‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 65 sur 183 · Ibid., no · texte numérisé non relu

Ibid., no

4. Dom Mège (Ibid., p. 34;, remarque -avec raison à ce sujet que la. fameuse union commenraiî par une équivoque et une fi'aude et que les mêmes mol? siamifiaienl autre chose dans leur sens commun et obvie, autre chose dans la pensée des f.nmiliers de Richelieu.

lUCinil.li;i , ABliE DE CLUNY,

asservir les religieux fervents à la gloire de son maître, qu'a livrer entièrement entre ses mains le gouvernement de la congrégation de Saint-Maur, comme il avait déjà celui de Cluny, — ce dont l'abbé de Coursan espérait sans doute tirer un profit personnel, - ce fut en voulant insérer dans l'acte un nouvel article interdisant d'agréger à la congrégation aucun monastère nouveau sans l'autorisation du cardinal.

('■eût été exposer gravement les intérêts de la congrégation de Saint-Maur et compromettre son extension pour l'avenir. Dom Tarrisso, en sa qualité de Général de cette congrégation, ne pouvait sans prévariquer laisser passer une pareille clause. Il remontra vainement à l'abbé de ( oursan ((ue la bulle d'Uibain VIII avait donné à la congrégation, sans aucune réserve, cette faculté d'agréger les monastères, que de plus les concordats que Ton a à passer avec les abbés commendalaires et avec les anciens religieux sont souvent pénibles à rédiger et plus difficiles encore à faire agréer, qu'il est i:)res(|ue toujours nécessaire d'en presser la rédaction et l'acceptation sous peine de tout compromettre, que si par suite il fallait recourir au conseil du cardinal, attendre ses délibérations, les enquêtes (|u'il ordonnerait, la correction des articles qu'il imposerait, il y aurait là un temps perdu considérable et les traités n'aboutiraient jamais. L'abbé de Coursan ne se rendit pas. Dom Tarrisse répli(|ua d'un ton ferme ([ue jamais il n'ac cepterait pareille condition. Lablié, comprenant que rien ne ferait fléchir la résolution du saint moine, irrité de rencontrer une telle résistance à ce qu'il affirmait être la volonté du redouté el toutpuissant ministre, le |)rit de très haut, saisit vivement les deux copies qui étaient sur la table et courut à l'appartement de son maître \

Dom Tarrisse. ayant épuisé tous les moyens humains, se retira dans l'église voisine et alla prier devant l'autel de la Sainte Vierge. Quand il re\int an bout d'une heure, son émotion était entièrement calmée : il trouva un abbé de Coursan doux comme un mouton. })révenant, obséquieux. Le cardinal avait démasqué la manœuvre de son intrigant serviteur, s'était refusé à l'insertion

1. 0 adulationis aidicae çiennini inquielum ! s'écic Dom Mège indigné on rapporlanl col inridrnl. (Ibid., p. ?>o).

104 l!l( IIII.IFA ET LA RKI ORME MONASTIQUE

de l'arliclc litigieux, avail signé les deux copies dont il gardait Tune pour ses archives et renvoyait l'autre au Père Général \

Doni Tariisse et son compagnon se présentèrent le lendemain pour prendre congé. Ce fut le Père Joseph qui les introduisit. Dès qu'ils se turent inclinés, le cardinal les releva avec une grande bienxeillance, puis il leur dit sa grande joie de voir enfin la possibilité (["arracher Cluny au relâchement et à la mort : sans doute il avait obtenu déjà un commencement de réforme, mais la congrégation de Saint-Maur était l'instriunent nécessaire pour l'amener à sa perfection ; il était heureux, très heureux de leur donner sa confiance, et ils pouvaient désormais compter absolument sur lui pour aider au développement de la congrégation ; il allait pour conmienccr lui donner son abbaye de Marmoutier dès que l'occasion serait favorable '.

Encouiagés par ces r(';confortantes paroles, les deux Bénédictins retournèrent à Paris où ils arrivèrent la veille de l'Assomption : la négociation avait duré sept jours. Elle avait été conclue sans le concours des moines de Cluny. Dom Hubert Rollet crut qu'il avait été joué et devint furieusement inquiet. Sur un veniat du cardinal, il arriva à Paris avec les deux visiteurs de l'étroite observance, Dom Braconnier et Dom Lucas. Il alla tout d'abord questionner Dom Tarrisse qui, très franchement, lui raconta tout ce qui s'était passé. 11 courut aussitôt chez lo cardinal dans le but fie faire rapporter les décisions prises : il ne fut point reçu.

1. Quand, à la diète de 1637, Dom Tarrisse fit ou nom de la congrégation un vœu à la Sainte Vierge pour la remercier de ses bienfaits, la scène de l'abbaye de Royaumont est expressément rappelée dans l'acte qui en fut dressé. (.Arc h. Nat., L 814, pièce lî8).

2. Dom Mège nous a transmis le récit de l'entrevue d'après les notes dictées par Dom Tarrisse lui-même : Inclmatos bénigne erigit et festive amplexatur. Taedebat dudum, iuquit, ruinarum Cluniacensium et afflictae in loco sancto disciplinae diu et multum miserobat ; nec segnius vestras operas optaveram. Xunc par milii laetitia est, quod tantae familiae salutem fidei vestrae commiserim, quod curarum mearum partem non minimam in vestram sollicitudinem transtulerim, quod cordis mei fiduciam vestrae crediderini pietati : renascentis quidem apud Cluniacum disciplinae initia quacdam emicant ; sed haec manum vestram expectant, ut adolescere et desiderata virlutis crcmenta certo capere valeant. Ile ergo de divina ope .securi, et operis divini gratiam accelerale, npc mea vobis protectio dceril unquam, qui congregationis tuendae, atque augendae partes in me, et in meam fidem suscipio. (Ibid., p. 38).

RICHELIEU, ABBK DK CLUNY. 1634. 105

C'est chez le Père Joseph qu'il exhola toute sa bile : les Mauristes sont des ambitieux, ils veulent s'emparer de Cluny — lui-même, qu'avail-il voulu faire sinon absorber Cluny dans Saint-Vanne? — dès qu'ils y seront, ils en chasseront indignement les moines de Lorraine, l.e l'ère .Joseph demanda l'roidement à cet homme agité de fournir les preuves de ce ([u'il avançait et le renvoya. Dom Joseph Braconnier, n'approuvant pas les articles du concordat qu'on venait de dresser, se contenta de se retirer à Saint-Vanne de Verdun, son monastère de profession. Par contre le prieur claustral de CKmy, Dom Pierre Lucas, plus faible, et sincèrement désireux d'ailleurs de procurer la gloire de sa maison, se laissa conduire en tout par Dom Rollet ^

Cet ambitieux déçu chercha un autre moyen de bouleverser un projet qui coupait court à toutes ses visées. 11 alla avec Dom Lucas rendre visite au Père Général de Saint-Maur et lui reprocha amèrement le tort que faisait h Cluny l'article premier du concordat. Cet article portait en effet que l'abbé de Cluny serait triermal au même titre que tous les autres supérieurs de la congrégation. C'était mettre l'abbaye en commende et enlever à la communauté de Cluny son droit tant de fois séculaire d'élire elle-même son abbé. Dom Tarrisse s'efforça en vain de leur faire entendre que celte liberté était illusoire, et qu'à Cluny moins encore que partout ailleurs les moines pouvaient s'administrer eux-mêmes, qu'avec le système do la postulntion, ils étaient livrés à une administration presque exclusivement laïque, ("était si vrai qu'ils ne pouvaient pas depuis tant d'années ariiver à une réforme, alors qu'on voyait nombre d'abbayes illustres se régénérer, bien qu'elles eussent à leur tête un abbé commenda taire.

Ni Dom Lucas, ni Dom Rollet ne voulurent comprendre qu'avec des circonstances nouvelles il pouvait être nécessaire de modifier les institutions. Dom Tarrisse se rendit alors avec Dom Colomban Régnier, visiteur de la province de France et ancien supérieur général, auprès du Père Joseph qui se trouvait avec le cardinal au château de Conflans, et lui exposa les nouvelles difficultés que soulevait Dom Rollet. Les arguments spécieux de celui-ci impressionnèrent le Père Joseph qui ne parut pas voir le danger qu'il

1. Arch. Nil., LL 1334, fol. l 'i.!. Dom Mège dit do Doin T.ucos : pio ma;/».? qnam slnhili air ingenio. (Ibid., p. iO).

y a\ait pour lavcnir clans laltilude prise par les deux moines de L'lun\ . 11 lie cumprit pas que ce uélait pas tant le fait de mettre l'abbaye en connnende (|ui violail les anciens privilèges de Cluny, que la manière dont toutes les élections avaient eu lieu jusque-là et dont elles continueraient certainement à se laire dans l'avenir si on adoptait le changement proposé par Dom llollel : le inan(|ue absolu de liberté des électeurs constituait une \iolalion autrement flagrante de leurs droits. Il crut (|u'on pourrait arranger l'affaire et se fît fort d'amener le cardinal à trouver bon qu'après sa mort un remit l'abbaye en règle; on donnerait satisfaction aux moines de Cluny en leur laissant le choix de l'abbé, rinaloment il s'en tira par un bon mot : Reddenda Benedicio qunc s-;/;;/ lU'ucduii.

Malheureusement co. n'était pas là du tout la question. Dom larrisse dut céder, bien à contre-cœur; on raya le premier article de l'union et il fut arrêté que l'abbé de Cluny serait toujours électif, conmie par le passé. La modification imposée par le Père Joseph satisfaisait bien moins encore Dom Rollet : ce qu'il avait \oulu. c'était la rupture de l'union et l'union se maintenait. Il chercha à susciter de nouveaux embarras. Dom Tarrisse au con- U'aire léunit à Saint-Benoît-sur-Loire, sous la protection du saint patriarche, en la fête de la Xati\ité de \olre-Dame, une diète des visiteurs et principaux supérieurs \ Il exposa la marche des négociations suivies, lut le texte du concordat et ajouta que le cardinal remettait toute chose à leur délibération. Les Pères approuvèrent à l'unanimité, remercièrent le cardinal de l'honneur qu'il faisait à la congrégation de se servir d'elle pour exécuter ses pieux desseins, et déléguèrent leurs pouvoirs au Père Général et à quelques commissaires pour suivre l'affaire jusqu'à conclusion définitive.

Quand il eut appris cette ratification, la colère inquiète de Dom Rollet redoubla. Il agita les esprits à Saint-Germain des Prés et au collège de Cluny. s'efforçant de recueillir des oppositions au concordat. D'autre part la communauté de Saint-Martm

1. Assistaient à cette réunion D. rdomban Régnier, D. Gérard des Alleux. D. Placide de Sarcus, D. Typhen Le Clerc, D. Maur Dupont, D. Maur Tassin, D. Gabriel Theroude. E). Charles do Molleville, D. Jean Ilarel. le futur successeur de 1). Tarriss<'î, D. André Betholaud, D. Guillaume Girard et D. Augustin Reneuve.

des Champs, très hostile à loule union avec Sainl-Maur, adressait successivenieiit nue ic()uèle au ( irand-Conseil et une requête à Ilichelieu. son prieur ooniiiu'ii(lalaire '. Il y eut même des violences et des voies de lait". Un des religieux de ce prieuré répandit uue nouvelle brochure (|ui contrecarrait toutes les vues du cardinal'. Puis Doin llollcl sonhna la question de savoir quelles constitutions observerait la future congrégation : depuis rorigiiK- de Saint-Maur. on avait adopté bon nombre de changements, et Saint-Vatnie ne les accepterait pas. C'était Saint-Vanne qui avait donné le jour à Sainl-Maur : il ne conxenail pas que la h"lle se ré\oltàt contre sa inére et lui imposât des lois nouvelles.

Les jonrs (U les semaines passaient en ces conversations stériles el irritantes. Cdimnc ])Oiir liicii ^iuiiillei aux yeux de tous cfue tous C(?s obstacles «'taient diess(;s uni(juemenf par lambition dépitée de l>om llollof. cl ([u"il n'avait poiu' agir ainsi aucun mandat fies supérieurs de Sainl-Vanne. ceux-ci sigiièrent le IG octobre 1631 aAcc les supérieurs de Saint-Maur un renouvellement très explicite de leur charte d alliance et de Iralernellp charité '. Quel ((ues jours après, le Père Joseph mandait l)om Uollet au château tie Ruel et le tançait fort rudement.

boni Rollet, intimidé, et Dom Lucas, fatigué' de tous ces délais, consentirent enfin à s'entendre définitixement avec les supérieurs de Saint-Maur. f^a réunion eut lieu le 4 décembre 1634 •\ Par malheur, le Père Joseph était absent, il n'y a^ait aucun arbitre autorisé qui pût imposer la paix et l'union : il y eut encore des tiraillements. On décida i)0nitanl que le prochain chapitre général, chargé de ratifier l'union, se conq^oserait de dix-huit moines de Saint-Maur et de neuf moines de l'étroite observance de Cluny, el que la future congrégation suivrait des constitutions qui seraient promulguées au mois de juillet suivant par la prochaine assemblée : on ne Aoulut pas employer le terme de constitutions de Sainl-Maur, afin de ménager les Pères de Saint-Vanne.

Il > eut de nouvelles conférences. Le Père Joseph et les conseillers du cardinal, l'avocat Joly, chef du conseil, l'avocat de

?. Ibid.. n» 153.

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