‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 66 sur 183 · Ibid.. no · texte numérisé non relu

Ibid.. no

108 niCHEr.iEu et i.a rkfoiîmi: monastique

Siiiiilt>-.\fni'lhc. Froissard, ap])ortèronl pro bono pacis de légères modificalions à certains articles. C'est ainsi qu'on décida d'éteindre le titre abbatial do Cluny, pour écarlcr tout sujet de division et décevoir toute manœuvre intéressée relative aux béoiéfices. On ajouta que le premier supérieur général serait choisi au sein de la congrégation de Saint-Maur : la chose était juste et désirable en soi, mais de nature à excitei- les rivalités et accroître les difficultés. Dom Tarrisse le fit observer au Père Joseph et obtint qu'on laisserait à Cluny son titre, et au chapitre général le choix libre du supérieur.

Enfin une dernière requête présentée à Richelieu proposait une rédaction claire, non ambiguë, de larticle le plus essentiel du concordat, celui qui concernait le mode d'élection du successeur du cardinal :

.1 Monsrtgnriir^ rhininenlissinv Cardinal, Duc de Richelieu el de Fronsac, pair de France, Abbé, Chef, et gênerai adrninislrateur de Vabhaije el congrégation de (Aung, etc.

Vos très Inmibles relifrieux et orateurs, les supérieurs des Congrégations de Cluny ei de Saint-Maur en France, Ordre de St Benoist, vous remonstrent que, suivant vostre volonté et exprès commandement, s'estans assemblés pour accepter, ratifier, et convenir des moyens pour exécuter les articles qu'il a pieu a Vostre Eminence faire et arrester le treizième jour daoust dernier en l'abbaye de Royaumont touchant l'union desdites Congrégations a l'efTecl de la reformation générale de l'Ordre de St Benoist qu'elle a dessein de faire en France : ils ont d'un commun consentement, avec le respect et honneur qu'ils doivent, accepté et ratifié lesdits articles par acte du quatriesme jour du présent mois de décembre. En conséquence de quoy vosdits orateurs vous supplient en toute humilité que puisqu'il vous a pieu tesmoigner par surcioist de vostre singulière pieté et dévotion audit Ordre, avoir agréable qu'après vostre décès l'abbaye de Cluny demeure en régularité, il vous plaise aussi, Monseigneur, qu'au lieu de la clause du premier desdits articles, par laquelle il est dit que l'abbaye de Cluny demeurera a la nomination du Roy, etc., la suivante soit insérée :

Advenant le decés de mondit Seigneur, l'Abbé de Cluny sera régulier, pris du corps de la Congrégation de St-Benoist, eleu de trois

1. Aff. Etr.. France, Mém. et doc., t. 83?, fol. 213. Cette pièce se trouve classée à lorl avec celles de l'année iri38.

RICHEHIiL , AHBK UE CLUNY. itj3-i. 109

en trois uns pur It's Chapitres généraux, ou, si le cas y eschoit, par les Diètes, ou ^Supérieurs de ladite Congrégation, comme les autres supérieurs des monastères d'icelle : lequel Abbé recevra et aura telle jurisdiction ([ue par les dits chapitres généraux sera jugé luy estre neressair*j pour conserver les droits de la dite Abbaye, et ses dépendances, tant dedans que dehors le Royaume : et sera soubmis ausdits chapitres généraux, régime, supérieurs généraux et visiteurs, ainsi que tous les autres supérieurs des monastères de ladite Congrégation.

Oue les Statuts, Ilegimc, Constitutions, Déclarations sur la Règle, et Cérémonies seront gardées et observées en ladite Congrégation de St-Benoist en la manière (pie lesdits supérieurs ont convenu entre eux par ledit acte du quatriesme Décembre.

yuil .sera adjousté a la fin du huitiesme article, qu'en cas de relasche. il sera loisible aux religieux, et monastères de ladite Congrégation (jui seront portés de mesme zèle que ledit Abbé de Cluny de se joindre, et réunir avec luy pour se remettre dans l'estroite observance.

Et lesdits Supplians continueront leurs vœux et prières pour la prospérité, heureuse et longue vie de Vostre Eminence.

f. Grégoire Tarrisse, sup"" de la Cong. de St-Maur.

f. RoLLET, grand prieur de Cluny.

f. Pierre Lucas, prieur claustral de Cluny et visiteur.

f. Maur or Pont, prieur de St-Germaiu des Prez et senieur du régime de la C°n de St-Maur.

f. Cyprian Le Clerc, prieur de Tabbaye de St-Denis on France, senieur du régime de ladite Congrégation.

Le Père Joseph se chargea tlubtenir sur ces divers i)oints l'assentiment du cardinal et promit son concours personnel le plus dévoué. Le contrat d'union fut alors soumis à des théologiens et canonistes qui supprimèrent certaines additions étranges qu'avait faites l'abbé de Coursan : il reçut ensuite sa rédaction définitive et le cardinal de Richelieu le signa le 22 décembre 1634. les religieux le 29 décembre^; dès le mois de janvier 1635, il était revêtu des lettres patentes de confirmation.

Après im préambule historique, où l'on décerne à liichelieu le titre de protecteur (jue la coin- romaine lui avait dénié, il y est déclaré expressément qu'à la mort du cardinal « l'abbé de rivmy sera régulier, pris du corps de la nouxelle congrégation de Saint-

\. Appendice, n" 166.

110 HICHELIEU ET LA RÉFORME MONASTIQUIl

Benoît, et élu par les cliapitres généraux, diètes ou supérieurs de celle congrégation », et qu'il gouvernera « coni'ormément aux statuts, régime et constitutions de kdite congrégation ». C'était la Irienuidité, mais on no le disait pas explicitement. Le tout était arrêté et conclu « sous le bon plaisir de Nostre Saint Père le Pape et du Uoy nostre Sire ». Quelques jours plus tard, le bon plaisir du roi s'était officiellement manifesté ; le pape allait jusqu'au bout refuser de ratifier.

-Mais avant d'étudier par le détail les longues et pénibles négociations entamées avec la cour de Uome, qui durèrent huit années entières pour aboutir à un échec, avant même d'aborder le second objet cpje nous nous sonunes proposé dans le présent travail, le rôle de Richelieu comme abbé commendataire de Marmoutier, nous voulons signaler rapidement, dans un chapiti-e intercalaire, quelques épisodes de la régénération religieuse accomplie sous son ministère pour y retrouver des preuves de ce même dessein d'ordre et d'unité que nous venons de voir se manifester dans la réforme de Tluny et dans l'union de Cluny et de Saint- Maur.

Affaires diverses.

Si nous voulions ici montrer eu son ensemble l'intervention (lu cardinal de Richelieu dans l'œuvre de la réforme bénédictine, c'est toute l'histoire .des vingt-cinq premières années de la congrégation de Saint-Maiir qu'il nous faudrait écrire ; car dans toutes les réformes de monastères qui s'accomplirent sous son long gouvernement — et la liste en est considérable \ — on re-

l. Dès 1624, les religieux d'Aniane et de Saint-Arnoul de Crépy en Valois veulent s'unir à la congrégation. En 1625, on réforme Saint-Savin de Tarbes et Saint-Clément de Graon. En 1626, les Vlaiirisles entrent dans les monastères du Bec, de nonnc-Nouvellc de Rouen, de Saint-Corneilh; de Compiègnp, et signent des concordats avec les religieux de la Réole et de Saint-Gcrvai? d'Eysses. En 1627, c'est le tour de Sainl-Romy de Reims, de la Daurade, de Sainl-Benoît-sur-Loire, de Sainte-Croix de Bordeaux. d<' Saint-l.omer de Blois, de Saint-Melaine de Bennes. En 1628, on entre ;• Saint-Thierry-lès- Reims, on s'unit les monastères delà Société de Brctacne ainsi que ceux d(- Sainl-Magloire de Lehon et .Saint-Sauveur de Redon ; la réforme est établie à Bcrnay, à La Réole, à Saint-Evroult, elle est demandée par les religieux de Saint-Serge d'Angers, du Tréport, de Sainl-Guilhem du Désert, de Lézat, de Saint-Pierre do Beaulieu, de Saint-Valei*y, du Mont-Sainte-Catherine près Rouen, du Ma.^-Garnier. En 1629, les Mauristes entrent à Saint-Serge d'Angers, à Saint-Chinian, à Tyron, à Saint-Germain d'.Vuxerre. En 163<i, c'est Bourgueil qui se réforme, avec Saint-Pierre de Mauriac et Conches, pendant que l'évèque de Rennes offre l'abbaye de Sainl-Méen. En 1631, se fait la difficile réforme de Sainl-Germain des Prés, puis celles de Saint- Gervais d'Eysses, de Ponllcvoy. de Ferrières et de Saint-Eloi de Noyon. En 1632, plusieurs maisons s'offrent h la congrégation, Chambon. Saint- Maixent, Saint-Ouen, Saint-Victor de Marseille, Saint-Pierre de I^agny, le collège de Marmoutier. Saint-Pierre le Moutier, et on fait l'introduction â I.evière. En 1633. le cardinal de la Rochefoiicauld installa les Mauristes à Saint-Denis. L'année 1634 ne vil aussi qu'une réforme, celle de Saint-M*ii-

trouve son action, rapide et décisive, toujours généreuse et grande, (juand il était abbé commendataire \ très efficace aussi quand il n'a\ait d'autre titre à intervenir (lue son office de premier ministre d'un roi catholique, chargé par suite d'assurer l'ordre, la paix, la dignité de la \ie religieuse dans le royaume.

Mais tel n'est point notre dessein : seule, l'introduction de la réforme à l'abbaye de Marmoutier nous retiendra quelque temps au chapiln^ (jui suit. Nous voulons seulement en celui-ci, choisissant ù dessein certains épisodes moins connus, noter quelques traits qui nous paraissent compléter et dessiner plus profondément la figure de Richelieu réformateur de l'Ordre monastique. Les épisodes en question seront empruntés encore à l'histoire bénédictine ; mais nous ne Jioiis interdirons pas de dire un mot do ce que le cardinal fil pour les autres familles religieuses : l'Ordre de Oîteaux, parce qu'il vit sous la règle de saint Benoît, aura droit à une mention plus large.

xi'nl. En 1635, il s'en opéra six, colles de Sainl-Martin des Champs, de Saint- Nicaise de Reims, de Saint-Sauveur d'Aniane, de Saint-Wandrille, de Moutier-SaintJean et de Saint-André de Villeneuve lès Avignon. En 1636, Saint- Pierre de Brantôme, Sainte-Colombe de Sens, les cinq abbayes de l'ancienne congrégation de Chezal-Benoîl, savoir Saint-Vincent du Mans, Sainc- \fartin de Séez, Saint-Sulpice de Bourges, Saint-Allyre de Clermont et Chezal-Benoît s'unissent à la congrégation de Saint-Maur, Peu après, l'abbé d'Uzerche demande aussi la réforme pour son abbaye. En 1637, le cardinal de Richelieu profite de la vacance de l'abbaye Saint-Médard de Soissons pour la donner aux Mauristes ; puis ceux-ci sont introduits à Landevenec, à Marmoutier, à Saint-Julien de Tours, à Notre-Dame de Rochefort, et installés comme confesseurs à Chelles, L'année 1638 voit l'union éphémère de Saint-Honorat de Lérins, et la ville de Rodez demande la réforme de l'abbaye de Saint-Amand en Rouergue. Les Bénédictins anglais s'agrègent un moment à la congrégation. En 1639, on réforme Montmajour, Saint- Florent de Saumur et Saint-Florent-le-Vieil, Saint-Pierre le Vif et Saint- Romy de Sens ; en 1G40, Evron, Notre-Dame de Josaphat, la Chaise-Dieu et Saint-Vincent de Laon ; en 1641, Lagny est réformé, et on s'efforce d'entrer à l'abbaye du Luc, au diocèse d'Oléron. Enfin, en 1642, la congrégation s'accroît des monastères de Saint-Taurin d'Evreux, la Chaume, Lantenac, Le Tronchet, Sorèze, Saint-.Savin et Saint-Cyprien de Poitiers ; Talloircs demande aussi la réforme de Saint-Maur, bien que cette abbaye soit située hors de France.

1. Voir la liste des abbayes et prieuré? dont Richelieu a été commendataire, à l'Appendice, n° 159.

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