‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 153 sur 183 · C.irdinal de Richelieu · texte numérisé non relu

C.irdinal de Richelieu

322 HICUEIJEl" LT LA ItLFUHME MONASTIOI I-

de venir ù Paris au nom do la sainte obéissance. Duui Uossel s'excusa sur ses infirmités et envoya à sa place son neveu Billoty, (|ui plaida sa cause à merveille, représentant que Richelieu avait donné à son oncle l'administration du collège sa vie durant, et (ju'il y aurait dureté à le déposséder alors ({uil a\ail près de soixante-dix ans. Le canlinal pardonna, et lui laissa à la l'ois le collège et son grand-\icarial.

Kn 1037, Dom Hosset, craignant que les Pères de la nouvelle ' congrégation de Saint-Benoît ne voulussent entrer dans le collège et par suite ne vissent ce qui s'y passait, leur fit défendre |>ar le vice-légat Frédéric Sforza l'entrée de la \ille d'Avignon sous prélexle de peste, puis prit aussitôt ses précautions auprès du conseil de Richelieu en écrivant à l'un des membres, M. des Roches, «qu'il n'a point trempé au refus qu'on a fait aux portes d"A\ignon ûc laisser entrer, à cause de la peste, les religieux de Saint-Maur, (jui portoient quelques actes (pii lui dévoient estre signifiés ; car estant, dit-il, dans les terres du Pape, pour me garantir de leurs menaces, je leur aurois fait signifier un bref de Rome, portant défense de ne me point troubler, lequel javois obtenu longtems auparavant, .attendu qu'estant dans les terres de Xùtre Saint Pèrele Pape, il m'a esté grandement nécessaire, n'estant point néanmoins préjudiciable à l'autorité abbatiale, de laquelle je n'ay jamais eu intention de me soustraire : veu même qu'il a pieu à Son Eminence de me pourvoir ad vitani du rectorat de son collège. Feu mon oncle et inoy avons mis le collège dans l'état où if est ; car lorsque nous y entrâmes, il n'y avoit que deux religieux, qui n'a\oienl pas de quoy vivre. Je vous prie, Monsieur^ d'appuyer mon droit sur les provisions que j'ay receu de Messieurs les abbés de Cluny, tant pour le rectorat ad vitam, que pour l'administration sans en rendre compte, et qui a été confirmée par Son Eminence ; j'espère tant en la bonté, justice et prudence de Messieurs de son Conseil, qu'ils conserveront en }>aix un bon vieillard dans un rectorat, dont il est pour^•eu depuis cjuarante ans. » En même temps il envoyait à l'évèque de Chartres un long mémoire où il expliquait qu'il n'avait fait confirmer par le pape les provisions qu'il tenait de l'abbé de Cluny, et « n'avoit pris ses seuretés du côté de Rome, que pour se garder des Pères de S. Maur, qui étoient à Clugny et à Saint-André lès Avignon,

ItlCilLLIEU ABBL: de CLIW

<|uc rintercst do labbé de C'iuguy csluil que Icà religieux de Saiiit-Maur n'eiilrasseiit pas dans le collège, ce qui feroit perdre poiu- toujours à l'ai)!"*' la uouiiualiou à la reclorre. »

Ou voit (|ue, selou l'expressiion duu Mauriste, le recteur de Saiul-Alarlial « vivoil eu bigarrai, ayaut provisiou de Kouie pour s'cu prévaloir coutre les abbés de Cluuy, et provisiou des abbés pour s'en servir contre la Légation. » Le cardinal dataire avait-il pris conscience qu'il encourageait et perpétuait tous ces désordres on exigeant que la légation d'Avignon demeurât en dehors de l'union de Cluuy et de Saint Maur, et ([ue les religieux pourvus d"un bénéfice pussent l'administrer « sans eu rendre compte » ? Ouoi ([u'il en soit, iJom Uosset devait soutenir de tout son pou- \()ii' le prieur des Uoziers dans ce (|u"il entreprendrait contre l'union odieuse. Celui ci, du reste, s'était depuis longtemps réconcilié avec son concurrent d'autan, retourné à Saint-Vanne, et c'est à [instigation de Doin Hollet — Dom Mège et Dom de Vie l'affirment — qu'il adressa à Rome un méuioire accusateur rempli d'invéulions et de faussetés.

1' 11 accuse la congrégation d'a\oii' contraint les religieux de Cluuy à ce concordat, ou de les avoir gagnés par argent. — Or les \Iauristes a\aienl eu nuiins le consentement volontaire de tous les supérieurs de l'étroite observance et celui de bon nombre d'anciens qui. ue voulant ou ne pouvant accepter la réforme, ont du moins favorisi' l'union, \oyant qu'elle rétablissait l'Ordre de Cluny qui était siu* le penchant de sa ruine.

"2° d"a\«iir supprimé les offices dans l'Ordre de C'iuny et d'y a\oir introduit des nou\eautés lilurgi((ues. — Or les Mauristes suivaient le bié\ iaire monastique de Paul V comme faisait presque tout rOrdre bénédictin, sans y rien ajouter; ce n'était là rien établir de nouveau, mais seulement rétablir les usages anciens ; et d'ailleurs comment peut-on supprimer ce qui n'existe pas, puisque l'Ordre de Chmy était alors réduit à tel point qu'il n'en restait plus (jue le noui. ul sola magni. Oïdiiii^ lunbra supersit ? il y avait très peu de comiiuniautés, moins encore de religieux et d'observance.

-i° de recevoir des novices, malgré les défenses qui ont été pronmlguées :

7>° fie donner des pensions aux non réformés ;

o'^'i iaciiLLn:t lt i.a iu:roi«Mi: mu.nastiole

G" d'avoir .supi)rimé les aumùnes ;

7** de ii'étiiblir que trois ou qualre religieux duus les monastères <le ( hiiiv :

S^ de n'axoir rien pu conelurc, ear le Grand-Conseil a exigé |»oui" la raliliealion (juon (>ùL uhlenu les bulles dans les six mois;

•J" d'axoir uni irrégulièrement les menses priorales dhlineourt et de Monldidici- ;.

10° de iliereliei-, sous prétexte duiiion, à accaparer de très anciens monastères. — Or les Mauristes ne songeaient qu'à les rele\er en les réformant et leurs monastères étaient plus nombreux el |ilus anciens que ceux de Chmy. D'ailleurs les monastères de Clunv subsisteront dans la congrégation qui sera dite de ("îuiiv ;m.>>i bien (jue de Saint-Maur ; on i)Ourrail donc dire aussi bien (jik; Lluny \cul usurper les anciens monastères de Sainl- Manr.

i 1° d.noir empêché la réunion tl'un chapitre général qui avait élé ordonné |iar le (irand-Conseil,

\'J° Jl ilcmandail enfin que le chapitre général se tînt soit* à lîomo. suil il \\ignon.

Devant un Iribunal français, Conseil privé, Grand-Conseil, Parlement même, de telles accusations calomnieuses, ou des demandes ïidicules conmie la dernière, produites par un moine intrigant el déréglé, eussent sans doute été repoussées du pied; mais la passion est attentive et toujours aux aguets, les ennemis de la congrégation Aoulaient tirer parti de tout, et le cardinal dalaire affecta de tenir grand compte d'aussi graves révélations. Dom Placide l-c .Simon fut obligé de perdre son temps à dresser un nouveau mémoire, que Dom de Vie nous résume en ces termes :

On répond à larticle des Messes qu'il est vray que dans qnelque> lieux on en dit deux ou trois, mais que c'étoit ou par des jeunes novices, ou par un couple de religieux anciens et pour satisfaire à l'obligation des Monastères et acquitter les fondations.

Pour la défense de ne pas recevoir des Novices, il est vray qu'il y a lonprtenips qu'il y a défense, non de n'en recevoir absolument, mais de les recevoir sinon dans l'observance, ce qui a été commencé par Monsieur le cardinal de la Rochefoucauld, lorsqu'il étoit comniissaii'e délégué du St-Siège pour la réformation de l'Ordre de St-Benoist, tant pour ôter le commerce sordide de prendre de l'argent comme on faisoit, que pour ne remplir l'Ordre que de bons

i!iciii;i.iEL Aiiui: DL CLiiNV. 1039. 325..

sujets. Ce brouillon mérileroit pénileuce pour son inipudonre, et il est bien aisé tlo veoir qu'il n'aime la réforme ni le bon ordre, non |>lus qu'un criminel n'aime point le juge qui doit le cliàtier.

Ce n'est pas d'ailleurs «(u'on ne reçoive pas de novices, car on. en reçoit tous les jours, mais on veut qu'ils soient receus dans les licu.x destinés aux Noviciats ; et [on] ne veut pas qu'il soit permis à tous les Monastères particuliers d'en recevoir ni de faire un né<r()ce pour la réception des novices, recevant moyennant (lc[s] sommes d'argent toute sorte de sujets indignes de porter lliabit religieux : l)oileux, bâtards et autres personnes semblables, etc., comme le recteur de Saint-Martial qui, par ce négoce, s'est enrichi. Jugez s'il n'est pas juste de défendre à telles gens la réception des novices à (le telles conditions !... Ce Dom Roziers qui s'oppose à l'union est un brouillon, un plaideur et un chercheur de bénéfices ; et il est étonnant que la Cour de Rome reçoive les oppositions d'un tel personnage. C'est le délay de la confirmation de l'union (jui fait naître ces sortes de malheurs et qui donne lieu aux méchants religieux de troubler le bien et d'empescher l'avantage de la religion.

Pour empescher qu'on ne reçoive de mauvais novices, ignorants, vicieux, et à prix d'argent, monsieur l'abbé de Cluny a voulu qu'on n'en receût que par son ordre dans les novitiaux destinés selon la Bulle de Clément VIII ; cela ne déserte pas les bénéfices, mais les remplit au contraire de bons sujets, et ces bénéfices ne peuvent être plus désertés qu'ils l'étoient auparavant le concordat, le service divin étant abandonné et les l)àliments ruinés. La seule réforme peut les remettre et les remplir de bons religieux puisqu'au lieu tle trois on quatre religieux, nos Cttiumnnautés doivent être de treize de chœur.

Pour ce qui regarde les pensions, il est vray qu'on en donne, mais par ordre et autorité du St-Siège, et non pas pour la fin ni en la manière qu'il dit : Et ce qui le fâche le plus, c'est qu'on n'avoit pas voulu luy donner la pension qu'il demandoit. Quant à ce qu'il dit que nous chassons les moines dehors, on peut faire veoir en cela la malice et la fausseté de ce brouillon.

Une autre fausseté qu'il allègue est qu'en tous les traités et conventions, on n'a jamais réservé le bon plaisir de Sa Sainteté, car c'est la première condition portée par le Concordat, ce qui devroit sufTire pour connoîlre l'mipndence de ce moine qui devroit être pimi pour cette fausseté et pour les autres.

Quant à ce qu'il dit qu'on n'établit que deux ou trois religieux dans les Monastères de Cluny, cela est faux, comme il paroit à lleuil et à Souvigni et aultres lieux, où il y a des religieux et audelà même du revenu : et si auparavant le Concordai, nos Pères ny ont mis au commencement un grand nombre, c'est qu'on n'en mettoit <pie t-e qui éloit nécessaire pour disposer les lieux.

326 lîKifr.iiKi: i:r i v hlioume monastioii;

Quant à ce qu'il dit quo nous nous sommes servis des anciens, cela est vray, et aussi que eeux qui n'ont pu embrasser la réforme s'employent encore de hun cœur pour contrilnier au rétablissement tie rUrdie (piils voyent sur le penciiant de sa ruine, et eu cela ils sont plus religieux que ce libertin (jui nous reproche une chose dont il devroit nous louer: iimlc inimcrilo inipiilat nobix ad cnlpnm qnod certc verti deberet nobis ad (jloriain ; et on peut dire qu'il n'y a que ■ce libertin et le recteur du Collèçre St-Martial, aussi déréglé que luy, qui s'o|)pi)sent à l'union, parce que ce dernier voit que cette amion retranchera le trafic qu'il a fait dans la réception d'un grand nombre de personnes qui ne servent que de scandale, et où il prolile de plus de 30.000 Qr\\< qu'il distribue maintenant pour empescher le succès de l'union.

Pour ce qui regar<Je les aumônes, nous les taisons, grâce au Seigneur, abondaunneut dans tous nos Monastères et plus qu'on ne faisoit avant lunittu. puisque nous faisons revivre celles qui étoient supprimées par l'avarice et la corruption des religieux et celle des Abbés commendataires.

Pour ce qui regarde le traité d'Elincour et de Moutdidier. il est vray que ce traité a été fait en suite de quelque règlement fait par Monsieur le cardinal touchant la réunion de quekiues petites menses pour en faire des convents et pour maintenir la régularité ; ■car, comme il a été .souvent dit, l'Ordre de Cluny étoit réduit à des Prieurez où le service de Dieu et la régularité étoieiit déjà abolis et supprimés à cause du peu de religieux qui s'y trouvoient et de la ruine des bâtiments ; et sans l'union, peut-être dans dix ans, il n'en resteroit pas dix à douze qui eus.sent pu porter une convenable •Communauté, et ils eussent été pour la plupart abolis : or ce Prieuré d'Elincour étoit dans un lieu champêtre tout ruiné et sans espérance de pouvoir jamais remettre une Communauté, non plus que Moutdidier, sans ces accommodements. D'ailleurs ce traité, quoyque proposé, n'étoit pas exécuté et on étoit après pour obtenir la confirmation de Sa Sainteté, sans l'approbation de laquelle rien ne sera fait ; or il n'est pas défendu de traiter et de convenir avec les parties intéressées en tout ce qui regarde la gloire de Dieu et le bien <ie l'Ordre et s'asseurer même des Cours souveraines pour s'en rapporter ensuite au jugement de Sa Sainteté. Enfin ce traité n'étoit qu'ad tempiis, jusqu'à ce que le prieuré d'Elincour fût mis en état, qu'on ait pu liquider les revenus pour trouver de quoy entretenir un nombre de religieux suffisant pour faire le service divin. La ruine et l'abandon de ces prieurés vient non pas de la défense de recevoir des novices, comme on l'a dit, mais de ce que le? prieurs commendataires refusent d'en recevoir pour s'approprier tout et supprimer la conventualité.

Pour ce qui regarde le Chapitre Général, que ce moine dit

IUCIIi:i.IEL" ABBÉ DL ( r.LNV. 1G39. 327

qu'on a ompcsché de tenir, qui avoit été ordonné par le Grand Conseil, outre «|ue cela avoit été fait avant l'union, (ni peut veoir comme les Clunistes étoient divisés entre eux et s'entre-mangeoient devant les juges lanpies, au grand scandale de tout le monde, et la ruine de l'Ordre et préjudice des droits et privilèges de l'fCsglise.

Il demande encore que le Chapitre Général soit tenu à Rome ou en Avigniin et c'est une extravagance, et pour Avignon, le recteur changeroit bien de note si c^n l'indifiuoit au Collège de Saint- Martial... Mais enfin, le Chapitre CJénéi-al se faira dans l'ordre, en la manière et selon les droits.

On remarque encore : P Que ce libertin qui s'oppose à l'union n'a procuration de personne : 2» Qu'il ne produit aucune pièce justificative de ce qu'il avance touchant la violence que nous avons faite aux religieux «le Cluny pour les faire consentir au Concordat ; 3° Depuis quatre ans qu'on poursuit à Rome, il n'a pas eu le temps d'apporter les raisons de son opposition, s'il en avoit ; que si après quatre ans l'affaire se conclut, il n'est pas croyable qu'un seul religieux sans nom, sans procuration et sans preuve puisse arrêter l'affaire par sa simple opposition.

Par excès de précaution, le Père Général entretint le nonce de cette nou\elle affaire et le pria décrire au cardmal Barberini pour recommander la congrégation et rendre bon témoignage de son observance : le cardinal-nc\cu pourrait en outre, s'il le désirait, s'informer à ce sujet auprès du cardinal de la Rochefoucauld. Malgré tout, et bien que Dom des Roziers eût été convaincu de calomnie, le cardinal dataire a\ait encore gagné un peu de répit avant d'accorder cette bulle d'union quil était si difficile de lui arracher. Le Père Procureur en avait en\oyé le projet à Paris, tel qu'il était sorti de la dernière congrégation, et Dom Tarrisse, en lui accusant réception, n'avait pu s'empêcher de faire remarquer qu'il « ne falloit pas tant d(- temps pour le fabriquer puiscju'il est en tout semblabb; au premi<u'. Il faut que cette affaire soit une affaire de Dieu puisqu'elle trou\c tant de difficultés et qu'elle est si peu favorisée par ceux cpii devroient ia promouvoir et l'avancer |)Our la gloire de Dieu et le rétablissement d'un Ordre si vénérable et si resjiectable par son ancienneté, par ses services cl par sa sainteté, par sa doctrine et par les grands hommes qu'il a donnés depuis sa naissance dans les siècles même les plus ignorants et les plus obscurs. »

Le cardinal dataire naval! pas seulement gagné du temps par

328 itK iifii.ŒL r.T i.\ i!i:ioi{Mr: monasjioli;

l'opposition de Dom des Hozicrs : il en avait aussi profité pour proposer, en attendant qu'il pût les imposer, diverses modifications dont il fit part à Dom Le binioii, lequel les transmit sans retard à Paris. Par une coïncidence (|ui peut s'expliquer assez aisément, les nouvelles difficultés (|u'il soulevait ressemblaient étrangement aux raisons qu"a\ait alléguées autrefois le prieur des lloziers quand il plaidait au ( iraiid-Conseil pour empêcher l'union. JH»m Tarrisse s'en plaignait dans sa lettre du 15 février, où il donnait au Père Procureur les raisons qui l'empêchaient d'ad- Miellie certaines expressions du préambule narratif et certains articles du projet de bulle.

De la manière dont on parlait, il ne semblait pas en effet cpi'il fût question d'unir la congrégation de Cluny à celle de Saint-Maur, mais bien quelques monastères particuliers de l'Ordre de Cluny (|ui donneront leur consenternenl. « Ainsi ce n'est point unir un corps avec nu autre, mais [)lntôt di\iser Cluny d'avec luy-même, car les uns demeureront unis, et les autres qui voudront demeurer clans le dérèglement ne donneront jamais leur consentement pour la réforme, en quoy la Cour de lioine. qui semble désirer le bien, ne procure nullement les moyens pour y arriver, et au contraire fournit les moyens pour le détruire ; car on ne pourra jamais apporter de règlement dans les monastères, n'étant pas à espérer que les libertins le demandent, joint que dans l'article IV on désire que le plus grand nombre consente. Or comme le nombre des mauvais est plus grand que celuy des bons, s'il eût fallu altendre le consentement du plus grand nombre, il y a des monastères bien réformés et bien réglés qui seroient maintenant ruinés et sans aucune obser\ance. » Il faudrait donc énoncer clairement que « l'Abbé de flnny, les supérieurs et prieurs, en cas qu'il soit besoin de faire mention d'eux, au moins pour la plus grande partie, demandent l'union de tout l'Ordre et de la congrégation en un seul corps, mais non pas nommer en détail les prieurs qui y ont consenti, car cela donneroit lieu à mille diflîriiltés. Nous avons déjà Aingt-cinq ou trente consentements ratifiant le concordat, mais il n'y a pas à se prévaloir de cela. » Il ne s'agit pas en effet d'unir quelques monastères de Cluny à la congrégation de .Saint-Maur, car pour cela il n'était pas besoin de recourir à Home, vu que les bulles de confirmation

uiciii;(.ii;i AP.DK DE CLLXY. 1G30. 321)

donnent le droil de réformer tous les monaslères de France. De {•lus, dans « lOrdre de Cluny, les Prieurs de Monastères parliculicrs sont à la disposition de l'Abbé de Cluny, en sorte qu'excepté ceux (jui ont des bénéfices en titre, il peut les changer d'un lieu à un autre et aucun ne peut recevoir des novices que par son ordre, et il ne dépend pas des Prieurs de changer les religieux d'un Monastère à un autre ; mais ils dépendent absolument de l'Abbé de Cluny, tous les religieux faisant leurs vœux entre ses mains ou celles de ses sousdélégiiés, à cause de quoy il peut mettre, (|uaud il \oudra. la réforme dans les Monastères particuliers, pourveu (|u'on ne contraigne jias les religieux particuli<M"s à une vie plus austère (pie celle (jui est portée [)ar les statuts de ('luny. » L'abbé de Cluay n'a donc pas besoin non plus de Home [)our réformei- ces monastères particuliers, puisqu'il est le mailie absolu de faire des règlements et de les faire observer, ou [»ar lui-même, ou par l'ordre de ses sous-délégués, pour l'établissement de l'observance régulière, selon qu'il le juge nécessaire. H n'est d»mc pas juste qu'il perde les droits qu'il a et qui doi\ent ser\ ir pour promouvoir la réforme ; « il faudroit au contraire les luy donner s'il ne les avoit pas. »

De même il ne faudrait pas dire dans le préambule ((ue l'union est demandée pour « endtrasser la réforme », pour « i)rali(iuer les constitutions », pour « suivre l'observance », car les religieux [tarticuliers qui ont donné simplement leur consentement étaient de la même observance que ceux qui se sont unis effectivement. Des mots r f/uod Priores conventualcs inonoslcrii cl aliorum, etc., ciipienles amplecti rclormationem congretjationis Sancti Mauri, etc., sont donc captieux et ambigus, car tous ne prétendent pas endîrasser la réforme, mais tous consentent à l'union de l'Ordre de Cluny avec la congrégation, ce qui n'est pas la même chose, ("est donc créer là « ime nouvelle source de division et de trou- Ide pour jilusieurs (|ui diroient qu'ils n'ont pas eu cette intention el c]u'on a exposé faux. Il est bien \ray cpie nous n'entendons pas forcer les particuliers à notre manière de vivre s'ils ne donnent eux-mêmes leur consentement, et dans ce sens on ne s'oppose pas qu'on mette dans la BuHe qu'on ne pourra les y contraindre : mais autre chose est d'y obliger les particuliers, autre chose est qu'il faille nécessairement le consentement de tous pour

330 iucni:i.ii:i: et i.a iu':i oume .nh^.nasiioi i:

Ja léroniialioii des MDiiastères ; car Mr. l'Abbé a déjà ce droit. » L)oin Dos Hu/.iers aussi deiiuuide (jue les moiiasleres ijui n'ont pas accorde leur consenteiuenl Jie |iuissent être unis: mais cela ne se ]>eul accorder, car alors « le ]jarli des liberlins sei'oil i>lus favorisé ijuc celuy des bons religieux ».

Le li' article du projet peut passer.

Pour ce (jui regarde le 3* article, i-elalif aux abbés et prieurs titulaires, « on pourroil consentir (piils ncussent l'ien de commun a\ec nous, pouneu (|u'ils n'eussent aucune autorité sur les religieux réformés ; car si la cour de Rome craint (|ue nous désirions d'amasser des titres, nous, au conti'aire, nous craignons do nous y engager et d'en avoir, persuadés que nous somme'S cpu' ces titulaires sont la source des désordres et les pierres d'acboppement et de scandale dans une religion réformée. » Aussi serait-il bon d'ajouter après les mots persoiuis rcgularcs ceux do non n'Iormatas : il y aurait alors moins de danger; car s'il y avait quelqu'un des réformés qui, pourvu dé semblables bénéfices, oubliât son devoir et \oulùt faire quekiue chose contre son serment, i^ourvu qu'il ne pût rieU sur In congrégation, il n'y aurait pas à s'en mettre en peine: il n'aurait qu'à prendre son bien et à laisser les autres en repos. « En tout cas, il sera hors de la congrégation à laquelle il ne pourra pas tant nuire, joint que l'on taschera d'y pounoir i)ar quelque bon règlement, on même on demandant une modification à Rome par une bulle qui expliqneroit cette clause, quand le temps en donneroit la commodité ou que les esprits seroient plus disposés pour favoriser le bien cjue nous désirons d'établir. » Il faudrait aussi ôter ce mot conimcndaiarii qui n'ajoute rien au fait et ou\ re la porte aux commondes, ce qui est contre l'intention du pape, ainsi qu'on le voit par la bulle de Richelieu pour l'abbaye de Cluny. Il faut qu'il soit énoncé bien clairement dans la bulle que les abbés et i)rienrs con\entuels titulaires, (pioiquc réformés, n'auront aucune juridiction sur les religieux réformés, ni rien de commun avec eux ; mais pour ce qui regarde les prieurés simples, on j^eut non point jiarler, « car il n'y a aucune apparence qu'on veuille nous retrancher ce que le Saint-Siège nous a spontanément donné pour le bien de la congrégation, selon nos règles et professions. » De même « il ne sera pas nécessaire de spécifier que les titulaires

IMCUtl.lEU ABBÉ DE CLUNV. 1039. 331

lion réformés n'ont pas de jurisdiction sur les reformés, parce (|ue ce seroil dire que les réformés ruuroienl : il \aut mieux que les choses soient couchées en termes généraux, aiin d'obtenir plus farilement des modillcations et des explications. » Si on fait difiiculté de mettre dans la bulle que fabbé de Cluny cède sa juridiction, il ne faudra pas s'arrêter pour cela.

Par 1(^ i*^ article, on désire que le plus grand nombre des religieux consente à l'union ; mais attendre ce consentement du plus grand nombre est chose impossible et ridicule, car le plus grand nombre n'est pas ordinairement pour le bien. La plupart s'entend, en termes de droit, sanior pars, et non mnior pars, et c'est ce que dit aussi la lègle de saint Benoit : il est plus juste de favoriser le bien que le mal.

La façon dont est rédigé le 5" article marque une contradiction <hidente, car d'un côté on dit que « l'union de Cluny se fait avec la Congrégation de St Maur à cause que l'observance y est plus étroite, et dans ce même article on \eut que les X'isiteurs fassent la \isite, en la manière des anciens de Cluny, sur les réformés mêmes, et les anciens demeurent sous la jurisdiction de l'Abbé, ce (pli est une confusion et un <lésordre tout manifestes. Car outre <ju'on seroit bien empesché de trou\er la manière comme on avoit accoutumé de visiter, il faut qu'on nous laisse les visites selon nos Constitutions, puisqu'ils veulent qu'on les garde et que toutes nos Bulles nous donnent assez de pouvoir de gouverner la Congrégalion ; et c'eût été bien assez de dire à l'extrémité que los anciens demeureroient sous la jurisdiction de l'Abbé et Supérieurs, visités par son ordre, suivant les anciens statuts dudit Cluny : car s'il falloit attendre l'ordre de ces gens là, nous serions bien empeschcs <"omment nous gouverner en la conduite de la Congrégation. Tous les Ordres du monde ont droit de faire des \isiteurs selon leurs <"onstilulions et ainsi nous n'en pouvons jirendrc de novnelles formes : cela apporferoit trop de confusion. »

Le 0* article renverse les privilèges touchant les offices et autres choses que le Saint-Père a accordés à la congrt'gation par pure bien\eillance. .Si la Cour de Rome les a crus nécessaires pour piomou\oir la réforme, elle devrait avoir honte de penser iiujourd'hui à les retrancher lorsqu'ils sont le i>lus nécessaires pour favoriser et étendre cette réforme, comme si elle voulait

'.VS~! KU iii;i.ii:i i:i i.\ iîi'.ioumi; Mowsiirnr

l.iiii' tdiiL son iiussiblc [nnw IV-mprcliiT. Ce serait injurieux aussi pour la coiigrégation qu'on regarderail comme coui>ablc de quel- (|ui' laulc iloiil ilonic la pnnil. parle reirail des privilèges. « \ous ne pou\uns iituis dopaiiir de ceux qu'on nous a accordés et dont les deux congrégations sont en possession. On trouve mauvais, ajoufc sii[- un (on j>liis xif le Père Général, ([ue le Dalaire soit si ohslinc'; dans ses résolnli<»ns et on est scandalisé du dernier projel de la cougrégation [caidinalice]. Si «jn voul(»iL délruire l'Ordre de SainI Henoisl, on ne pourroit en l'aire un plus pro[n'e à réussir. \os amis seroienl d'axis que M. le Maréchal, ambassadeur du Roy, pril ce projet si inique pour un reins cl que le lloy se ponrxeùl jiar d'autres voyes. » Qu'au moins on obtienne de laisser les privilèges à toute la congrégation de Saint-IJenoît, tels (ju'ils étaient aulrorois à Saint-Maur. a\ec au besoin la restriction : moda sitil in iisii.

i.e 7*" article ([iii Ir'aile des litres collalifs est incompri'bensihle. D'une part, il dit : l'otcrit ]>crmiUl supjtressio liluli collalivi, et dautrc par! il est -lit ((u'on ne [)Ourra traiter que sous le bon plaisir du Saint-Siège. J le sorte que si on ne veut pas accorder la réunion des titres à la mense conventuelle, elle ne se fera pas et les anciens titres se perpétueront dans les monastères, ce (|ni es! absolument contraire à la première intention du pape et à la raison elle-même. Je n'y comprends rien, dit Dom Tarrisse au procureur ; « pourveu que les réunions se fassent par mort ou démission volontaire, faites de ces articles ce qu'il vous plaira.

» Pour le buictième article, pourveu qu'on accorde à la (ongr('gation unie les droits et privilèges dont l'une et l'autre jouit à |tr(''sent, (pioyqu'on ne parle pas exprès de l'exemption des Ordinaires, ni des religieuses, on le i»ourra passer; mais on ne peut accorder qu'on retranche les privilèges déjà accordés par le Sf Siège, car s'il est vray cpie benelicium principis débet er.se pcrix'luuni, ce seioit une chose odieuse et indigne du St Siège d'ôter ce qu'il nous a donné pour le service de Dieu. Cet article semble môme se contredire, à moins que par ce mol lollatui, -on entende que dans la Bulle on ne faira aucune mention de la communication des privilèges des autres Ordres, et pour lors, nous consentons à cet article expliqué dans ce sens et pourveu qu'on nous laisse dans la jouissance des privilèges dont les deux Congrégations sont en possession.

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» Kii un mut, ajoute en terminant le Père Général, ce projet, rie J3ullc est tout eaptieux et tout à l'ait propre à faire naître des jirocès et des difficultés. »

Il n"v avait pas dautre mol poui- résumer tout ce qui avait fié lait a Rojne depuis la dénonciation de Dom d<'s Uoziers. l'.t lionrlaiit à combien de démarches n'avait-on pas recouru ! Le cai-tlinal de I5ichelieu avait écrit au nonce; le Père Général avait écliang-é de nombreuses lettres avec l'ambassadeur et axée M. lîi-aeliet. frère de Dom Benoît Brachet et secrétaire de l'ambassade à iiome, qui ser\it la cause des religieux avec grande affection et déxoùment ; il avait aussi écrit au nonce pour lui dire combien le caidinal de Uichelieu désirait -viAcment l'union et se plaindre par contre de la résistance du cardinal dalaire : c'est cette résistance et les retards qu'elle entraîne qui donnent ces occasions do scandale et de soulèvement de la part des anciens religieux et entraînent tous ces inconvénients dont on se plaint à Rome en même lenqjs fpi'on semljle les faxoriser ; le nonce promit d'écrire de nouveau à ce sujet au cardinal Bar])erini. I.c Père Général regrette aussi qu'on donne tant d'importance à l'opposition du recteur de Saint-Martial et de Dom des Roziers ; il redoute plus encore celle <lu prieur du collège de Cluny, Dom Lemperière, qui lui aussi \eut traverser l'union. Il engage le Père Procureur à consulter <ies pei'sonnes intelligentes sur le projet de bulle et à en faire peser tous les termes, car on n'entend i)as aussi bien en France le style de la chancellerie pontificale.

Dom Tari-isse espère que le letour à Rome du cai'dinal Bagni <ontribuera au succès de l'affaire, car mieux que personne il en connaît l'importance ; le cardinal Barberini est également d'a\ is qu'on l'attende. Au cas qu'on ne puisse pas obtenir ce ({u'on demande raisonnablement, le procureur général enverra une attestation des poursuites (pi'il a faites en Cour de Rome pendant <|ualre ans, et fera certifier authentiquement que le Saint-Père a accordé l'union et qu'il n'y a c(ue le dataire qui en empêche l'exécution pour des intérêts particuliers. « Je croys, dit-il en terminant. (|ue le ])rincipal consiste dans les prétendus intérêts des oriiciers qui sont aussi faux supposés que le reste, puisqu'aucun bénélice li'cst supprimé ni ne change de nature, et quoyqm^ ^ïr.

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