Cette lettre est reproduite à l'Appendice, n° 19S
318 KK HFH.IEL F.T I.A IJrUOKMi: MOXASTIOUE
Le ilécl'et (iiiul de la congrégation cardinalice, obtenu après tant de démarches et de si persévérants elt'orls, parlait justement (lt*s points (pion désirait réser\er. 11 décidait que rien ne sera changé on ce qui touche l'abbé de (luny, son mode délection et de confirmation, sa juridiction spirituelle et temporelle, la libre disposition de ses revenus : il sera seulement soumis, selon les constitutions apostoli(iues et les décreU du Concile de Trente, à la correction du \isiteur élu par le chapitre général de l'Ordre. Les moines non réformés pourvus dun bénéfice monastique en jouiront comme par le passé ; mais on ne pourra rien prescrire aux réformés qui aille contre leur observance et ils demeureront soumis à 1 autorité de leurs supérieurs. Les moines réformés pourvus d'un bénéfice devront garder leurs règles, selon ce qui a été délermiué par le bref du pape.
Toutes ces restrictions offraient encore bien des dangers ; les cardinaux amis de la congrégation avaient cru devoir les laisser passer, mais des yeux plus attentifs y voyaient matière à bien des difficultés pour l'avenir. Pourquoi ce régime d'exception pour l'abbé de Cluny ? Mieux ^■audrait ne pas en parler du tout dans la bulle ; mais sur ce point le cardinal dataire était absolument intraitable. Et quel j^éril pour l'observance, pour le vœu de pauvreté en particulier, de n'avoir pas purement et simplement, comme on le demandait, décrété que les religieux pourvus d'un bénéfice ne pourraient disposer des revenus que selon la volonté des supérieurs ?
Un moment, les supérieurs de Paris songèrent à refuser une fois de plus ce peu qu'on leur offrait. Mais les bonnes volontés se lassaient : il avait fallu déjà de si puissantes recommandations et de si noinbreuses démarches pour l'obtenir ! Les amis de Rome insistèi-ent viv^ement auprès de Dom Tarrisse et des autres supérieurs et leur conseillèrent de prendre, en attendant mieux, ce qu'on leur donnait. « Il faut quelquefois, remarque mélancoliquement Dom de \'ic en terminant son journal de l'année 1638, déférer malgré ses répugnances à des amis fidèles et d'autorité. »
Le cardinal dataire avait fait tout son possible pour empêcher
Hii iii:LiL;r abiu: di: clunv. 1639. 319
la réunion de la dernière eongi'égation générale : tel personnage indispensable s'était trouvé brusquenienl chargé d'une mission hors de Rome, tel autre avait la goutte au jour lixé, et ce n'avait été que sur les protestations indignées des cardinaux Harberini el Bagni que la connnission romaine avait enlin accordé, pour prix de quatre années d'efforts, les maigres concessions qu'on a vues. Néanmoins le dataire considérai! cela comme un échec personnel, et il guettait la première occasion de remettre le tout sur le tapis : elle lui fut fournie.
En réalité, rien n'était signé encore, ni par le pape, ni par le cardinal de Richelieu, ni par les supérieurs de la congrégation. Le maréchal d'Estrées écrivait le 1" janvier 1639 à Bouthillier de Cliavigny : Je ^ ne vous mande rien de l'affaire de Olugny et Saint-Maur, me remettant au Père Placide qui m'a assuré de vous en faire scavoir toutes les particularitez, » et à partir de cette époque l'ambassadeur ne semble plus s'être beaucoup occupé de celte affaire dont on ne voyait jamais la fin. Le Père Joseph, mort le 18 décembre précédent, n'était plus là pour stimuler son zèle en faveur des Bénédictins. Pourtant, dans une instruction qui lui est adressée en février 1639, on lit ces mots : « L'affaire ^ de l'union de Saint-Maur doit estre achevée ; le bien de tout l'Ordre est aussi manifeste qu'il faudroil agir conti-e le sens comnuin et toute raison pour y faire difficulté. Idem de l'affaire de Cisteaux et de Prenionstré esquelles le Roy et Monseigneur le Cardinal ne recherchent aucun advantage que celuy de l'Eglise et de la gloire de Dieu. »
De son côté, Dom Grégoire Tariisse ^ exhorte Dom le Simon à faire agréer dans la rédaction définitive les dispositions les plus avantageuses pour la congrégation: Il se réjouit de ce que sa dernière lettre « luy fait espérer qu'on ne faira pas difficulté à Rome de mettre dans la Bulle que M"" le cardinal nous cède sa
1. RihI. Nat., ms. fr. 10050. fui. S*". L>ans ce volume de la correspondance du maréi'tial d Ji.strces et dons le volume précédent, on voit qu'on agitait à Paris la « question à résoudre .s'il est plus à propos de faire en France des généraux de cliaque ordic de religion que de dépendre des généraux étrangers », et la réponse est toujours affirmative.