I. — Union de Chezal-Benoit et de Saint-Maur
L'histoire détaillée des incidents, parfois violents et scandaleux, qui précédèrent cette union et la rendirent nécessaire, remplirait un volume. Aussi n'en parlerons-nous que dans la mesure où le cardinal de Kichelieu y intervint, et même n'atlircrons-noiis l'attention que sur un point particulier qui touche à la ([uestion non encore résolue du désintéressement ou de l'avidité du premier ministre de Louis XIIL M. Fagniez s'est défendu de la vouloir trancher *. Parlant du cumul des bénéfices, il s'est contenté de dire que le cardinal aurait pu en acquérir davantage encore, que l'abus était général ù cette époque, même de la part des plus saints évêques, et que Richelieu s'est servi des bénéfices qu'il avait en commende pour faire le bien et établir la réforme. On pourrait ajouter aussi que ce million et demi de livres qu'on affirme qu'il louchait en revenus ecclésiastiques — chiffre très exagéré, nous le verrons, — constituait à peu près tout son traitement de premier ministre, et que l'œuvre dans laquelle il engloutit le plus d'argent, la construction et la décoration du Palais-Cardinal, fut léguée par lui au roi, c'est-à-dire à la France. M. Gabriel Hanotaux, qui aura sans doute l'occasion de nous dire le dernier mot sur la question pendante, nous a appris déjà que, dès l'épiscopat de Lucon, Ilichelieu n'aimait, pas plus que les autres infériorités, celle qui vient de la pauvreté^.
Au reste c'est à chaque instant qu'on découvre, en parcourant sa correspondance, quelque trait de générosité cl de désintéressement. Nous en avons déjà signalé quelques-uns, celui notamment qui lui faisait refuser, à la mort du grand-prieur de Vendôme, les 42.000 livres de rente que valaient les abbayes de Mar-
1. (JuDr. cit., t. II, p. 54. Sainle-BtHive a deviné ce désintéressement quand, dans le parallèle qu'il a établi entre Richelieu et Sully, il dit du cardinal : « Quand il fut au complet et qu'il put donner toute «a mesure, reconnaissons qu'il eut autrement de généreux orgueil et de grandeur d'âme. Il a de l'élévation, ce que Sully n'a pas. Il n'est pas homme à retenir et à accumuler, à la manière d'un trésorier et dun bon économe, les gouvernements et les charges, il aime mieux les distribuer aux autres. Il y a du roi autant que du ministre en lui. » (Causeries du lundi, t. VIII, p. 193).