HKIILLILU ABBÉ DE CI.UNY
est le premier auleur après Dieu, « il a dessein seulemenl d'èlrc recognu poui- prolecteur, pour avoir lieu de nous défendre et de nous maintenir ». Un s'occupe en ce moment de faire stabilier régulièrement dans l'Ordre les Pères de Lorraine qui se trouvent à Cluny et désirent y demeurer. Si Dom Placide pouvait « faire en sorte d'obtenir, en attendant les bulles, la permission de tenir un chapitre général, cela noue tireroit de grandes peines ».
Une nouvelle lettre du 20 novembre félicite Dom Le Simon d'avoir réussi à renverser l'opposition des Pères de Lorraine ; tout bien réfléchi, qu'il ne demande rien au sujet du chapitre général ; « on ne nous conseille pas de le tenir avant la réception des bulles » ; mais surtout quil ne manque pas de faire insérer la clause de la protection de iVionsieur le cardinal : sans elle, on ne pourra rien faire.
Le procureur général avait réellement besoin d'une parole réconfortante tombée de la bouche de ses supérieurs. Il avait généreusement dépensé son temps et son activité à résoudre les diflicultés sans cesse renaissantes que soulevaient les consulteurs de Rome : quand le décret du cardinal pro-dataire parut, il put se rendre compte qu'il était bien peu favorable à l'union. Ce décret faisait remarquer d'abord, avec une nuance de désapprobation, que les constitutions de la congrégation de Saint-Maur sont plus rigoureuses que celles suivies ù Cluny au moment où on y introduisit la réforme. Pour ce qui concerne les visites, on devra s'en tenir aux constitutions apostoliques et au concile de Trente. On ne touchera pas aux menses priorales ou abbatiales, ni aux bénéfices dans aucun monastère : les titulaires auront les mêmes droits qu'auparavant. Les religieux réformés seront sous la juridiction de leurs supérieurs régidiers. L'élection de l'abbé de Cluny sera faite par le chapitre de cette abbaye, mais on ne pourra choisir qu'un religieux réforme, et le Saint-Siège confirmera l'élection. La nomination des abbés et prieurs appartient au roi, conformément au concordat. Les offices claustraux sont supprimés ; mais pour tous les prieurés, dignités, bénéfices de l'Ordre de Cluny conférés par Rome ou par le légat d'Avignon, rien ne sera changé, et ils pourront être donnés à des religion v de la congrégation ou à d'autres sans que l'Ordre ait A s'ingérer dans leur adminis-
Irulioii, iiiùnie daiis le cas où ces béiiéiices vioiidiaieiil à \aquer. En roalilù ce décret s'écartait très sensibleiiienl du concordat signé Tannée précédente, outre quou semblait s'y être préoccupé surtout de .sau\egarder les intérêts iinanciers. Dès qu'ils en eurent cunnaissance. les supérieurs lirenl présenter par le Père Proculeur un mémoire au cardinal pro-dataire et un autre au cardinal liayin. Doni Le Simon sellorya de l'aire disparaître du décret les articles qui pouvaient susciter des dilïérends ou qui portaient atteinte aux privilèges de la congrégation. Ainsi les religieux réformés qui rece\aicnt du roi une abbaye ou un bénéfice ne devaient pas être privés du libre exercice de leur charge ni contraints de verser leurs revenus dans la caisse coimnune de la congrégation : c'était aux supérieurs à leur prescrire seulement un emploi du re\cnu coni'orme aux intentions des fondateurs, à l'honneur et au bien de l'Eglise, à l'avantage des pauvres, et à les maintenir' soumis à l'observance, aux supérieurs, aux visiteurs, aux chapitres généraux, comme cela se passait au temps de saint Hugues. Il y a des pauvretés religieuses avec pécule, et c'était précisément le cas dans la congrégation de Saint-Maur.
Pour l'élection de l'abbé de Cluny, le procureur demanda qu'on s'en tint aux termes du concordat d'union, lequel ne diminuait en rien les droits du Saint-Siège. Mais il fit observer que la défense faite à la congrégation de se mêler de l'administration des bénéfices confiés à des religieux offrait de graves inconvénients pour la vie monastique et des dangers pour l'observance : il supplia qu'on modifiât ce passage et remit sur celte question un mémoire au cardinal Barberini, afin qu'il usât de son influence pour sauvegarder les droits de la discipline régulière.
Mais tout cela reculait indéfiniment la rédaction de la bulle qui de\ait approu\er l'union. Sur les ordres qui lui venaient de Paris, Dom Le Simon pressa la chose tant qu'il put. Il demanda que dans le préambule on rendît hommage au roi. à la reine Anne d'Autriche et au cardinal de Richelieu : Louis XIII en effet avait donné maintes preuves de sa bienveillance pour les moines, spécialement dans cette affaire de l'union, en faisant savoir au pape et aux cardinaux que rien ne lui semblait plus glorieux pour son règne, plus utile à la vie monastique et plus agréable à sa personne. La reine Anne avait, elle aussi, toujours favorisé les Béné-
dictins. (Juant à Riclielieu, runiou étail son œuvre et il a\uil em- [)loyé pour la consolider et la mettre eu pratique toute lautorité dout il jouissait à Hume et à Paris.
D'après tout ce que nous avons vu, les points les plus importants que le procureur avait a faire sanctionner par la huile étaient : 1° l'exemption de tous les monastères réformés ou à réformer, 2" la mention expresse que le pape désirait vivement la réforme monastique, afin d'arrêter le flot montant des sécularisalions d'abbayes, îi" la suppression des deux formules : ad instar congre gationis Casinensis vel SS. Viloni et Hydulphi, et donec validior fuerit congregatio, 4° la protection du cardinal de Richelieu. 5° la confirmalion de tous les privilèges concédés aux supérieurs et aux religieux, 6° la dispense pour les Clunistes unis à Saint-Maur du serment d'observer les constitutions de Cluny et l'obligation de suivre celles de Saint-Maur. Ce fut sur ces six articles qu'insista particulièrement le dernier mémoire de Dom Placide Le Simon. Les cardinaux soulevèrent à nouveau nombre d'objections et refusèrent l'insertion demandée.
On arrivait donc à la fin de l'année sans avoir rien obtenu. Du moins à Paris, les dernières résistances et oppositions venaient d'être vaincues : le cardinal a\ait d'un mot arrêté les démarches des Pères de Saint- Vanne en déclarant que par le concordat il n'a prétendu en aucune façon préjudicier aux intérêts de leur congrégation, et un nou\el arrêt du Conseil privé rendu le 14 décpmbre confirmait le concordat d'union et ordonnait l'enregistrement (les lettres patentes du mois de février, nonobstant toutes oppositions '. Quatre jours après, Dom Tarrisse mande au procureur de ne plus poursuivre pour l'instant l'exécution des bulles: qu'il se contente de demander un bref ([ui approuve un chapitre général extraordinaire. Il était convenu par l'acte du 11 août que ce chapitre devait recevoir les bulles ; puisqu'elles se font tant attendre, il donnera du moins cominencement à la consrrégalion de Saint-Benoît, à condition que le pape ratifie d'avance tout ce qui se fera dans cette assemblée : élection des supérieurs et autres ofiiciers. ordonnances, constitutions, règlements, etc., qu'il approuve sa forme et sa tenue, soit pour le temps auquel
î^80 RICHELIEU Eï LA RÉFORME MONASTIQUE
on le réunit, soit poui- le nombre des capitulants, qu'il ratifie et approuve tout ce qui y aura été conclu et arrêté comme pouvant senir à l'observance régulière et au gouvernement de la future congrégation, qu'il ajoute ce qu'il croira bon pour son plus grand bien et pour son a Hennissement, qu'il oblige tous et chacun à garder ce <jui aura été décidé dans cette assemblée, comme approuvé par lui ipso fado, et qu'il y donne sa bénédiction. Ce bref de\ra être dressé le plus vile possible. On envoie à Dom Le Simon un mémorial pour être présenté au pape ^, Une fois de plus, le Père Procureur multiplia ses démarches : une fois de plus, il fut partout rebuté. Il avait beau dire que tous ces retards causaient un grave détriment au projet d'union et à la bonne observance dans les deux congrégations : on le ron\ oyait à plus tard. Ainsi toute cette année 1635 venait de se dépenser en négociations stériles. Le pape, saisissant du premier coup d'œil le vaste dessein du cardinal de Richelieu, y avait donné aussitôt son entier assentiment, et a\ait répondu oui à la demande des bulles présentée par le maréchal d'Estrées : ceux qui étaient chargés de donner la forme officielle et authentique à l'expression de sa volonté s'étaient ingéniés savamment et avaient réussi jusque-là à lui faire dire non obstinément. A part ce qui a\ait été obtenu en France par le dernier arrêt du Conseil privé, l'année était perdue pour l'œuxre de la réforme. Au risque de longueurs fatigantes, il nous a fallu préciser par le menu détail les objections et les difficultés que soulevaient les prélats romains ; nous pourrons être plus bref pour les années qui suivront : elles ressemblent à la première. Le cardinal de Richelieu ne perd jamais de vue son grand projet et on travaille en France avec bonne volonté et zèle à la réforme monastique : le veto de Rome paralyse tous les efforts.
Dès le 15 jan\ier 1636, Dom Tarrisse mandait au Père Procureur que les derniers points litigieux avaient été réglés à l'amiable avec les Pères de Lorraine. Dans ces conditions, il pourra laisser dans le projet de bulle ce qu'on avait fait mettre autrefois pour leur être agréable : « ce ne sont que des paroles qui ne font
aucun mal ». On a lait consulter en Sorbonne au sujet du senncnl prêté par les religieux rérormés ^ : toutes les difficultés sont aplanies. Le 9 lexrier, un arrêt du Grand-Conseil homologuait le concordat « à la charge que les réformés rapporteront dos bulles du pape dans six mois ^ » : ce n'était pas lenregistremenl pur et simple et. vu les dispositions hostiles de Rome, la condition pouxait créer de nouveaux obstacles.
Le 20 février, Dom Tarrisse écrit à Dom Le Simon qu'il faut à tout prix presser l'affaire, parce que les anciens religieux de Cluny sont impatients de tenir leur chapitre général ; il faut donc enxoyerau plus vite le certificat de la grâce octroyée par le pape, afin qu'on puisse du moins réunir le chapitre en attendant l'expédition des bulles. Il lui dit de passer par-dessus la difficulté qu'on fait à Rome touchant la suppression des offices claustraux, de supprimer cet article ou d'offrir de payer cpielque componende pour que tout ne soit pas arrêté pour une misérable question d'argent.
« Mr. le cardinal de Bagnes, notre amy, arrive à Rome et on espère par son crédit d'achever notre affaire, comme il avoit fait celle de St. Augustin de Limoges. Dom Placide représentera à la Cour de Rome qu'il est impossible de pouvoir s'établir en Fnance sans cette réunion d'offices, parce que tandis que les religieux anciens non réformés trouveront entrée par le moyen desdits olfices, ils occuperont les places dans les Monastères, se perpétueront et empescheront que la réforme ne s'y établisse jamais: ainsi, c'est maintenir et fa\oriser le désordre et le dérèglement, lesquels néantmoins le Pape désire d'oster et retrancher entièrement ; et cependant, ce que le Pape édifie d'un côté, on luy fait détruire de l'autre, puisqu'un petit intérêt temporel, en empeschant la réunion de ces offices, empesche aussi la réforme, l'avancement de la gloire de Dieu et la réformation d'un Ordre qui peut rendre tant de services à l'Eglise. »
Le 10 mars, une nouvelle lettre lui prescrit de faire insérer la clause de la réunion des offices claustraux « à quelque prix que ce soit ». Le 19 mars, on lui communique l'arrêt du Conseil privé ordonnant l'union de la congrégation de Chczal-Benoît à