Bibl. Nat.. ms. fr. Ifi055, fol
304 RICHELIEU ET LA lŒFORME MONASTIQUE
tioii et col oncouragemeiil ihi Souverain Pontife : c'eût été beaucou j» plus, s'il a\ail daigné r;ililier le uioyen infaillible qu'on lui avait proposé jjour faire refleurir l'observance.
Au cours du dernier mois de 1037, nous trouvons la mention faite par le Père Procureui des efforts tentés par l'évèque d'Albi et -Mgr de Bourleniont pour faire réduire les privilèges de la congrégation de Saint-Maur, qu'ils déclaraient subreptices. Nous voyons aussi une lettre du Père Joseph à l'ambassadeur où il expose les ennuis que ressentent le roi et le cardinal du retard apporté à l'expédition des bulles, et le préjudice qui est causé ainsi à l'Ordre, et enfin une lettre oîi Doiii Tarrisse demande à Dom T.e Simon de lui cmoyer le compendium des privilèges accordés à la Tomi^agnie de Jésus et lui piescrit aussi de relever à ses moments de loisir la liste déjà longue des abbayes, prieurés et bénéfices de l'Ordre de Saint-Benoît qui ont été unis aux collèges, séminaires et maisons des Pères Jésuites.
I^ situation se précise encore en 1638. Le pape est toujours bien disposé en faveur de l'union : le cardinal-neveu, n'ayant plus à redouter dans sa charge de protecteur un collègue jugé encombrant, se montre désormais plein de bienveillance : tous deux ont reçu de nouvelles lettres du roi, très pressantes : du dataire seul viennent les difficultés, et toujours les mêmes, obstinément \ C'est là le grand, l'unique obstacle : on n'arrivera point à le sunnonter. Voyant qu'il ne peut empêcher le pape d'accor-
1. Voir loul le chapitre du Journal de 13om Claude de Vie, intitulé : Extrait des lettres de l'an 1638. fol. 171-177. Dom Mège, p. 376. ayant à résumer les négociations de celte année 1638, dit d'un air lassé : Post ea omnia, quac de casso unionis labore cum taedio et nausea superius scripsimus, vix animus adigi potuit ad eamdem molestiam ilerum refricandum ; puis il désigne clairement l'auteur de tous les atormoiemei^ts et de toutes les chicanes :
Sed enim unus honio nobis cunctando destituit i-em et perdidit. Datarius eo petentibus infensior, quo justior crat postulatio, visus est omnes animi nervos intendisse ut infinitam morarum seriem necteret, Virorum eminenlissimorum la bores videns, nosi risque molestiis exsatiatus. Non omnia hic referam instar omnium eril egregiu.s ille typus postulandae et concedendac unionis, quem post incredibilcs suffi igiorum tergiversationes excogitavit ftt exaravit. cujus inter alios hominis genium hic articulus abunde prodet:...
der la bulle, le dataire va s'ingénier maintenant à glisser dans la rédaction des conditions qui la rendront inacceptable : toute l'année s'y dépensa.
Dos le 30 janvier, le maréchal d'Estrées écrivait à Richelieu : « Je ^ poursuivrai aussi avec tout le soin et l'ardeur la plus grande que je pourrai affecter sur l'union de Clugny et Saint- Maur )) ; et le 25 février, sur un ton d'impatience : « Pour^ celle de Clugny et Saint-Maur, je leur ay dit que si dans peu de jours ils ne m'en donnoient resolution, je ne leur en parlerois plus, et après deux ans et demy de temps qui sont passez ils ont eu loisir d'y penser et de résoudre. » A Paris aussi, les personnages qui s'intéressaient à l'affaire étaient indignés de ces retards ; malheureusement le pape devenait vieux, et le cardinal dataire avait pris sur lui une très grande influence. De plus, par une manœuvre peu loyale, il aigrissait l'esprit des moines de Cluny et leur faisait écrire de Rome combien les conditions du concordat étaient humiliantes pour eux, et ceux-ci, déconcertés d'attendre depuis si longtemps une solution qui ne venait pas, auraient impute volontiers aux Mauristes la responsabilité de ces retards si Dom Placide n'avait pris soin de les détromper et de dissiper leurs inquiétudes.
C'est alors que Dom Firmin Rainssant, prieur de Saint-Martin des Champs, suggéra un expédient : demander au pape un bref ou une bulle qui donne le nom de Saint-Benoît à la congrégation de Saint-Maur. Le motif est que les réformes se multipliant en France par le. moyen de celte congrégation, les séculiers commencent à lui donner le nom d'Ordre de Saint-Maur, et ainsi il est à craindre que le nom de Saint-Benoît ne s'éteigne entièrement. Si on peut obtenir ce bref, il ne sera pas difficile alors d'agréger à cette « congrégation de Saint-Benoît en France », dont le nom n'éveillera point de soupçons à Rome, les monastères de Cluny par un nouveau concordat, et on y ajouterait en France la clausulo : « aliàs de Cluny et de Saint-Maur ». Les officiers de la daterie croiront qu'on veut abandonner le dessein de l'union, et peut-être alors changeront-ils d'avis et accorderont-ils ce qu'ils ont refusé jusqu'ici. Dom Tarrisse, consulté sur cet artifice, ré-