‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 3 sur 183 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

Richelieu, ne fut pas durable. Colbert n'ajoute pas ici, mais il savait que la Cour de Rome, circonvenue d'autre part, ne se montra pas toujours très propice aux desseins du cardinal. Ainsi, se découvre la portée réelle et indispensable de cette « concorde o que notre histoire, après des luttes séculaires, s'efforça toujours d'établir entre les deux pouvoirs : ils ont besoin l'un de l'autre, et si l'accord n'existe pas entre eux, le bien ne se fait pas : la bonne volonté des hommes est entravée par le mauvais fonctionnement des institutions.

Unies ou non, la discipline laïque et la discipline mystique coexistent, quoi qu'on fasse, au sein de la société. Elles peuvent se combiner et se modérer l'une l'autre pour leur plus grand profit mutuel, mais non se refouler ou se détruire. Richelieu vit clairement le désordre et les abus, d'une part, et, d'autre part, les « excès incommodes >, le « zèle trop indiscret >-. Il s'efforça de réprimer et de contenir les uns et les autres : il y réussit en partie, mais non complètement, parce qu'il compta trop exclusivement sur l'autorité laïque. Colbert eût voulu qu'on ne négligeât pas l'autre... Louis XIV ne lui en laissa pas le loisir.

La solution du problème est bien difficile, puisque l'ancien régime, malgré des intentions si nobles et des vues si hautes, ne put la trouver dans l'absolutisme. Peut-être une plus large compréhension des aspirations de l'âme humaine peimettra-telle aux âges futurs de la découvrir dans la liberté.

Gabriel Hanotaux.

Avant-propos.

Dans son article inlilulé Richelieu and the Benediclines ', M. Ediiiuiid Bisliop, ayant ù rendre compte de la j)nblication des A/émoires du H. P. Dorn Bernard Audeberi, récemment parus, a finement relevé ce qu'il appelle le jugement sommaire de l'éditeur, qui s'était contenté, pour condamner le cardinal, de faire Ténumération des abbayes qu'il possédait en commende. M. Bishop ajoute avec raison que cette concentration de nombreuses abbayes, parmi lesquelles trois étaient chefs d'Ordre, dans la main du tout-puissant ministre demande au contraire un sérieux commentaire et très étudié, et il pose nettement la question à résoudre en ces termes : Que doit la congrégation de Saint-Maur et, par elle, l'Ordre monastique tout entier, à Richelieu ? Lui doit-il quelque chose, ou rien ? et si c'est quelque chose, qu'est-ce donc nu juste ?

La question reste à résoudre en effet, car les efforts suivis et zélés que lit le grand ministre de Louis XI II pour relever et affermir en France l'Ordre de Saint-Benoît ne semblent pas avoir jusqu'ici retenu beaucoup l'attention des divers historiens qui ont eu à étudier son rôle politique et administratif ^. Plus attirés par les trois objets qui se sont partagé principalement l'activité de Kichelieu. l'abaissement des seigneurs, la destruction du parti protestant, la lutte contre la maison d'Autriche, ils se sont assez peu préoccupés de sa politique religieuse, et bien moins encore de son influence dans la l'éforme des monastères^.

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