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bonnes uui'urs ut i observance de leur règle, qui a esté par eux négligée, cela m'a dunné sujet, pour commencer un si bon œuvre, de faire deffcnces en tous les Monastères qui dépendent de moy, do faire doimcr l'habit, ny recevoir des Novices à faire leur profession, sinon en la forme que la font ceux de ladite reforme ; et ay apris que la pluspart des Religieux le désirent, reconnoissant le l>cu de satisfaction qu'ils ont de vivre en cette confusion contre leurs vœux. Je ne doute i)oint (pie vous ne soyez en mcsme sentiment, et que vous ne recherchiez comme moy. les moyens plus doux et convenables i)our introduire ia reforme, et les Percs qui on font pr()fession, dans vostre Monastère. C'est pourquoy je désire que vous vous assembliez tous capitulairement, et y mettiez celte afTaire en délibération pour en résoudre. Et afin que le tout se fasse plus meurement, et que chacun de vous contribue à l'exécution d'un si bon œuvre, j'entens qu'il soit dressé un Acte qui contienne tout ce qui se passera audit Chapitre, et particulièrement les avis de tous les Religieux qui y assisteront, lequel on leur fera signer pour me l'envoyer, afin que je puisse reconnoître leurs intentions, et ceux qui se portent au bien que je veux leur procurer, pour les remettre dans l'ordre, et la voye que doivent tenir les vrais Religieux. C'est ce que je désire de vous avec affection, vous asseurant qu'en y satisfaisant vous me convierez de plus en plus à demeurer etc.
Une fois le programme bien arrêté, on ne perdit point de temps à le réaliser dans l'abbaye de Cluny. Désireux de pousser rapidement les choses, le cardinal l'ait écrire à Doni Mathias Potier et à l'autre moine lorrain (|ui étaient venus récemment à Paris pour assister comme délégués au chapitre général de Saint- Alaur ; il les rappelle de Verdun, \oulant traiter avec eux de l'introduction des Vaunistes à Cluny. Les supérieurs de Saint- Vanne, à la différence de ceux de Saint-Alaur, voyaient ce projet d'un œil favorable : tout d'abord, aimant l'Ordre de Saint-Benoît, ils se flattaient de l'espérance et se félicitaient déjà de pouvoir ramener d'un seul coup dans tant de monastères l'observance de la règle bénédictine ; de plus, l'Ordre de Cluny étant très riche, les finances peu l^ri liantes de la congrégation de Saint-Vanne se trouAeraient ainsi remises à flot ; enfin c'était là pour eux le plus sûr moyen d'arriver à cette union a\ec la congrégation de Saint- Maur dont ils caressaient l'espoir depuis déjà nombre d'années, en même temps qu'une occasion de franchir les limites un peu étroites de la Lorraine.
Encore ne l'allail-il pas empiéter sur les droits de la congrégation française, risquer de violer la chaitc de charité que les deux corps axaient signée au niorneiit où Saint-Maur s'était constitué définitivement, ni blesser les convenances. Ils consultèrent lo3alement les supérieurs de Saint-Maur, et ceux-ci répondirent que personnellement ils ne voyaient aucun inconvénient à cette entreprise qu'ils avaient déclinée pom- eux-mêmes et pour laquelle ils axaient encore une plus grande répugnance maintenant que Cluny avait un abbé séculier. Les correspondances échangées à cette occasion témoignent de la \raic charité qui régnait entre les deux congrégations i^t de leur excellent esprit religieux.
En réalité, ce à quoi Richelieu songeait, dès 1<; début de son abbatial, c'est à l'union en un seul corps de Cluny, de Saint-Maur et de Saint-Vanne. Il avait pour lui la logique et même la parole de la Sainte Ecriture : Funiculus triplex diUicile rumpitur. et il parlait volontiers de ce dessein aux hommes du gouvernement". Pourcjuoi les monastères d'un même royaume, ou du moins de i»ays parlant la même langue, soumis à la même règle, vivant de la même vie. ne fonneraient-ils pas une seule congrégation ? Malheureusement ce |)rojet. très simple et très séduisant en théorie, soulexait dans la |)ralique des diffîcidtés multiples. Cluny, qui axait derrière lui tant de siècles de glorieuse existence, ne consentirait jamais à abandonner son nom et sa qualité de chef dOrdre, ni à accepter une sujétion quelconque vis-à-vis de la jeune congrégation lorraine ; d'autre pari, si c'est cette dernière qui doit introduire la réforme à Cluny. pourquoi abdiquerait-elle son droit au premier rang? Lorsqu'on avait xoulu jadis unir Saint-Maur et Saint- Vanne, le gros empêchement axait été que le roi de France n'accepterait jamais de xoir des monastères de son royaume soumis à un supérieur lorrain : mais réciproquement le duc de Lorraine axait à bon droit les mêmes exigences. Comment dans ces conditions pourra -t-on déplacer des religieux ou des supérieurs et les enxoyer d'un pays dans l'autre ? Comment assurer l'obéissance, et aussi cette uniformité qui est
1. Dom Marlin Refholois, dan? «a traduction des Chroniques do Yepcz. t. IV, p. 195, fait mention du conseil tenu par le cardinal avec le nonce, le cardinal de la Valette, rarclievèque de Bordeaux, le garde des sceaux Chftteauneuf, et d'autres, où fut décidée l'union de Saint-Vanne et de Clunv.
7<> RICHELIEU ET LA RÉFORME M0\ ASTIOl E
^i nécessaire diiiis un coiits iiioiiasli(jiie '! L'exemple leceiil des Capucijis. lies Minimes, iraulres Ordres n'était-il pas là pour taire ressortir tous ces inconvénients, et le roi de France u"a\ail-il pas déjà menacé la cour de Home de détendre aux religieux frani^ais dobéir aux généraux étrangers ' ?
D'ailleurs la congrégation de SaintA anne était loin elle-nième de vivre en paix à cette époque : il v avait en son sein des divisions profondes au sujet de la durée des pou\oirs des prieurs. Dans certains monastères, les choses en arrivèrent au point que les religieux refusèrent de leconnaîtrc les supérieurs nommés par le chapitre général de 1627. sous prétexte qu'ils voulaient demeurer fidèles aux précédents prieurs. On alla juscpià l'appel au Sou\erain Pontife et à l'appel au pouAoir séculier. Le parti du supérieur général, Dom Claude François, finit par triompher, mais le mal n'était pas complètement guéri en cette fin d'amiée 1029 et l'agitation demeurait. On ne s'entendait pas davantage à Saint-Vanne sur la question d'union a\ec Cluny ou avec Saint- Maur : les uns prenaient \iolomment parti pour cette union, les autres étaient non moins déterminés à s'y opposer. Ce n'était vraiment pas le moment d'aborder une affaire aussi importante que l'union de ces trois corps religieux. Le supérieur général de Saint-Maur, Dom Maur Dupont, fit tous ses efforts pour ramener la paix dans la congrégation sœur, ne fit rien pour empêcher son introduction à Cluny, mais se montra aussi intraitable que par le passé sur l'idée d'une fusion. A un religieux de Cluny qui lui demandait à entrer dans la congrégation, il répondit que du moment que les Pères de Saint- Vanne avaient déjà un pied dans Cluny, il ferait mieux de demeurer là on il était, car il pourrait se sanctifier à loisir dans la réforme naissante.
Les deux moines \'annistes que Richelieu avait mandés à Paris arrivèrent de Verdun au commencement de jamner 1630. peu après le départ du cardinal pour l'Italie -. Ils écrivirent au Père Général de Saint-Maur. qui était allé de Limoges à Noaillé pour travailler aux constitutions de la conarégation. Le Président de Saint-Vanne. Dom Claude François, lui écrivit aussi le 17 février
1. Voir sur ce point les volume? 6i et suivant? de la Correspondance de Rome aux archives dos Affaire? Kti'anG-«''re?. ?. Avenel, I. III. p. G%. note •?. dit que le cardinnl visiln Cluny on passant.
niClILLIliU, ABBÉ DE CLUNY. 1630. "l
pour lui proposer l'union des trois corps, union donl les conciliions seraient réglées par une commission composée de moines Vannisles et Mauristes. Dom Duponl se contenla de répondre qu'il soumettrail l'alTaire au chapitre général prochain. Celui-ci, assemblé à Vendôme après Pâques, fit une lois de plus la inème réponse : le projet était admirable en spéculation, mais impossible iï exécuter, tant que Clunv n'aurait pas pour abbé un religieux. Les deux délégués Vannistes n'avaient pas voulu |)ar discrétion assister à ce chai)ilre de Vendôme et étaient demeurés à Paris, se contentant d'envoyer aux définileurs les lettres dont ils étaient porteurs. Ce même chapitre de Vendôme venait d'élire, le 10 mai, pour supérieur général de hi congrégation de Samt- Maur, le Révérend Père Dom Grégoire Tarrisse, celui ([ui en fut le principal législateur et qui, admis plus tard au conseil de Uichelieu, allait trouver de concert avec lui la formule définitive, seule capable de rél'ormer lOrdre de Cluny.
Ayant reçu la réponse négative du chapitre, les deux délégués lorrains ne se rebutèrent pas et engagèrent le procureur général Mathieu Mole, auquel la congrégation de Saint-Maur avait de grandes obligations, à écrire en faveur de l'union. Il y consentit; mais les supérieurs s'excusèrent de ne point suivre ses conseils en une chose qu'ils jugeaient irréalisable et le supplièrent humblement de ne s'y plus intéresser.
Richelieu était tenu an courant de toutes ces négociations à la fois par l'archevêque de Rordeaux, par Mathieu Mole \ et par les \icaires qu'il avait nommés pour son abbaye de Cluny. Voyant qu'il ne vaincrait pas les résistances des Mauristes. il se résolut à agir avec Saint- Vanne et à en finir promptement. Il avait su déjà intimider les religieux hostiles à la réforme - : il en envoie
1. Une lettre de Richelieu à Mole, du 13 juin 1630, nous le montre attentif, même au cours de ses voyages, à ne pas laisser porter atteinte à son autorité. Il le prie d'empêctier que ne soit reçu au Parlement lappel comme d'abus de Dom Pierre Dormy, administrateur du prieure conventuel des religieuses de Marcigny, duquel il a à se plaindre. Il pardonna du reste plus tard à ce religieux qui s'était soumis, et lui avait fourni « le moyen d'eslahlir la réforme dans ledit prieuré, comme je le désirois ». (.\venel, t. m, p. G96 ; t. IV, p. 227).
2. Voir les n Raisons pour remhairer les plaintes des anciens religieuv faites par faulcetté maligne contre les reformez de Climy ". 1030. fBihI. N'at.. Coll. fie Bo>irqo(jnc. t. 87, fol. 262).
72 • RICHELILU ET LA UEFOUME MÛXASTIOUE
deux ilans un j)iiourc du diocèse de \'aliMice ; ils \eulenl résister comme au temps oii rabJx' s'appelait Dom d'Arbouze, il leur fait supprimer leur prébende iiii»iiii( aie '. I'>u cas de nouvelle rébellion, c'est, la prison, l-<> cardinal cuNoya à (Innv son \icaire général, rai'clie\è(|uc de Hordeaux. ( elui-ci \ ln)u\a établie mie double comnuinaulé, les anciens cjui ne \()nlai(Mil point de réforme, et ceux (pii sni\ai('nl les constiliilions de Sainl-V'aune sous la direction de Dom Placide Roussel cl de Dom Etienne Bernard, les deux premiers moines envoyés an dcliiil de 1629. Mgr de Sourdis n'allait |kis (Mre longtemps end)arrass('' : (•in(| jours après lui, arrixail l"r<>issaiil -'. Ini aussi grand \icaiie. avec l'ordre donné jKir le conseil du cardinal d'im])oser l'observance rigoureuse. lUchelien. mal éclairé et chez qui on avait trop flatté l'amour de rnnilorniité, ne \eut i>lus entendre parler d'aucune mitigation : il laut (jue tout le monde à C'Iuny adopte la réforme, et complète. Froissard apporte avec lui. ('laborés à l'avance, les articles pour l'uiiion de (Jluny e( de Saint-Vanne.
L'ordre^ de Cluny et la Congrégation de Saint-Vanne de ^'erd^m seront unis et aggregez ensemble pour faire un mesme coi*ps qui sera appelle l'Ordre de Cluny soubz un mesme supérieur gênerai Abbé dudit Cluny qui est a présent Monseigneur le Cardinal de Richelieu et ses successeurs Abbez de Cluny, ladite Congrégation retenant le nom de la Congrégation de Saint-Vanne pour la distinction des autres Congrégations ou provinces dudit Ordre y adjoustant tousjours le tiltre de Cluny.
Le Supérieur Abbé de Cluny e\ chef d'Ordre retiendra toutes ses preeniinences, dignités et honneurs qu'il a de présent, mesme aura presceance aux chapitres généraux dudit Ordre, pourveu qu'il soit titulaire dudit Cluny, et pour l'administration de la discipline régulière ledit Abbé s'en remettant aux supérieurs qui seront choisis par