-Maur de tenir désormais leur chapitre à Marmoutier. Dom Mareschaux demanda pardon plusieurs fois et résigna un fort bénéfice sans vouloir retenir de pension.

Nous avons insisté un peu longuement sur les désordres qui suivirent à Marjnoutier la mort de Richelieu : c'est que, comme nous le verrons à la fin de ce travail, ils se répétèrent presque identiques dans les monastères où avait été introduite la réforme de Saint-Maur. Dans tous, nous verrons le prince de Condé agir en brouillon tumultueux et se ser\ii' de son influence au Crand- Conseil pour compromettre el j^arfois ruiner l'œuvre de Riclieliou ; dans tous aussi, la ferme conduite de la pieuse reine Anne d'Autriche sauva de cette œuvre ce qui pouvait être sativé.

Richelieu abbé de Cluny.

Ueuxième période : 163a-164'^.

11 nous faut remonter de plusieurs années en arrière, au lendemain de la signature définitive du concordat d'union de Cluny et de Saint-Maur, et suivre le long et tortueux cours des négociations engagées entre Paris et Rome dans l'espoir d'obtenir la confirmation de cette union. Nous avons heureusement, pour nous guider dans ce dédale, im double document de première valeur, les notes prises vers 1715 par Dom Claude de Vie d'après les mémoires officiels conservés à la procure romaine de la congrégation de Saint-Maur \ et d'autre part une analyse faite par le même historien des lettres envoyées par Dom Grégoire Tarrisse au procureur général de la congrégation à Rome, Dom Placide Le Simon ^.

Dès le premier janvier 1635, les Pères de l'étroite observance de Cluny, réunis en une diète au prieuré de la Charité-sur-Loire, avaient ratifié le concordat d'union ^. Le 14 février suivant, la communauté de l'abbaye de Cluny donnait aussi son consentement de façon officielle^. Ce même l*"" janvier, Dom Tarrisse écrivait au procureur général : « Après mille difficultés, l'affaire de l'union de Cluny avec notre congrégation s'est enfin plus heureusement terminée qu'on n'espéroit. » Il lui envoie une copie

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