‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 157 sur 183 · Dil>l. Nat., ms. fr. 1G0:.7, fol · texte numérisé non relu

Dil>l. Nat., ms. fr. 1G0:.7, fol

oirj KK IJLLILL LT 1. \ m:;rOIlME MONASTIOLE

l»'.s religi<;ux icl'ornics de la possession des bénéfices, comme incapables el inhabiles, indiynail le Père Lîénéral : « Ceci ne peut se faire (ju'à la liunlo de la <?(jnr de liome. Si cela \ienl à èlre connu, on lie maïKincra i)as de dire qu'on veut rendre les enranls incapables de lliéritage de leur i)ère pour les donner aux iliiens et les sacrilier à la di^^s()luIion. C'est jusleineiit le moyen de l'aire abandonnei- le serxice de Dieu, de délaisser les csglises et miner les lieux sacrés, et élever l'idole de rabomination sur l'autel ; eela est indigne du St-Siège et de l'honneur de l'Ordre. La Cour «li> Home s'est laissée prévenir ])ar des libertins et des religieux ennemis de la Réforme et de l'union, et c'est pour cela que, n'osant la refuser absolument à cause qu'elle est de soy un bien el un avantage tro]) grand, ils mettent et demandent tant de conditi<jns imjxjssibles et injurieuses même au St-Siège, puisque b's gens de bien cm son4 scandalisées et (pi'il semble (ju'on veuille conspirer à la ruine d'vm (Jidre qui a toujours mérité sa conservation par les services qu'il a rendus et rpiil peut rendre •encore à l'iisglise. »

Mazarin écrivit sur ce sujet au cardinal Biclii el on ne tarda pas à s'apercevoir que la recommandation a\ait du poids : le ■cardinal dataire fit mine de céder sur quelques points.

C'est qu'en effet ses prétentions devenaient absolument incohérentes et contradictoires. Xon seulement il se montrait intraitable au sujet de l'élection de l'abbé de Cluny ; mais, soucieux uniquement des intérêts financiers de la daterie, il voulait d'une part maintenir les religieux ]»uui\us d'un bénéfice dans la liberté d'en disposer à leur gré comme par le passé, car alors il y iiurait toujours des droits de provision et de résignation à prélever, et d'autre part il refusait aux religieux réformés, sous prétexte qu'ils a\aient fait vœu de pauvreté, le droit de posséder des bénéfices, alors que d'après leurs constitutions ils en étaient simplement administrateurs et ne pouvaient disposer des revenus que selon les ordres des supérieurs. On Aoit que le vœu de pauvreté «erxait au cardinal dalaire de glaive à double tranchant.

Aussi disons dès maintenant qui ce sera la gloire et l'honneur impérissable du digne et saint religieux que fut Dom Grégoire l'arrisse de n'avoir jamais consenli à acheter les immenses avantages qu'eût procurés 1 union au prix de l'abandon d'un point si

uiciiixiLL MUiù. Di: eu w. lOil. 3/i7

«essentiel de lu disciitlinc religieuse. Il fit loiiles les concessions désirées sur les aulres innlières <|ui ('laienl en discussion ; mode rréleclion de l'abbé de ( Innx . i)Ossessi(»n des bémHices, privilèges (Je la congrégation, etc. (hunid on ])rélendit exiger de lui que des religieux dcxinssenl réellement, propriétaires des rexenus eeclésiasli(|ues (jui leur é'taient eonl'érés. il répondit rermcmcnt cl jusqu'à la lin : \on.

L'analyse de ses lettres au procureur général d(.> la congi'cgalion nous donne tout le détail des négociations. Il ai»[)rend avec plaisir qu'on a dilTéré la riMuiion de la efjnimisston [)onlificalc jus(|u'après le retour de .M. Urachet. seerélaire de l'ambassade à flome, car celui-ci est ]>ortcur des lettres de recommandation du nonce. En texrier, il éeril (pie sans doute la réunion dernière des prélats, tant de fois promise a"\ec assurance, ]ie tardera plus beaucoup: « Certaines i)crsonnes ennemies de lOrdre et de la <-ongrégalion j)rocurent à Home de melln" en titre le collège de Saint-Martial d'Avignon, et on veut l'aire détruire quelques prieurés d'un re\enu d"environ 2000 livres, unis à (juelques offices dépendants de Montmajôur. sous prétexte que nos premières bulles n'étxiblissent notre congrégation (pie dans le domaine du Hoy de France, sous lequel A\ignon n'est i)as compris, et fpr.aiii'^i nous n'avons aucun droit à tout ce qui est hors du royaume, ni sur les dits prieurés (|ui sont dans le comté d'Avignon. On voit bien que c'est une mauvaise raison pour enle\er le bien de l'Ordre : mais prenez garde sur cet article dans les bulles d'union, on il semltle qu'on \eirt excepter la légation d'AAÎgnon dans laquelle on voudroit (pic toutes choses demeurassent dans le même état que devant l'union. Il seroit bon de faire insérer cela subtilement dans les Bulles et de prendre ce prétexte pour l(>dil Collège d'Axignon et h^s aulnes susdits Prieurés qui ne sont pointant f)as en titre, mais unis à quelque office ou à la mense conventuelle. Il faut donc prendre garde ([u'on ne mette rien dans les Bulles touchant la l('>galion d'\\ignon qui donne lieu à personne d'enlever le bion de l'Ordi-r sous des prétextes aussi xains ([ue ceux-là.

» Le Père Généra! prie encore le Procureur de s'informer par la voye du secrétaire de l'ambassade de deux choses : la première, s'il est \ray (pi'il fut fait mention de notre affaire dans les

ou> i!i( 111:1. lia" i:t IV i!i;roiî.\ii; mowstioue

mémoiros de M' rnniLassadour axaiil ;?()n dépari de Rome. L» dtMi\ioino est aussi de sravoir >"il a rcrii de[)uis son départ des tiifiiidires de la part du loy pour dciiiaiHler à Rome qu ou iTaccoidc plus de l'él'ornies à coudilioii de doiiucr des pensions aux anciens religieux, eoinnie ([uclc|ues libertins le disent et le soiiliailcnl, ce (pii sei'oil d'un très grand préjudic(> et (pie ce seroit (Miipesolier tout le bien qu'on peut esi)érer des réiormes par la \oye la plus con\enable et a\ec moins d'niconvénients avec la permission du Sl-Siège. Des brouillons ont voulu s'emparer de /pielques bénélices, sous prétexte que nous n'avions pas obtenu les bulles d'union, mais nous axons obtenu un arrêt par le(|uel on nous donne un |)eu de ré])it.

» Le Père (iéïK'ral est tlaxis d'obtenir la confirmation de ruiiion à des conditions même désaxantageuses parce que le délay de celle confirmation à un autre Pontificat ne nous convient pas, |iiiis([u'il prodiiiroif mille inconvénients et qu'il donneroit occasion aux bï-ouillons de remuer; il presse le Procureur d'arrêter \ ilenient l'affaire ; mais de témoigner à Rome que IVr le cardinal duc ni nous ne ])OU\ons accepter la Bulle aux conditions portées: il l'cxliortii do gagner M' le cardinal-protecteur et AF le cardinal de lîagnes par prières et en faisant croire au premier qu'on luy aura l'obligalion du succès de celte affaire.

» Il l'avertit (piil faudroit tascher de faire remeltie la clause r|u"(»n a voit mise dans les projets précédents, sçavoir : « Quodquc ipsoium Mowisterionim Abbalcs iilulares seii Commendalarii cuni tonrenlibus cl rnonacJiisi reformalh nidiil commune, jùchilque mjendnm fiabeatit, sed illi d Prioribus clausiralibus /i/x/a relormalionis alalula cl con>iUcludinc>< cliricndis, reganlur el (juberncnlnv, car c'est ainsi que le Dataire l'a \oulu luy-mesme.

» i^our ce (|ui regarde la modération des privilèges, on craint d'être trop li('il par cette clause : « pourueu qu'ils ne soient con- « traires aux Constitutions apostoliques. Il faudroit l'ôter ; si on » ne lient jjas. il faut les prendre comme on voudra. » On luy écrit aussi qu'il faudroit changer la clause touchant l'observance de nos Constitutions, et laisser le nom des Constitutions, pourveu qu'elles soient plus étroites que celles qui étoient en pratique dans l'Ordre de Cluny dexant la réformofion et non dexanl l'uninn, car la chose a moins de difficulté dans ce sens.

KK in^i.ii;i \nij)'; dk cluw. lOil. 'j'iO

» Mi^r Scoti, .ancien .\onco en l'iance, veni lu} -même èlrc hdIi»' sollicileur et nous Jail mille ainitif's, à la consicléralion de M"" le «ardinal de Bagnes, l.r P. X'aliirr \i(Mil à Uonie et fail \eoir rimpoi'lanee des elauses dr nolic Hul]<* loucliaiil la juristliclion cl dispoilitioli du lemporel ((u'on veut donner aux lilulaires, el i|n"il n'est nullfuienl néeessaire de les meltie dans les linlles générales connue celle relative à l'union, qu'il sutïil de les metli-e dans les Bulles parliculiéres el proxisions de béiK'fices d'iui ciiacun, si bon Iciu semble ; <|ue c'est la ruine de la religion. O'ailleurs, par ce silence, la dalcrie n'a rien à craindre, puisque cela ne luy porte aucun pr('iudicc. On envoie des mémoires poinfaire comprendre combien ce décret relatif aux abbés et prieurs titulaires est préjudiciable à la religion, injiirieux au Saint-Siège, conli-aire aux conciles et à nos premières bulles, cl que nos cours sou\eraines ne laisseront jamais cet article.

» Il exliorle de nou\ean de faire en sorte que lorsqu'on ]>arlera des droits de la li'galion, l(>s termes de la Bulle ne puissent em- ]tescher notre établissement dans les Collèges qui dé[»endenl de l'Ordre de Cluny, ni jouir des revenus (|ui dépendent de nos monastères.

» .VF Jirachet rend au Père Général des lettres de Doni Placide a\ec les procurations et oppositions contre l'union ; le Père Général avertit le Procureur tie preiiflre sujet de ces oppositions •f[u'on n'omette que la jvn-isdiction de l'Ordre de Cluny demeure à la Congrégation selon le concordat et que les termes de la Bulle soient conçus en sorte qu'au cas (|ue la clause qu'on veut cire insérée donnant la jurisdiction aux Abbés comme ils avoient auparavant, ne détruise celle du concoi-dat par laquelle il est dit (|ue l'Abbé de Cluny sui\ra l'ordre en l'administration de sa charge qui luy sera donné pai' le Chapitre Général et les Supérieurs de la (Congrégation.

» Le Père (Jénéral l'exhorte de consultei- des gens habiles touchant les termes de celt(^ l'>nlle d'union et de ne rien épargner làdessus, afin qu'on ne se repente pas dans la suite d'a\<>ir négllué ■de la faire examiner.

» I^s affaires de l"rance (Mant dans celte année-là fort a\anlagenses et fort heureuses, on espère (|ue notre affaire pourra aAoir un meilleur succès. »

350 iti( iii;i ii'.i i:r \\ ulfou.mi. munastioii;

C(.'s ospéranees, fondées sur laiil Uc (l(''iiiarclics, tant (rrludcs niinuliciiscs, lanl li de si liaules recommandations, fut'oni une l'ois do plus ciuellenienl dérues. La dernière congrégation se réunit à Home le 'JS mai lO'il. La longue lettre écrite le T'' juin par l)om Placide i-c Simon au Père Généi'al nous donne le compte-rendu dé-laille de ecMte séance, désastreuse i»our l'union :

0 lliiliii ' Hdlrc asscMihIée tant attendue et si longtemps ])oursuivie lut tenue mardy dernier 28 de ce mois (mai 1641). Ladite assend)lée futcomposée de huit personnes, de M. le Gard. Barberin, .M. le Lard. Spada et de M. le Gard, de Bagnes et des autres cinq prélats qui avoient assisté aux autres congrégations-, et quoyque honne partie des huit immédiatement auparavant que d'être asseml)le7. crut fermement i|iie raffaire alloit se conclurre selon nos désirs et qu'ils l'eussent enlier<'ment satisfaits des écritures et raisons que je leur avois données contre tout ce qu'ils avoient ordonné dans leur dernier décret touchant le revenu et la jurisdiction absolue des titulaires sans dépendance de leurs supérieurs majeurs, neantmoins, par un malheur secret, toute l'assemblée a tellement changé que bien loin de tiemordrc et de modérer queUpie chose touchant cette même jouissance et jurisdiction sans dépendance, quelques uns par un stratagème diabolique prenant l'affaire d'un autre endroit plus spécieux que juste, se sont efforcez de persuader aux autres de faire un décret par lequel notre Congrégation fut déclarée incapable de jiouvoir posséder des bénéfices, particulièrement des abbayes et prieurez conventuels, alleftuanfs pour raison que puisque nous étions reformez et que les loix des bonnes reformes ne permettent pas de jouir en particulier ni rien faire sans subordination des supérieurs majeurs, nos confrères ne dévoient pas prétendre aux bénéfices, notre Gongregation se devant contenter des menses convenlueiles et laisser lesdites dignitez pour les commendataires ; a quoy l'ancien amy du R. P. Du Pont s'etant opposé et remontré combien ce décret seroit injuste et de mauvaise odeur dans le public, si un religieux reformé sur un brevet du Roy et sur la résignation ou nomination du collateur ne pouvoit posséder des bénéfices en titre, ce décret fut empesché. »

Le P. Procureur fut introduit ensuite dans l'assemblée par M. le Gard. Barberin, auquel on fait toutes ces difficultez, auxquelles if repondit conformément aux ordres du P. General, scavoir de ne pas parler dans la bulle en aucune manière de la jouissance ni jurisdic-

Page 1