‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 55 sur 183 · Ibid.. nos iô', (.^ jf · texte numérisé non relu

Ibid.. nos iô', (.^ jf

Cardinal .It Richelieu ^

82 ni(.iii:i.iEu i:t i.a nÉFOiniK monastique

Une l'ois rendu larrèl du 1<S déctMfil)re IG3I fini le mainlienl provisoirement dans sa charge, Doni lloUel caresse à nouveau ses projets grandioses, qui dépassent bientôt tout ce (|u'avail pu rè\er le cardinal. Ce n"est plus seulement Saint-\'anne et Cluny »|u'on va fondre en un seul corps, ce sont toutes les congrégations cl tous 1*"^ Oi'dres de Iranoe, ( luny cl ses six cents monastères, Marnioulier et les cent \ingt prieurés de sa dépendance, les congrégations de la ("haise-Uieu, de Chezal-Benoît, de Saint- Maui'. des Exempts, en un mot tous les moines noirs. 11 se fait fort de trouver des maîtres des no\ices et des prieurs à envoyer partout i)our établir la réforme ^ Son plan d'exécution est des plus simples : qu'on lui donne un grand monastère très riche, il en chassera les anciens — il a\ail déjji montré sa manière de faire sur ce point — el y installera quarante no\ices. Aussitôt ai"rè>^ leur profession, il les en\erra par groupes de dix: dans ipialrc autres grands monastères. Ainsi la réforme fera tache dhuile et se répandra [>romplemenl dans la France entière.

Les conceptions a\entureuses de cet esprit qui se plaisait à bàlir dans le vide étaient malheureusement encouragées par le \icaire général du cardinal de Richelieu, l'archevêque de Bordeaux. Lui aussi nourrissait des plans étranges. 11 offrit à Dom Hollet, au nom du cardinal, un jour de soutenance de thèse au collège de Cluny. un office important dans l'abbaye de Marmoutier afin de prendre pied dans la maison et y préparer la réforme. C'était en\oyer les moines lorrains en sentinelles perdues à l'autre extrémité de la France : le conseil du cardinal s'opposa à ce projet chimérique. Sourdis recourut alors à Saint-Maur el demanda à Dom Cyprien Le Clerc, prieur de Saint-Germain des Prés, d'envoyer à Marmoutier douze moines capables de prêcher et de confesser ; puis il lui proposa de mettre ces douze moines

1. Depuis qu'il élait grand-prieur de Cluny, il trouvait que les choses y marchaient à merveille. Le 29 mars 1632, il écrivait à « Messieurs du Conseil de Monseigneur» pour défendre auprès deux .les moines Dagonneau et Malet, tous deux docteurs en théologie, que l'abbé de Coursan avait accusés. Il réclame du cardinal la visite d'un évêque ou prélat régulier nu séculier « pour recognoislre fout 1 ordre de sa maison, les exercices de ses religieux de jour et de nuict, leurs capacitez poiu* le servir au reslablissement de son Ordre ». (Bibl. Nat., Coll. ëc Bourgogne, t. 87, fol. 323). Le même jour, il écrit à rarchovêqu<: de Bordeaux pour ]i^ même objet, (H.id . fol. 3U).

Ul< IILIIKI , MilîÉ DE CLUNY. 1631^. 83

à reiilière disposiliou du cardinal de Kicliclieu, <iul |)Ouiiail les envoyer comme une escouade volante porl(M- la rélorme où bon lui semhicrail. Doni Le Clore décima ces conditions bizarres, le^ grellanl que ie cardinal lut si mal secondé dans sa bonne vo^ lonté pour la réforme monastique.

Dom Rollet trouva un autre moine, brouillon, ambitieux et autoritaire comme lui, mais qui mallieureusement n'avait ni son /Ole ni sa dignité de vie, avec le(|ue[ il s'entendit tout de suite à nier\ cille, hoin Lemperière. recteur du collège de Cluny. C'était un ancien moine de Saint-Kvroult, condamné jadis par le Parlement de Houen à un long temps de prison qu'il lit à Saint-Martin de Séez : après cette mésaxentnre, il était passé dans l'Ordre de Cluny. a\ait su gagner à force de dissimulation les bonnes grâces de Dom Athanase de Mongin, sui)érieur des moines de Saint-Maur qui enseignaient au collège de ( luny à Paris, et obtenir par lui la charge de recteur. Il en profita aussitôt pour persécuter son bienfaiteur, bouleversant tout dans le collège, observance et offices, supprimant les assemblées hebdomadaires des professeurs, donnant des vacances aux élèves sans même prévenir leurs maîtres, se (;onduisant en un mot en tyran violent et capricieux. Les Mauristes furent contraints de sortir une première fois du collège. Le procureur Alolé intervint et fit de graves remontrances au recteur qui se soumit et rappela a\ec une feinte Immilité ceux qu'il axait persécutés.

Afin de devenir le seul maître dans le collège, iJom Lemperière sollicita son admission dans la congrégation de Saint-Maur, mais à la condition expresse de ne faire aucun noviciat, de n'être astreint à aucime épreuve, et consentant seulement à recevoir l'habit et à le porter pendant un an dans le collège. On refusa cette étrange sommation ; il répondit a\ec emportement que les Pères de Lorraine avaient (Mé plus larges, revêtit de sa propre autorité l'habit de Saint- A'anno. demanda à cette congrégation des maîtres pour venir enseigner dans le collège, et ne garda plus aucune mesure avec les Mauristes dont la situation devint intolérable. Le cardinal de Richelieu, apprenant par Mole ce qui se passait, défendit aux Mauristes de sortir du collège, disant que Cluny était plus à la congrégation de Saint-Maur qu'aux Pères

de Lorraine, sans s'expliquer davunlage. Visiblement il songeait déjà à l'union de L'iuny et de Saint-Aiaur, qu'il allait réaliser bientôt. Jl écrivit de sa main à Dom Leinperière pour lui exprimer tout son mécontentement. Celui-ci laissa passer l'orage, puis recommença de plus belle, si bien que les Mauristes obtinrent enlin du cardinal en 1632 l'autorisation de sortir du collège de Cluny où ils axaient enseigné pendant dix-huit ans avec l'applaudissement de lous. Leur sortie n'apaisa pas leur persécuteur : il présenta requête au Grand-Conseil i)Our les obliger à rendre leurs comptes, mais ce jie lut <ju"à sa confusion.

Au mois de septembre de cette môme année 1632, le cardinal de la Kochefoucauld, qui, s'il ne voulait plus se mêler des affaires de Cluny, s'occupait toujours activement de la réforme des monastères, reçut un nouveau bref du Pape lui donnant pleins pouvoirs ^. Le 20 décembre précédent, il a\ ait déjà reçu de Rome une première prorogation. C'était la réponse aux lettres que le roi et lui-même avaient écrites à M. de Béthvme, ambassadeur à liome, à divers personnages de la cour pontificale et au Pape. Le roi donna, le 17 décembre 1032. ses lettres patentes pour l'exécution du bref, et le premier finit en fut la réforme de l'abbaye de Saint- Denis : Richelieu n'y intervint point directement, il affectait même de la croire impossible et se contenta de multiplier les témoig-nages de courtoisie envers le cardinal de la Rochefoucauld pendant) que celui-ci y travaillait : mais quand elle fut réalisée, il sut interposer son autorité pour maintenir les opposants dans l'obéissance.

Le plan de Dom Rollet commençait cependant à s'exécuter à Cluny, et les Vannistes dispersaient leurs forces et leurs hommes dans un grand nombre de monastères. En même temps, les appels de ceux qui s'étaient opposés à la nomination de Dom Rollet comme grand-prieur avaient été portés au Grand-Conseil et également les nouveaux statuts signés le 1" septembre 1631. L'arrêt fut rendu le 10 septembre 1632^: il donnait un dessous à Dom Rollet et à son puissant patron, en décrétant que l'abbé convoquerait le chapitre général le deuxième dimanche après 'Pâques, qu'on y examinerait les statuts en présence de deux

RICHELIEU, XliliÈ DE CLUNY. 1633. 85

délégués du Conseil avant de les pouvoir promulguer, et quen attendunl les revenus du grand priorat seraient mis sous séquesliv. Dom de Chervières et les autres mécontents obtenaient presque tout ce que la lettre circulaire du prieur de Genzac a^ait demandé. Ils firent imprimer aussitôt les motifs de l'arrêt et un mémoire pour en réclamor rcxécution ^ Mais Tabbé de Cluny était en même temps premier ministre : comme il avait encore intérêt à ménager Dom Rollet, il fit suspendre par le roi l'exécution de l'arrêt du Grand-Conseil, demander au procureur général compte de son attitude, et porter l'affaire au Conseil privé (11 décembre 1632)-. Quelques jours après. Dom Rollet recevait une profession à Saint-Arnoul de Crépy en qualité de grand-prieur de Cluny ^.

Richelieu rendait à la même époque un service signalé à la congrégation de Saint-Maur en aidant de tout son pouvoir à l'enregistrement au Parlement de Paris de la bulle d'Urbain VIII du 21 janvier 1628* qui confirmait l'érection de la congrégation. Les privilèges considérables accordés par le Pape — privilèges qui dans la suite seront tant de fois attaqués par le gouvernement français, par le cardinal de Fleury tout particulièrement — faisaient craindre sinon un refus, du moins de graves difficultés. Le premier ministre et le garde des sceaux de Châteauneuf avaient pris eux-mêmes l'initiative de la requête, le procureur général Mole y prêta tout son concours, ainsi que le premier président Le Jay, l'abbé de Villenoce, et M. Pinon, rapporteur. Le 21 mars 1633, jour de la fête de saint Renoît, le Parlement de Paris confirmait la bulle et lui donnait force de loi dans tout le royaume. Le président de Lamoignon assista au Te Deum d'actions de grâces qui fut chanté en l'église fin cou\ent des Blancs-manteaux. Quand le Père Général, Dom Grégoire Tarrisse, alla remercier le premier président Le Jay, celui-ci lui dit : « Ce n'est pas à vous à nous remercier, mon Père, mais c'est plutôt nous et la France entière qui vous devons reconnaissance pour la réforme de l'Ordre béné-

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