‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 5 sur 183 · Archives de l'abbaye de Solesines · texte numérisé non relu

Archives de l'abbaye de Solesines

2. Bibl. Nat.. ms. lat. 13850-13861. â. Ibid., ms. lai. 12789-12790.

vv\\i-i'noP(^s XV

[| V aurait de notre [)art ingralitiido r<^('lle h ne pas adresser ici une parole de remercîmenl à ceux ipii, à des titres divers, nous ont aidé à mettre au jour notre travail, d'abord au Rmo Père Abbé de Saint-Pierre de Solesmes, snpéi'ieur général de la congrégation bénédictine de l"'rance, qui nous a toujours |)rodig-ué ses alïectuenx; encouragements, nous a permis quelques voyages littéraires dans les bibliothètpies de; Paris, et a contribué généreusement aux conditions matérielles de Texécution, à M. Auguste Amninnn. notre ancien professeur d'histoire au lycée Louis-le-Grand, qui nous a fourni le précieux ai)point de consciencieuses recherches et de sûrs conseils, puis aux éditeurs, MM. Desclée, De Brouwer et C'*, et M. Honoré Champion. Ce dernier, a voulu, en lançant une Bibliothèque d'histoire bénédictine, qui comprendra des études historiques sur l'Ordre de Saint-Benoît en même temps qu"ime publication de documents concernant l'histoire monastique S prouver une l'ois de plus l'intérèl qu'il a constamment pris à tout ce qui touche à l'érudition françjiise, (ju'ont illustrée si brillannnent les Bénédictins du Wll'" et du W'ilh siècle. Un sou\euir cordial enfin à M. le capitaine .lean Hanoteau, qui a bien voulu mettre au service de notre humble travail la notoriété qu'il s'est acquise déjà dans l'histoire religieuse de la France inoderne et tout le zèle d'une \éritable amitié.

Saint-Martin de Ligugé, 12 octobre 1912.

1. Les premiers volume? annoncés dans cette nouvelle Ilibliothèqiie ont pour titre :

Le cardinal de Hiclielieu el la ré (orme des monastères bénédictins. Le cardinal Mazarin, abbé de Clnny,

Le cardinal de Lleury et ta congrégation de Sainl-Maur, Le pape Pie \ l et tes deux derniers supérieurs généraux de Saint-Maur, Histoire des chapitres généraux de la congrégation de Saint-Maur, Dictionnaire géographique des abbayes et prieurés bénédictins en France, Correspondance des procureurs généraux de la congrégation de Saint- Maur près la Cour de Rome,

Matricule générale des moines bénédictins [rançais au XVll^ et au XV7//e siècle, tlistoire de la congrégation de Saint-Maur.

La réforme monastique avant 1627.

L'état misérable de la vie ecclésiastique en France, de la vie monastique en particulier, à l'heure oii s'ouvrait le XVII* siècle, a été trop souvcnl décrit par ceux qui ont eu à faire la monographie d'un monastère pour que nous y revenions au début de ce travail : nous aurons du reste l'occasion d'en dire un mot quand nous parlerons de Richelieu abbé de Marmoulier. Les guerres de religion avaient causé la ruine de presque toutes les aljl)ayes, et cette ruine était consommée et perpétuée par la commende, qui les donnait à des gentilshommes, à des femmes, à des enfants, même à des protestants, comme supplément de revenus ou comnie récompense de services de guerre et services de Cour \ Les biens des couvents étaient trop souvent considérés comme la ressource des familles nombreuses ou l'espérance suprême des maisons ruinées. Les moines, chassés de leurs retraites, parfois par l'abbé commendataire ou par le prieur du lieu, qui voulaient se réserver I)Our eux-mêmes la totalité des pensions monacales, avaient vagabondé çà et là ; ceux d'entre eux qui étaient pourvus d'un riche bénéfice ou d'un office claustral de bon rapport étaient revenus vivre à la bourgeoise près de leur couvent dévasté ; les autres avaient continué d'errer par les villes et les bourgades au milieu

1. Dans son discours au roi du 23 février 1(515, à la clôture dos Etats- Généraux, l'évêque de Luçoii. qui sy était montré loraleur d'un clergé très ultramontain, s'était élevé avec force contre l'abus des commendes d'abl)ayes données à des laïques ou à des hérétiques, ce qu'il regardait comme la perle et la ruine de l'Eglise, ainsi que le fait de les confier « à personnes de notre profession indignes de le posséder [le bien de Dieu] pour leurs mauvaises mœurs et leur ignorance ». (Mémoires, édit. Lair et de Courcel, 1907, t. I, p. 349). Nous verrons dans la suite que lui-même sut tirer tm l.^rge profil personnel des commendes d'abbayes.

Cardinal de Richelisii. i

Z ItlCUlilJEU LT LA lU'.rUH.ME MO.NASTIOUE

d'une société encore toute bouleversée, partageant souvent les plaisirs du bas peuple et scandalisant les honnêtes gens : la célébration conventuelle de l'oirice divin, tâche essentielle de leur vie, avait disparu presque partout, n 11 faut, disait le Parlement de Paris, c|ue l'on no voie plus' île religieux vagabonds s'abandonner à toutes sortes de débauches, et devenir la honte de l'état nionasti(juc. Le mal esl arrivé aujourd'hui à tel excès que, si l'on n'y apportait un prompt secours, il serait à craindre qu'il ne causât (juelque funeste résolution \ »

C'est à ce même moment où le royaume, grâce à Henri IV et ■à Richelieu, voyait se reconstituer son unité nationale, que se dessina aussi un }juissaiit mouvement \ers l'unité religieuse, qu'on obsena en France, après la crise du protestantisme, un universel renouveau de foi. de ferveur religieuse, de sainteté, et qu'on vit surgir, en plus grand nombre peut-être qu'à aucune autre époque, des réformateurs de la vie cléricale et de la vie monastique. Pourtant il importe de faire remarquer dès l'abord que, vu les relations qui existaient alors entre l'Eglise et l'Etat, vu aussi l'organisation toute spéciale de la vie religieuse à ce moment de son histoire, ces réformateurs eussent échoué dans leur œuvre, en dépit de toute leur sainteté et de tout leur zèle, s'il ne s'était trouvé des abbés commendataires pour les seconder dans cette difficile entreprise de relèvement, et des hommes de gouvernement pour prêter à la réforme l'appui du pouvoir séculier. Le principal objet de la présente étude sera de montrer que. comme abbé commendataire aussi bien que comme ministre d'Etat, le cardinal de Richelieu sut remplir grandement son devoir.

Ce n'est pas le lieu de faire ici un tableau complet des diverses •congrégations et réformes qui prirent naissance ou se développèrent en France dans le premier quart du XVIP siècle : la congrégation gallicane des Exempts, celle de Chezal-Benoit, de

1. d'Avenel, ouv. cit., III. 357. Voir aussi VAnatipophile bénédictin aux pieds du roi et de la reine pour la ré{ormation de Vordre de St-Benolt, nécessaire en ce royaume (15 janvier 1615), et le Remerciement des Bénédictins au roi très-chrétien Louis XIII, par Dom Laurent Bénard, Paris, 1618. (Bibl. Nat., Ld^* 7 et 8). Le premier de ces opuscules a été analysé par Dom Paul Piolin dans les Analecta iuris pontificii, XYll* série, 1878, col. 904-90fl.

Saint-Vanne et Saint- liydulplie, les Pères de la Société de Bretagne, la congrégation de Saint-Denis, de Saint-Maur, etc. Une telle étude déborderait notre sujet, et nous devons nous contenter d'exposer avec quelque détail le rôle joué par deux des principaux ouvriers de la réforme bénédictine qui préparèrent les voies à l'action de Richelieu, le cardinal François de la Rochefoucauld, grand-aumônier de France, et Dom Jacques de Veny d'Arbouze, grand-prieur, puis abbé de Cluny, très saintes gens tous les deux. La manière d'agir qu'ils crurent devoir adopter fera ressortir par contraste celle qu'employa le premier ministre lorsqu'il eut pris en mains la direction des affaires de la France et eut reçu de Louis XÏII les plus riches abbayes du royaume.

, Déjà Henri IV s'était intéressé à la réforme de la vie religieuse. Lui qui disait facétieusement, en parlant des moines de Saint- Denis : « Nos âmes seront longtemps en Purgatoire si nous attendons que ces gens-ci nous en tirent », il avait accueilli avec beaucoup de bienveillance en 1603 Dom Isaïe Jaunay et les premiers Bénédictins qui fondèrent la Société de Bretagne, et leur avait promis formellement son appui. 11 avait même ajouté, non sans un peu de malice : « Mes Pères, je favoriserai toujours votre sainte entreprise : gardez-vous seulement de vous en lasser, car quant à moi, je ne m'y lasserai jamais ^. »

Au mois de mars 1613, le Parlement de Paris rend un arrêt ordonnant la réforme de l'abbaye Saint^Germain des Prés et nomme quatre commissaires pour l'exécution de son arrêt. L'année suivante, au mois de mai. la reine régente écrit au pape^ pour le même objet ; sur les instances de l'ambassadeur, Paul V accorde un bref séparant l'abbaye Saint-Germain des Prés de la congrégation de ChezalBenoît dont elle était membre, chargeant en même temps les cardinaux de Sourdis et de la Rochefoucauld, amsi que l'évêquc d'Amiens de le fulminer et de veiller à la réforme ; mais il se trouva à la Cour des personnes influentes qui, par intérêt personnel, en empêchèrent l'exécution. Ce qu'avait

Page 1