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'2. l). Guillorcau, oucr. cit., Avant-propos, p. x. Les pages qui suivent sont ccrifes aussi d'une plume superficielle et mal informée, ou. pommieux dire, l'auteur n'a fait que reprendre à son compte les cris indigné? de ses prédécesseurs sur la tyrannie inintelligente de Richelieu. Pour le remarquer en passant. VHistoirc de la rclormr de 'Ordre, de Sainl-BctioÛ ("Bibl. Nat.. ms. fr. 17670), citée par D. G. comme Irruvre de Dom ."Ange Xalfl, est de Dom Joseph Mège.
lucHLi.ira Miiiû DF. ci.L.w. lGi'2. 307
que le projel de Kielielimi. s'il ii'eùl pas été entravé par des sorvileur<; iiialadroils ou ambitieux, les Sourilis, les Coursan, les Uollet. les Lemperiùrc, les Tiersaull, s"il eût été secondé par la ('«<ur de llouie comme il le fut par le roi, par le P. Joseph, par les supérieurs de la congrégation de Saint-Maiu-, eût doublé l'éclat doni a brillé durant cent cincpiante ans l'Ordre bénédictin en France et accru de beaticoup les ser\ices (|u"il rendit à l'Eglise el à l'Ktat ?
Xous dirons un mot tout à riiciu'e du désaslie (pie fut pour tout l'Ordre de Cluny la non-confirmation de l'union a\ec Saint-Maur; jnais nous i)ouvons dès à présent rcmar(juer (ju'elle fut aussi pour cette congiégalion une grande source d'affaiblissement. On peut en effet se figurer aisément quelles ressources en hommes et en argent elle eût trouvées en incorporant en son sein l'Ordre de t'iuny a\ec ses monastères encore nombreux el riehes. Par une disposition sans doute providentielle, la congrégation de Saint-Maur connut la gène et la pauvreté dès le premier jour, où elle n'eut pas de (|uoi payer le prix de ses bulles, jusqu'aux dernières années du XVllI* siècle, où l'on voit grand nombre de maisons eudettées chercher jiéniblement à se faire octroyer par le chapitre gf'néral quelcpies maigres subsides jtrélevés sur les revenus d'autres monastères un peu moins obérés. L'Ordre de Cluny, en d(''[>it de multiples spoliations, était demeuré riche, et sans doute, grâceà cet apport, les moines de Saint-Maur n'eussent pas été obligés, comme il arriva tant de fois, de refuser de réformer des abbayes fpii s'offraient à eux, faute de pouvoir payer la restauration des bâtiments en ruines ou les pensions des anciens,
L'I'Jroife Observance de Cluny eut jus((u'ù 3S maisons et 1341 religieux profès, et même on ])eut admetlre que ce nombre, qui déjà augmente de façon notalde celui des 8760 moines de Saint- Maur, se fût encore accru, si l'union avait persisté : le calme qui régna plus d'un siècle dans la vie de lra\ail cl de prière de Saint- Maur formait en effet un contraste trop frai)[>anl a\ec les agitalions, les conflits de juridiction, les procédures chicanières qui absorbèrent la meilleure porlion du temps et de l'activité des Clunistes, pour n'attirer point quantité de vocations qui sont demeurées étouffées. Mais surtout l'ancienne observance ne se fût pas maintenue : c'était chose décidée par Richelieu qui avait interdit
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^iix anciens de icfe\<»ir «les noxiccs. l)'où une nouvelle siMirce <Je \oculions pour Sainl Maur et 1 union })robablc de cinquante autres monastères.
l-"aut-il aller jusqu'au bout de Ihypotlièsc et dire que la congrégation de Saiul-\ aune elle-même, bien qu'elle ait jusqu'à la fin mené une vie <ligne et féconde en bonnes œuvres, el n'ait nullement UMM-ité le nom de « respectable imllity » dont l'a affublée M. Bisliop, aurait gagné beaucoup à l'union avec celle de Saint- Maur. (pi'elle eût enrichie de ses cinquante maisons et de ses 2030 proies '/ Car les tentatives d'union qui se sont ébauchées à diverses leprises après Ilichelieu sont un sûr garant que si la fusion \oulue entre Saint-Maur et Cluny eût acquis sa stabilité par la l»('-nédiction du Saint-Siège, les nîoines lorrains n'auraient pas ^illcndu la réunion de leur i>ays à la France pour se joindre à leurs frères et t!a\ailler avec eux, sous l'autorité d'un même chef <'t sous l'obéissance aux mêmes lois. — lois ({ui au début étaient identiques pour les deux corps — à la gloire de Dieu, au bien des âmes chrétiennes et à la giandcur littéraire de la France. Fnlin les 70 maisons <1ps Anciens Bénédictins, les onze monastères des Bénédictins cxemjjts auraient-ils pu résister tous à l'attraction (pieùt exercée ce corps puissant el solidement organisé de moines bénédictins français vivant d'une même vie, belle, calme, utile, comme si la loi de la griivitation universelle ne trouvait d'application que dans le monde physique ?
Mais, dira-t-on. tout ceci n'est (ju'hypothèse, séduisante si l'on Acut, mais ne reposant sur rien de réel. — Soit : ce n'est en effet <]ue ce qu'avait rêvé le cardinal de Bichelieu^. Mais voici des faits positifs cfui nous montreront ce que la congrégation de Saint- ^^aur a perdu par la résistance opiniâtre qui brisa ses efforts de huit années. Richelieu n'avait pas encore fermé les yeux que <le graves ferments de révolte menaçaient de soulever tout le corps cl de compromettre la paix de l'avenir, et cette révolte eût certainement été étouffée dans l'ecuf si Rome, par ses lenteurs et
1. Il nous paraît superflu de remarquer que ce projet du grand cardinnl Ti avait rien de commun avec la fantaisie imaginée par des hommes dEtal plus rapproclics de nous de fondre en un même corps des Ordres religieux <}ui suivent des règles différentes.
iucnr;i.iRi abbl; diî cfanv. ]0i2. 869
par son refus final, n'eùl dune pari décoiiraiic les bonnes \olonlés el de l'aulre aulorisé les audaces d'esprils aigris, d"ambit.ieux déeus qui i)rofiièr('nl de l'absence de sanction officielle pour donner libre cours à leur iirilation et secou(M- un joug cjui leur ctail insupportable.
Nous faisons allusion ici aux longues et odieuses intrigues de Doni Faron de (Jhallus el du i»arti (|u'on appela de son nom les « ]'\ironiles », inllrigues et i-ébellions (pii empoisonnèrent les dernières années de la vie de Dom Grégoire Tarrisse. Bien qu'elles aient commencé a\anl la ment de Richelieu, nous n'en axons point parlé parce que cette étude eût débordé notre sujet. Ce que nous en pou\ons dire d'un mol, c'est que cette fâcheuse affaire n'eût pu éclater, si ri()in(> avait consenti, en ai)[)rouvnnl le concordai de liY-y'i, à ratifier en même temps, connue on le lui deinandail, les cliangemenls cpii axaient été faits dans certains articles des conslilulions de Saint-.Maur par les chapitres généraux de 1G30, 1033, 1630 et 1G39. Ces changements, très légitimes d'ailleurs d'a|)rès h teneur môme des bulles d'érection et de confirmation, étaient de\enus nécessaires : la jeune congrégation avait en effet reçu de sa sœur aînée de Lorraine ses constitutions, qui n'étaient autres elles-mêmes ([ue cell(>s de Sainte-.Iusline ou du Mont-Cassin cl a\ aient pour auteur Louis Harbo. Mais les conditions qui avaient déterminé le législateur itilien à prendre certaines précautions l»our se défendre conire le fléau de la commende n'étaient plus les mêmes aujourd'hui, et on pou\ail sans danger, en remaniant prudemment les conslilulions (pie .Saint-Maur avait observées jusque-là, les ra|>proclier da\antage de l'esinit el de la lettre de la règle de saint Benoît.
C'est ce qu'axaient fait les supérieurs majeurs de la congrégation de .Saint-Maur dans les chapitres g(''néraux cités plus haut et dans des conférences tenues spécialement pour cet objet, où ils avaient pris l'axis de doclevu-s de Sorborme. de religieux et de jurisconsultes éminents. Nous laxera-l-on de témérité si nous avouons avoir cru reconnaître dans ces remaniements, qui tous favorisent visiblement le principe d'autorité, cherchent à centraliser le pouvoir et à le lendre capable du bien, c'est-à-dire fort, l'influence du cardinal de Uichelieu? De telles affirmations sont difficiles à vérifier par des documents ou à établir sur des faits
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JiU rviciii;i n:i et la nLiouML monastioie
posilils : mais qu'on songe quels lioinmes de haute valeur furenl ces premiers supérieurs de la cougrég^ation de Saint-Maui-, les Doni Cyprien Le (/lerc, les Dom Maur Dupont, les Dom Placide de Sarcus, les I)om Orégoire Tari-isse, les Dom Jean Harel. qu'on observe que ces hommes eurent l'occasion de voir le cardinal, de converser longuement avec lui. de s'éclairer au contact de cette merveilleuse intelligence, universelle et toujours en éveil, (juc Dom Tarrisse en particulier l'ut penilant près de dix ans membre du conseil de conscience de Richelieu, près de dix ans aussi en relations continuelles a\ec le Père Joseph. Le même Dom Tarrissc eut cerl-ainement avec le cardinal, au moment où l'on arrêtait les articles du concordat, de nombreux entretiens où il était ]>arlé de la règle de saint Benoit, des constitutions du Mont Cassin, do celles de Saint-Winnc et de Saint-Maur, de ce qu'il y avait à faire pour transformer <es dernièies en une charte qui eût donné à l'Ordre de Saint-Henoit ce que lîiehelieu voulut donner à la France, la possibilité de vi\re d'une vie grande, glorieuse et forte
llichclieu aimait l'Ordre de Saint-Benoît ; il le préféi'ail visiblement aux autres familles religieuses plus modernes : ses soins assidus pour piocurer sa réforme le prouvent ; et comment n'eùlil pas désiré ardemment garantir en France la durable observalion de celle règle écrite par un Romain du VP siècle, où se reneonire à chaque page l'afOrmation de la palria iiolei<ki!<?
Xous ne croyons diminuer en rien la gloire qui revient à Dom Tarrisse d'avoir été le législateur de la congrégation de Saint- Maur en disant que certaines idées directrices ont pu lui être soufflées par Richelieu ; mais comment s'étonner aussi qu'un moine ambitieux et brouillon, un Dom Faron de Challus dont la révolte devait aboutir à une demi-apostasie, se soit insurgé contre des changements de régime qui assuraient plus de droits à l'autorité et imposaient en même temps plus de devoirs aux sujets, qu'il ait profité de ce que Richelieu ne put jamais obtenir de Rome la ratification demandée pour crier bien haut, au Grand- Conseil, au Parlement, à Rome même, que tout ce qu'on avait fait n'avait nulle valeur et qu'il fallait revenir au régime des dix premières années ?
La sainteté, la patience et la fermeté de Dom Tarrisse finirent par triompher de ces rébellions : mais le germe demeura, et
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lorsqu'après plus d'un siècle de vie féconde et tranquille, où la coniirégation do Saint-Maur avait observe, sans niônic songer à les discuter, les lois que lui donna son prennier supérieur général, l'esprit d'indiscipline el d'indépendance viid. à souffler jusque (lîuis les cloîtres, ce lut à ce premier anneau forgé par les Faroiiites au temps de Uichelicu qu'il alla rattacher la cliaîne de la désobéissance et de la chicane. Quand, à partir de 1700 jusqu'à la veille de la llévolution, tant de Mauristes délaissèrent leurs lra\aux littéraires pour perdre leur temps à protester contre la tyrannie des supérieurs qui osaient demeurer plus de trois ans eu fonction, ce fut aux innombrables mémoires de Dom l'aron de Cliallus qu'ils em|)runtèrent leurs fragiles arguments. On les vit répéter comme une chose neuve, après plus de cent ans, que I)(»m 'J'arrisse n'avait pas eu le droit de changer les constitutions, c|ue celles de Saint-Vanne et du Mont-Cassin avaient seules encore «Iroit II l'obéissance, que la loi de la triennalité pour les supélieurs était une loi ligoureuse et essentielle; on \it le Parlement, toujours iirèl ;i soutenir les sujets révolt/'s contre le pouvoir, se faire représenter les constitutions rédigées et publiées par Dom Tarrisse en lOi."), tm comparer minutieusement tous les termes a\-ec celles de Saint-Vanne et du Mont-Cassin, et déclarer gravement qu'il v .ivail abus.
Ce ne sont jibis lA des hypothèses, ce sont des faits malheureusement tro|) avérés, et encore qu'à la fin du aVIII" siècle les Hénédictins français, qui entendaient par-dessus leur mur de clôture tout II' monde acclamer la liberté, eussent vraisemblableîïient trouvé d'autres prétextes pour tacher, eux aussi, d'énerver l'autorité régulière et transformer le supérieur général de leur congrégation en une sorte de président de la république avant la lettre, il n'en demeure pas moins certain que ce leur fut un excellent prétexte et un argument de poids auprès des magistrats de pouvoir affirmer, preuves en mains, que la Cour de Rome n'avait jamais consenti à ratifier les changements faits à l'épocfue de liichelieu. r)oni Nicolas Bourotte, pour ne citer qu'un exemple, au lieu de continuer l'Histoire du Languedoc qu'on lui avait confiée à la mort de r)om .Joseph Vaissette, s'amusait à rédiger de longs mémoires contre ses supérieurs, et il dit dans l'un d'eux, re-
372 IIICIII.I.II-LÎ ET LA KÉFOKMi: MON AS] lOl E
latif au chnpili'o yoïK'inl {\o ITôO, qui (lo\ail iiuposor à la congrégaliou (II' iu)u\olle.s conslilulions : « Au chapilre do 1G36\ Doiii Tarrisse lut oiicoro continué Général, au mépris tles loix de la rél'ornie. On rcjella les réclamations des communautés contre les i-hangemcns, que Doni Tarrisse prétendit avoir été approuvés par 11* Pape, viva' vocis oracu'Io, et devoir être confirmés incessamment pai- une nnljc (|ui est encore à venii"-. » \e fût-ce que
]»our av(iii' l'ourni des armes aux religieux qui ont troublé par leurs ré\olles les trente (h'rnières années de la congrégation, nous atirions le droit i\r i-egretter \ivement que la Cour de Rome ;iit si peu aidé le eaidinal de lliehelieu à garantir Tordre intérieur et à assurer la jiaix de ra\"cnir.