‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 64 sur 183 · I. Bibl. Nat., ms. lat. 12790. fol · texte numérisé non relu

I. Bibl. Nat., ms. lat. 12790. fol

lUCHELIEU, ABBÉ DE CLLNV. 1634. 99

tout cas (jue pour la France. Bien qu'il ne fauklra l'aire aulre roslriction, si on ne se sert de la clause simple de protecleur spécial de la Congrégation de St-Maur en France, parce que le nioL en Fiança demeurera ambigu s'il se rapporte ou à la Congrégation, ou à la protection. Enfin, il faut l'aire en sorte qu'aux termes du Bref et en la manière d'agir on ne donne sujet au susdit cardinal de mécontentement ou de refroidissement ; au contraire, il faut faire connoisti'c que nous estimons à très grand honneur et faveur d'avoir une t«lle protection, car aussy est-il \ra>, Dieu nous faira la grâce d'en retirer le fruit que nous en espérons. 11 fault néantnioins prendre garde de n'y mettre des termes qui y donnent jtlus d'autorité <pie les termes de prolectcitr spécial n'en portent. »

En dépit de toutes ces précautions, et bien que le roi lui-même eût écrit au pape pour solliciter un bref, la cour de Rome ne voulut jamais l'accorder. Elle souleva, raconte Dom Claude de Vie, toutes sortes de difficultés vaines et sans raison : elle craignait sans fondement aucun que le cardinal, (jui était déjà protecteur avoué de tant d'Ordres et de congrégations, ne devînt trop puissant et que cela ne nuisît aux droits de la daterie apostolique. Le procureur général eut beau démontrer que c'était là crainte vaine, prouver ([ue loin de songer à s'emparer du biem d'autrui, Richelieu abandonnait son bien propre en renonçant à sa juridiction, rappeler les précédents du cardinal de Retz et du cardinal Ludovisio : Rome demeura intraitable. Richelieu se passa du titre et remplit la fonction de façon officieuse.

Pendant ce temps, Dom Rollet cherchait à introduire la congrégation de Saint- Vanne à Marinoutier : mais le grand-prieur. Dom Pierre Bédacier. qui se trouvait alors à Paris, comprenant que ce projet était irréalisable, alla proposer à Dom Tarrisse la réforme de son monastère. Le Père Général de Saint-Maur, âgé et infirme, persécuté en outre dès ce moment par les ennemis de la congrégation, hésitait beaucoup à se charger de cette nouvelle affaire : il se rendit pourtant aux instances du grand-prieur et consentit à aller demander au Père Joseph son avis sur cela. Ce dernier était alors avec Richelieu à l'abbave de Rovaumont, dont

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larclievèque de Dordeaux était abbé coinmeiidalaire '. Doin liéducier fournit les chevaux pour le voyage. Uoiu Tarrisse arriva le 6 août lG3-i, acfonipagné de Doiii Cyprien Le Clerc. La première personne qu'il rencontre est précisément celle dont il redoutait le plus la présence, labbé de Cuursan. <(ui ne ciuittait pas le sei^vice du cardinal et du Hère capucin. L'abbé accable iJom iarrisse de politesses et l'introduit immédialemenl.

Au lieu de parler de Marnioulier, le l^ère Joseph met aussitôt la conversation sui- l'uuiun avec Oluny. (Jommenl hésiter à rendre la vie à cette illustre abbaye qui a tant fait pour l'Ordre monasli(|ue et pour l'Eglise? Ce serait là le grand hoinieur de Saint-Maur, et il i\c- faudrait i)as un grand nombi'e de moines j>our une œuvre si belle. Doni I airisse rappela tout ce que sa congrégation axait l'ail déjà pour la réforme de Clmiy : « Nous avons, dit-il, donné des preuves sulTisantes de notre dévoùment à l'Ordre. Ce n'est pas nous qui avons manqué à Cluny, il est la propre cause de sa perte, et c'est |)Our échapper nous-mêmes à la ruine cpie nous nous sommes retirés. Les deux gros obstacles à toute réforme subsistent entiers : d'une part, Cluny, fier à juste titre de son glorieux passé, ne consentira jamais à recevoir de Saint-Maur une réforme intégrale et à se soumettre à l'autorité d'une congrégation. De plus, à la fa\eur de la commende, les affaires de Cluny sont aux mains de laïcs et d'hommes mariés qui ont tout intérêt à maintenir le slnlii quo et entraveront toute réforme. »

Le Père Joseph comprit très bien les craintes du Père Général ; mais en même temps il suggéra une autre solution : « Nous voulons, dit-il, l'union des deux congrégations et la réforme de l'une par l'autre, mais sans le moindre détriment pour les réformateurs. A Cluny, nous le sa^ons, la situation est très fausse. Les moines ont la liberté délire leur abbé, mais c'est une liberté bien fictive à cause de la commende, et leur élu souvent n'est pas un moine et ne fait pas fonction de supérieur. La confusion du spirituel et du temporel entraîne alors des conséquences funestes. Mais que l'on soumette donc Cluny au régime commun des abbayes réformées. L'abbé sera nommé par le roi, il aura la mense

1. Cf. Correspondiince de Henri d'Escoubleau de Sourdis, t. Il, p. 173.

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abbatiale avec ses prcrogalives el ses revenus, mais n'aura pas la inonidre juridiction sur les moines, ni aucune autorité sur la discipline, qui sera remise tout entière aux mains des supérieurs réguliers el de la congrégation. Le cardinal peut obtenir un tel changement et du pape el du roi, et il donnera des lettres de grand-vicaire à celui des réformés qui sera <''lu par le chapitre général, el qui, lui, gouvernera l'abbaye. »

Il y avait peu à objecter à cette nouvelle combinaison el c'était bien lu en effet la solution réelle. La congrégation de Sainl-Maur aurait alors dans la personne de Richelieu, devenu par ce moyen un véritable abbé commondataire, un zélé protecteur au lieu d'un rival. Il ne restait qu'à trouver un nom pour la future congrégalion : on ne pouvait songer à Saint-Maur, qui offus((uerait Cluny, ni à (^luny qui était devenu — le mot est du Père .loseph un cadaM'o sans Ome, exanime eachti er. On s'arrêta au litre (le ('oiifjrcriaiio s((udi Benedicti. allas Cluniacensia el sancli Maiiri. L'abbé de Coursan, ra\i de ce qu'il regardait comme un succès personnel, parla de rédiger sans tarder les bases de l'union. Son premier soin fut de chercher le litre à donner au cardinal. 11 proposa successivement les ternies de fundator. instilutor, relnrmntor^ reslaurator. 11 tenait surtout à celui de generalis ; mais Oom Tarrisse ne consentit pas à altérer la forme même du régime de la congrégalion en faisant de Richelieu un véritable général d'Ordre. Les articles de Tuniou furent couchés sur le papier ; après huit jours de travail commun, le Père .Tosei)h les soumit à Richelieu (\xu les ap])rouva et donna l'ordre d'y apposer son sceau et celui du Père Général de Saint-Maur.

C'était aller un peu bien vite en besogne. Dom Tarrisse en était effrayé, mais que faire ? Aller de l'avant était s'exposer à des désaveux pénibles de la jKirl des autres su])érieurs du régime; reculer était encourir le ressentiment d'un homme qui ne pardonnait pas. Le conseil de Mole était toujours opportun : recevoir les ordres avec somnission et ne pas se presser de les exécuter. Il y avait un bon moyen de gagner du temps, et sans blesser personne. Car enfin de quel droit agissait-on ainsi ? Dom Tarrisse alla dire au Père Joseph que si Richelieu pouvait tout à Cluny, il n'en était pas de même pour lui à Saint-Maur, où l'on vivait sous une sorte de régime parlementaire, el qu'il lui fallait, avant de con-

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dure (Jéliniti\eiiiciil. rassouliinenl du cliiipilre général. Par suite il l'allail dilïérer jusqu'à la réunion du procliain chapitre, c"esl-ùdire juscju'après Pâques 1636, ou bien trailer conditionnellement. Le Père Joseph, qui se rendait un conq^te exact de la situation, se chargea encore de présenter cette nou\ elle coml)inaison à l'agrément du cardinal. Mais celui-ci ne pouvait plus attendre : durant les premiers mois do cette année IGHi, il avait dû multiplier les ordonnances et mandements de son conseil ecclésiastique pour obtenir des divers prieurs un semblanl d"ol)éissance \ il avait même été obligé d'en assigner quelques-uns au Grand-Conseil ^, il voyait chaque jour plus olairenient que les (juelques religieux de Sainl-\'anne qu'il axait incorporés à KlW-dre de Cluny • 'chouaient dans une lâche «pii de fait dépîtssait leurs forces ; les libelles lecommençaient à circuler, réclamant, le retour aux anciens statuts ^. Comprenant quil n y avait de salut que dans l'union avec Saint-Maur, il répondit brusquement : « Que Ton mette toutes les conditions que l'on voudra, mais que les pièces soient signées ; on les soumettra au chapitre après coup. >>

Il fallut s'exécuter. Le Père Joseph et Dom Tarrisse dressèrent deux copies authentiques du concordat, l'une pour le cardinal, l'autre pour le Père Général de la congrégation de Saint- Alaur. Dom Tarrisse remarqua qu'on y avait glissé une petite correction, qui avait son intérêt : l'adjonction d'une virgule faisait que Richelieu était proclamé général de la nouvelle congrégation ; aussitôt il écrivit de sa main instaurator generalis, sans virgule, jn-enant generalis au sens adjectif. L'abbé de Coursan s'en aperçut et réclama vi\ ement : Dom Tairisse lui fit observer froidement, non sans ironie. (|ue generalis instaurator et instaurator generalis c'était pareil au même, et le courtisan ne voulut pas avoir l'air d'attacher trop d'importance à nn mol '. Mais où l'ancien moine sécularisé montra bien que, sous le noble prétexte de servir l'Ordre auquel il avait jadis appartenu, il ne songeait qu'à

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