Aff. Etr., Rome, '18 fol
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a tous ces IroiiMcs, qu'il faisait personnellement tout son ])ossible [tour calmer les esprits, et iccommandaiit suitout qu'on ne portât point cette alïaire devant des juges séculiers ^ Les supérieurs de Saint-X'ann'' partageaient ses sentiments, mais reffervescence ne se calma point, et un mémoire où les Vannistes de Cluny exposaient leurs griefs contre l'union panant jusqu'à Richelieu.
Dans une lettre du 27 février 1635, Dom Tarrisse avertissait le J*ère Procureur qu'on rencontrait déjà beaucoup d'opposition et que plusieurs s'offensaient de ce qu'on eût mis au premier article du concordat (ju'on garderait les constitutions de Saint- Maur : ils donnaient comme raison que Saint-Maur n'avait pu clianuer, sans la dispense du pape, le régime constitutionnel qu'il avait reçu de Saint-Vanne, lequel était emprunté lui-même à la congrégation du Alont-Cassin : Les Pères de Lorraine en particulier nous reprochent d'avoir changé illicitement et sans autorité le régime en faisant de nouvelles constitutions, statuts et règlements, et d'avoir abrogé une partie des anciens. Ils prétendent que le Pa]-)e, en nous dispensant formellement du temps requis par les constitutions du Alont-Cassin pour exercer des charges, nous a obligés tacitement par là même à observer tout le reste. Quant aux nouveaux règlements que nous avons faits, nous ne
1. Dom Mège (Annales, p. 197) nous donne en ces termes l'abrégé de la lettre de Dom Tarrisse : Audivimus, inquit, non nihil commotionis excitatum inter patres vestros qui Cluniaci agunt, cum nuper apud Charilat^m conventum haborent. Quod quemadmodum fuit procul nostroque consilio lia suspicionis omnis imiaunem futuro vestro judicio innocentiam nostram confidimus Ut enim quod res est. dicam, nuUa nobis ejus negocii consortia, nulla pars, practer metum, ne si mitio malum negligatur, iis flammis accrescat, quas sera opéra in cassum restinguere lentabit. Quamquàm et illorum modestia et virtus, vestraque sollicitudo prudens haud dubiam spem ingerit charitatis ignibus dissidii aestus apud Charitatem exortos superandos esse. Conandum ergo maxime ne contenliones ejusmodi ad saecularia us que judicia erumpant ; quantum enim inde in religionem dispendium exundet, non est ut indignitatem edisseram, jam probe scientibus. Caeterum quidquid (•rit in nobis operae ac studii animis conciliandis, frustra pollicear summa fide expendendum ; nostra quippe omnia vestra sunt, eo dilectionis jure, quod nulla sit temporum injuria violandum. Rem nobis jucundissimam faciolis, si et vos manendi licentiam illis concesseritis, et illi consenserint remanere. Sunt enim coenobitae perfccti, eoque mutui solatii spes est tcmpcrate ac leniter conversantibus plurimum affuturum. Effundcndam proinde in nos ex allô copiosam gratiam, et abundantem benedictionem a patrc coolesti in opus quod aggredimur. Ouod et in vestram cessurum est consolationem et gloriam.
RICHELIEU ABBÉ DE CLUXV. IQoÔ. 249
pouvions les incLlre en pruUquc sans une nou\elle approbulion, en dépit de ce qui est dit dans nos bulles, que nous pouvons necnon slatuta et constiliitioncs condere, ahrogaie, olc, car ces mots, affirment-ils, ne s'appliquent qu'aux choses de peu de conséquence. Le Père Procureur consultera à Rome sur ces prétentions des Pères de Lorraine.
Dom Tarrisse lui indique encore la réponse à faire a diverses difficultés qu'on soulève à Rome : l'union des offices claustraux des monastères de Cluny ne saurait créer d'obstacle, car ils sont d'un revenu bien minime, la plupart des monastères ne pouvant contenir que quatre ou cinq religieux \ Quant à la protection qu'on sollicite pour le cardinal de Richelieu, le protecteur de tout l'Ordre ni personne ne s'en doit offenser, puisqu'on la restreint à la France seule, et que d'ailleurs il a déjà le titre officiel de chef et général administrateur de Cluny. Au reste il sera peut-être bon de faire remarquer à Rome que les ratifications du concordat susdit ne sont pas tellement nécessaires, car en somme le cardinal agit en cette affaire avec pleine autorité, et comme chef général de tout l'Ordre de Cluny, et non point comme les autres abbés ; il lui recommande derechef de veiller aux clauses concernant l'exemption des ordinaires pour les monastères déjà unis ou qui s'uniront à la future congrégation de Saint^Benoît. Pour ceux sur lesquels les évéques auraient eu jadis droit de visite, on pourrait leur accorder de visiter le Saint-Sacrement et de célébrer la messe in pontilicalibus, mais rien de plus.
Le 13 mars, le procureur reçoit l'ordre de dresser la supplique d'homologation ^ dans les termes les plus brefs qu'il sera possible, afin qu'on y rencontre moins de difficultés à Rome et ensuite au Parlement : on se senira plus tard de l'autorité du premier ministre pour obtenir les autres choses. On lui enverra bientôt des lettres du cardinal «sollicitant l'approbation pontificale ; « le Père
1. Doin Mège (p. ?89) fnit, observer que l'étroite observanre de Cluny comptait seulement 8 monastères d'un revenu rendu insignifiant par l'avidité des commendataires, et comprenant en tout 62 moines, y compris le? clercs, les frères cnnvers et les oblals. Et encore la plupart élaienl-ils des moines lorrains.
3. Dom de \'ir donne tout au long celle supplique dans son Journal, Hibi. .\at., ms. lat. 12789, fol. 111-117.
Josepli nous sert beaucoup dans celte afi'airc auprès de Sou Fminence. »
Le 27 mars, le Père Général écrit à honi Le Simon ({uil ne peut encore lui envoyer les letti'cs du roi à l'ambassadeur ^ ; qu'il serait bon de faire insérer dans les bulles d'union toutes les indulgences et privilèges pour les supérieurs et religieux, dont on hii a\ait déjà mandé la minute, car ces choses n'a|)portent aucune difficulté et animent les religieux à la i)ratique. Le 1^. Procureur tâchera d'obtenir dans la bulle d'union que notre congrégation et tous les monastères qui se réformeront seront exempts de hi juridiction des Ordinaires, comme Tétaient ceux de Cluny. pour empêcher toute confusion. De même, ainsi qu'on le lui a recommandé déjà, il s'efforcera de faire en sort« que la congrégation de Saint- Maur ne soit plus dite ad instar de celles du Mont- Cassin, ni de Saint-Vanne : c'est déjà un corps formé, adulte, capable de subsister par lui-même sans avoir besoin de se rattacher à d'autres. Dans les Constitutions de Saint-Maur on fera enlever la clause : donec validior guérit congregalio, car ces termes pourraient donner à l'avenir sujet à discussion : il serait bon de faire préciser ce point dans la bulle d'union. Si à Rome on fait quelque difficulté, il faudra demander une bulle spéciale pour cela, tout en faisant ajouter dans la première les mots : « nonobstant toutes constitutions ci-devant gardées en la congrégation de Cluny. de Saint-Vanne, de Saint-Maur et du Mont- Cassin. etiam juramento firmatse, » et obtenant la dispense ipso (acto de toutes les irrégularités antérieures.
Le 10 avril, Dom Grégoire Tarrisse envoie à Dom Placide trois lettres du roi, une pour le pape, une pour le cardinal Barberini, protecteur des affaires de France, la troisième pour l'ambassadeur, M. de Noailles. Dans le même paquet se trouvaient deux lettres du cardinal de Richelieu, l'une adressée à l'ambassadeur, l'autre à son frère qui avait été un peu dégoûté de cette union par les Pères de Lorraine : le cardinal de Lyon aimait en effet la congrégation de Saint-Vanne et avait été fâcheusement im-
1. Lp frèro de Richolipu, l'archevêque de Lyon, venait d'être envoyé h Rome comme ambassadeur extraordinaire, en même temps qu'il allait recevoir le chapeau de cardinal. Dès le 18 avril, il écrit de Rome au roi combien il a été honorablement reçu. (Avenel, t. IV, p. 793).
pressioiiné eu lu voyuuL exclue de cette union, sans laqu<3lle il jugeait qu'elle ne pourrait pas se soutenir dans lu réforme. Il y avait en outre une lettre particulière du surintendant des finances Bouthillier à l'ambassadeur, pour lui témoigner que le roi avait à cœur cett^ affaire, à cause de l'intérêt qu'y prenait le cardinal, et aussi pour le bien général de l'Ordre et l'honneur de la Fi-ance. Le Père Joseph avait assuré le Père Général que les lettres du cardinal étaient rédigées en termes excellents et fort avantageux pour la congrégation. Celle qui était destinée à l'ambassadeur avait la teneur suivante :
Monsieur, Le Procureur' des Bénédictins de la Congrégation de Saiut- Maur vous fera voir un concordat que j'ay fait pour l'union de l'Ordre de Cluny et de ladite Congrégation, duquel il est besoin d'avoir la confirmation de Sa Saincteté. C'est ce qui me fait vous prier de contribuer tout ce qui deppcndra de vous pour faire qu'on la puisse obtenir promptement. Mon dessein estant par ceste union de donner commancement a la reforiuation générale de l'Ordre St Benoist en France dont il y a lieu d'espérer un grand fruit, je me promets que Sa Saincteté se portera d'autant plus volontiers a l'approuver en ceste considération, et vous a m'y deppartir les effets de vostre assistance qu'en attend
Monsieur,
Vostre très affectionné serviteur Le Caro. de Richelieu.
de Ruel ce 2^ opvril 163C>.
Devant une telle avalanche de recommandations, D. Tarrisse exhortait le Père Procureur à pousser vivement l'affaire. Le cardinal y était très affectionné et engagé d'honneur. « Notre action, disait le Père Général, ne sauroit estre arrêtée sans faire un grand tort à ce cardinal et au tesmoignage que le Roy a rendu publiquement qu'il vouloil cette réformation générale de l'Ordre de St-Benoist ; en un mot l'affaire de l'union est l'affaire principale du cardinal, et le succès de la réforme, celle du Roy. On ne sçaurail trop louer le zèle de Sa Maiesté pour favoriser la réforme de tout l'Ordre, et la protection qu'elle nous a donnée pour le succès de l'union, comme on voit par les lettres de recommanda-