venel. t. V, p
2. D. Ursmer Bcrlièro. La Confiréfiation hcuédicAine de Chezal-Benoil, dons la Revue bénédictine de 1901. p. 10 ri 11. 11 y a moins encore à tenir compte de ce qu'a écrit T». Guilloreau dans les Mémoires de D. Bernard Audeberl. Paris, 1911. p. 1 noie 2; la preste allusion à la fable de VHiiilre et lea plaideurs n'a rien à voir en la circonstance.
3. Encore faudrait-il établir ces chiffres sur des bases précises. Or, à l'époque de sa mort, c'est-à-dire au moment où ATaisemblahlcment Riclielieu était le plu? « gorgé de pension.« ^>. l'ensemble de se« abbayes lui rapportait exactement 274. Pô3 livres. Voir à l'Appendice, n° 1.59 bis^ d'après une note écrite peu après la mort du cardinal, l'inventaire détaillé do se.s revenus en bénéfices.
L'MOX bF, CIIKZAL-nENOÎT ICI" UE SAINT-MAL 1< il7
poinl. Mais pour bien compreadre comiiK-'iil il a élé rûiue el le \ éntable auteur de la rcl'oniic des abbayes de Clic/.al-Benoîl el de l'union de cette congrégation ù Saint-Maur. il est nécessaire de montrer le plus brièvement possible comment cette réforme avait commencé avant qu'il n'y intervint directement.
La congrégation de Chezal-Benoît était, comme toutes les au- Ircs, tombée dans nn lamentable relàcbement. On le vit bien en 1613, lorsiju'on songea pour la première fois à réfonner l'abbaye Saint-Germain des Prés qui en dé]>cjidail. Depuis des années pourtant, quelques religieux plus i'erxents songeaient à la réfoiine, mais leurs timides efforts n'avaient engeaidré que des dissensions, des querelles, des haines, des procès scandaleux. Tl fallait absolument en Unir sous peine de voir la congrégation loniber eji ruine ; mais personne ne \oulail de l'union avec Saint- Maur et on chercha même par tous les moyens à reprendre l'abbaye do Saint-Germain des Prés où les Mauristes avaient été introduits en 1631 par les soins du prieur, Dom Claude Gotton. lUchelieu n'avait |)as eu à intervenir dans cette réforme qui s'était accomplie sous ses yeux, sauf au juoment suprême pour obtenir l'arrêt du C'onseil privé qui coupa court aux dernières résistances.
Le chapitre général de 1631 avait ordonné qu'on établirait un no\iciat miique à l'abbaye de Chezal-Benoît et Dom Jacques Mercier, abbé de Saint-\ incent du Mans, fut nommé visiteui* général. Tout cela n'eut aucun effet : les anciens de Chezal-Benoît refusèrent d'accepter le noxiciat chez eux et de céder la place, el ils appelèrent comme d'abus de l'ordoniuance du chapitre ; Dom Mercier, pendant le carême de 1632, visita Saint-Sulpice de Bourges et Saint-Martin de Séez. y constata de déplorables abus, mais fut impuissant à les réprimer. On voyait de plus en plus les religieux soucieux de leur dignité se faire agrégei' individuellement à la congrégation de Sainl-Maur.
Au chapitre général suivant, teini à Saint-Sulpice de Bourges après Pâques 1632, on décrète la suppression du noviciat créé Tannée d'avant. Dom Mercier essaie de supprimer dans son abbaye le pécule, les promenades en Aille, les bons festins, le luxe des habits, les jeux : mais ses moines y sont habituels depuis trop longtemps pour ne pas considérer tout cela comme des droits
lis RICniCLlLi; ET LARLlOllME MONASÏIQLL
acquis et ils apportent ù Irs sauvegarder cette énergie féroce que sait déployer la mollesse quand elle se défend elle-même : ils dénoncent même leur abbé au Parlement de Paris. Uom Mercier, aidé do son cellérier, Dom Jean Bond<~»nnet, et d'un autre religieux lidèle, J)om François Musserol, [)rend alors le parti dunir son abbaye à Saint-Maur, estimant que c'est le seul moyen de la réformer ; mais Dom Grégoire Tarrisse, qui venait récemment d'éprouver toutes sortes de misères lors de l'introduction à Saint- Germain des Prés, considéra la chose comme irréalisable et se déroba. C'était en octobre 1632,
Pourtant le Père Général laissa faire Dom Claude Collon, le grand ou\rier de la réforme de l'abl)aye parisienne, qui était de meure dans la congrégation de C hezal-Benoît. Celui-ci s'entendit avec les deux assistants, Dom Cyprien Le Clerc, prieur de Saint- Denis, ancien moine lui aussi de Cliezal-Benoît. et Dom Maur l)upont, actuellement priem- de Saint-Germain des Prés. Il se rendit ensuite au Mans, où il signa un concordat avec Dom Mercier, le U'2 janvier 1633, jour de la tète de saint Vincent. La plupart de'? religieux de labbaye, au nombre de vingt et un. acceptèrent le concordat : il n"y eut que cinq opposants, dont trois se trouvaient alors à .\.-D. de Tufté. Ce petit nombre de moines relâchés suffit à tout faire échouer.
Ils font intervenir l'évêque. qui voit dans ce conflit une excellente occasion de conquérir la juridiction sur le monastère, puis soudoient le lieutenant général qui tout d'abord et sans enquête fait mettre en prison Dom Mercier et deux autres moines, puis, accompagné du maire, des consuls, de soldats et d'une foule qu'on a excitée contre les réformés de Saint-Maui'. « des étrangers qui \iendiaient affamer la ville, piller l'abbaye, supprimer les aumônes », il vient mettre le siège devant Saint-Vincent dont les moines lui refusent l'entrée. Toute la nuit, la foule fait ripaille devant la porte, chante, blasphème, allume des feux, criant bien haut que le lendemain elle y jettera tous les religieux favorables à la réforme. Au matin, c'était le 28 janvier, le lieutenant général et l'évêque, avec le grand doyen, l'official, de nombi'eux ecclésiastiques, des magistrats et un greffier, reviennent et font enfoncer les portes du monastère. La foule s'y engouffre avec eux et va mettre au pillage la cuisine, le cellier et la ca\e des moines. L'évêque ordonne aux
UNION m: CHEZAL-BENOÎI ET DE SAINT-MAUR 119
religieux qui uuL uoceplc le concordai de réi racler leurs sigiialures, s'empare des clefs de l'appartement abl)atial, fait forcer les armoires, dépose abbé, prieur et autres officiers, et nomme à leur place des moines opposés à la réforme. Puis tous se retirent, après avoir installé des gardes dans le cloître : c'était vraiment ime nouvelle invasion des Barbares.
.A l'abbaye, les opposants sont les maîtres et ont vite fait do réduire à néant les bonnes intentions de ceux qui tout d'abord avaient désiré la réforme. Il ne reste bientôt plus trace de vie religieuse ; on mange de la viande tous les jours, môme en carême : on fait entrer des fenunes dans les jardins, on en reçoit même à dîner au réfectoire ; le lundi de Pâques, toute une équipe de moines part à cbe\al pour une chasse à courre, au grand scandale de la population : celle-ci était d'ailleurs excitée sous main contre les Virdunistes, c'était le nom qu'on donnait aux Pères de Saint- Maur. Ouant à l'abbé, c'était un traître qui avait voulu livrer sa maison aux étrangers ; on chantait dans les cabarets ime parodie du Te Deuin qu'un ministre protestant avait composée contre Dom Mercier :
le reum damnamus.
Te miserum protestamur.
Te crudelem patrem onmis terra detestatur.
Tibi omines diaboli,
Tibi Behemot et Beelzebub lamentabili voce proclamant
Fallax,
Fallax,
Fallax, etc.
Par bonheur, celui-ci était parvenu à s'évader de sa prison et à gagner Paris, puis Saint-Germain en Laye, où était la Cour. Il s'y rencontra avec Dom Joseph Sanson, abbé de Saint-Sulpice de Bourges et visiteur général de la congrégation, et Dom Guillaume Uicher, l'économe nommé par l'évoque du Mans pour administrer Saint- Vincent. Chacun plaida sa cause en présence du garde des sceaux, des conseillers d'Ftat et maîtres des requêtes. Dom Mercier obtint un arrêt qui cassait tout ce qu'avaient fait le lieutenant général et l'évêque. interdisait à celui-ci de se mêler des
alTuircs de labbaye, donnait l'ordre d'élargir les prisonniers et de déposer les intrus. Lui-même était réintégré dans tous ses honneurs, et Dom Richer devait lui rendre compte de son économat. Ce l'ut le dernier arrêt que M. de Châteauneuf scella avant sa disgrâce. Dom Mercier allait pouvoir reprendre son projet d'union avec Saint-Maur. Il se trouvait encore à Paris au moment où le cardinal de la Rochefoucauld allait introduire la réforme à Saint-Denis : il fut choisi par lui, ainsi que Dom Claude Cotton, pour commissaires de cette réforme. Ce dernier en profita pour aller à Nancy demander au roi de remettre à la Rochefoucauld le jugement des difficultés de Chezal-Benoît : ce lui fut accordé cl le cardinal accepta. Les adversaires de la réforme, à Saint-Vincent du Mans et dans toute la congrégation, en furent consternés.
Le nouveau garde des sceaux, Pierre Séguier, en dépit des efforts qu'on fît pour le circonvenir, chargea M. de Bourgbourg d'aller au Mans notifier l'arrêt scellé par son prédécesseur et faire une enquête. Le commissaire s'y rendit avec Dom Mercier, visita l'abbaye, interrogea les moines, puis revint à Paris rédiger un rapport où il concluait que la congrégation de Chezal-Benoît avait un besoin absolu de réforme et qu'on ne pourrait l'obtenir que par l'union avec Saint-Maur. Malheureusement intervinrent à ce moment Dom Hubert Rollet, grand-prieur de Cluny, et Dom Lemperière, recteur du collège de Cluny à Paris, qui ne tardèrent pas à tout embrouiller : le premier ne songeait qu'à étendre son influence, le second qu'à desservir la congrégation de Saint- Maur. Ils proposèrent aux Cazalins opposés à la réforme d'offrir leurs abbayes au cardinal de Richelieu, ce qui les soustrairait au jugement du cardinal de la Rochefoucauld. Ceux-ci se jetèrent avec empressement sur cette nouvelle solution, et bientôt un édit royal enleva à la Rochefoucauld la connaissance des affaires de Chezal-Benoît pour la remettre à une commission de trois conseillers d'Etat, MM. Brularl de Léon. Le Bret et Talon. Dom Mercier, inquiet de cette mesure, se plaint au chancelier Séguier qu'on confie à des laïques une cause religieuse. Séguier en parla à Richelieu, qui fît adjoindre aux commissaires l'évêque d'Auxerre, Dominique Séguier. frère du chancelier, auparavant doyen de la cathédrale du Mans, et Mgr Le Bouthillier. évêque de Boulogne
UNION DE CHLZAL-BLXOÎT KT HE SAINT-MALR 121
et coadjuleur de l'ours. La comiiiissioii choisit pour rapporteur le niaUre des requêtes Tiersaull, qui prit connaissance aussitôt du mémoire de M. de Bourgbourg.
Dom Mercier aurait bien voulu avoir lappui de Dom Tarrisse auprès de la commission ; mais celui-ci ne pouvait en conscience engager sa congrégation dans une affaire dont l'issue était encore si incertaine, et ne consentit pas à ratifier le concordat du 22 janvier 1033. Sur ces entrefaites, M. de Lezeau, qui avait beaucoup contribué à la réforme do Saint-Denis, eut une entrevue avec l'abbé de Saint-\'incent, l'encouragea dans son dessein, le réconforta, mais lui dit, lui aussi, que le moyen le [)lus sûr de faire aboutir la réforme était d'offrir à Richelieu les abbayes de Chezal-Benoît : le cardinal aimait beaucoup la congrégation de Saint-Maur, et une fois chef de celle de Chezal-Benoît, il ne manquerait pas d'accomplir l'union désirée. Ainsi donc d'une part les quatre abbés de Chezal-Benoît, Bourges, Clermont et Séez, adversaires constants de Dom Mercier et de ses projets de réforme, consentaient à remettre leurs fonctions entre les mains de Richelieu pourvu qu'on leur évitât l'union avec vSaint-Maur, et d'autre part l'abbé du Mans était invité à suivre leur exemple dans l'espoir de réaliser celte même union.
Il n'est pas du tout impossible que le conseil donné par M. de Lezeau à Dom Mercier ait été ins]uré directement par Richelieu. Le cardinal savait par le rapport de M. de Bourgbourg et aussi par les mémoires <jue l'abbé de Saint- Vincent avait dû rédiger pour se justifier d'avoir cherché à introduire la réforme dans sa maison, mémoires qui constituaient contre la congrégation ellemême un réquisitoire écrasant, à quel degré le désordre, l'indiscipline et le relâchement avaient atteint à Chezal-Benoît, et il était bien décidé à y remédier énergiquement, comme il avait fait partout ailleurs. Mais le meilleur moyen d'y ariiver. n'était-il pas là aussi d'en assumer lui-même la tâche, après s'être fait donner les pouvoirs suffisants pour la mener à bonne fin. en bloc, d'mi seul coup ?
Les juges de la commission étaient d'ailleurs très bien disposés en faveur de l'œuvre de la réforme et prêts à entrer dans les vues du cardinal. Ils rendirent leur arrêt le 24 février 1634 : l'accord de Dom Mercier avec Saint-Maur était annulé : défense était faite
122 RicuEi.iuu i:t la réiokme monastique
à Doin Colton de plus se mêler de l'affaire de Saint-Vincent; mais d'autre pari la réforme était reconnue nécessaire, non seulement à Saint-Vincent, mais dans toutes les abbayes de la congrégation, et à cet effet les commissaires députés par l'arrêt se transporteraient dans l'une des abbayes, ils y assembleraient les supérieurs avec un conventuel de cliaque monastère pour prendre connaissance et dresser procès-verl)al de l'état de la congrégation. Ces commissaires étaient Tiersault, Dom RoUet et Dom Lemperière.
L'arrêt mécontenta tout le monde. Dom Mercier faillit en mourir de chagrin : il savait que les deux moines étaient hostiles à Saint- -Maur. Les Cazalins ennemis de la réforme étaient également désolés, puisque l'arrêt leur imposait ce qu'ils voulaient avant tout éviter. Des deux côtés on chercha à prix d'argent à gagner des protecteurs. Tiersault ordonna la réunion d'un chapitre général à Saint-Allyre de Clermont. puis quitta Paris le 22 mars, avec D. Uollet et D. Lemperière, pour se rendre à Saint-Vincent du Mans, où ils voulaient commencer leur enquête. L'abbé de Coursan, que nous connaissons, av^ait entrepris Dom Mercier qui, maintenant que les conditions avaient changé, se refusait à céder son abbaye à Richelieu : il lui promit qu'il lui obtiendrait du cardinal l'introduction des Mauristes. Le naïf abbé, pour prix de ses bons offices, lui promit dix mille livres, et lui en donna cinq .'^ur-le-champ, qui furent acceptées avec empressement. Mai? peu de jours après, ayant obtenu des adversaires des promesses plus alléchantes, de Coursan rapporta la somme à Dom Mercier, en l'accablant d'injures et de menaces, et lui apprenant pour se moquer que les commissaires venaient d'être envoyés au Mans.
L'énergique vieillard partit aussitôt, fit la route à marches forcées, arwva le premier à Saint- Vincent et eut le temps de relever le courage de ses moines, tout désorientés par les longs mauvais traitements qu'ils venaient de subir pour le seul crime d'avoir désiré la réforme. Le lendemain, la commission arrive à l'abbaye, tout le monde se rend au chapitre, Dom Rollet s'installe à la place d'honneur comme représentant de Richelieu, Tiersault lit les lettres qui l'accréditent, puis un réquisitoire que les ennemis de Dom Mercier lui ont remis à Paris, et qui conclut à sa dé-
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position connue coupable d avoir maltraité ses moines et dilapidé les ressources du monastère. L'ald)é se lève et se défend avec véhémence ; il (.lemande qu'on fournisse les preuves de l'accusation : on n'en trou\e aucune. Dom Rollet veut intervenir; mal lui en prend : Dom Mercier linterjtelle avec force et lui reproche le vilain rôle quil joue en semant ainsi la division parmi les frères. Tous se souxiemient alors de la façon dont Dom Rollet a traité naguère les anciens de Clunv et déclarent ;i l'unanimité qu'ils ne veulent point être Clunistes.
C'est qu'en effet Dom Rollet, en arrivant triomphant à l'abbaye, de l'air ravi d'un homme (|ui vient d'étendre son filet sur toute une congrégation et qui est sur du succès, avait déclaré à qui voulait l'entendre que ce qu'on demandait aux Cazalins, c'était tout simplement de prendre l'habit de Cluuy. mais que pour le reste ils s'arrangeraient ù leur gré. Ces étranges concessions, Dom Rollel les faisait en sou propre et privé nom, car telle n'était point du tout la pensée du cardinal, trop averti par les expériences récenteï« de Cluny pour avoir oublié qu'on ne réforme pas des moines en leur laissant faire ce qu'ils veulent. Et voilà que ceux de Saint-Viaicent refusaient même ces faciles conditions. Tiersault était fort embarrassé. H \eut néanmoins déposer Dom Merciei' : mais celui ci déclare qu'il a été rétabli dans sa charge par un décret royal et qu'on ne la lui arrachera pas.
Les commissaires adoptent alors un moyen terme des plus dangereux : ils laissent Dom Mercier à la tête de ses partisans. et font de Dom Guillaume Piicher le prieur des autres religieux. C'étuit installer la guerre à poste fixe dans la maison : il y eut ainsi deux supérieurs, deux prieurs, deux cellériers, etc. Dom Rollet avait pris goût à Cluny aux doubles communautés. Après ce bel exploit, il continua la visite des autres monastères : les commissaires y furent assez mal reçus et aucune enquête sérieuse ne put être faite, Dom Leinperière refusa absolument d'aller à Saint^Martin de Séez, où l'on gardait sans doute un souvenir troj) précis de la prison motivée qu'il y a\ait faite autrefois par arrêt du Parlement de Rouen.
On arriva enfin à Saint-Allyrc de Clermont, où, le .T dimanche après Pâques 1634. s'ouvrit le chapitre général, [/abbé de Coursan s'y rendit en qualité de délégué des moines de Saint-\'incent^
124 RlCHELIF.l liT LA RÉFORME MONASTIQUE
Dom Mercier par contre s'absliiil d'y paraître. L'assemblée se sépara sans avoii- rien décidé, cl l'abbé de Cours'an partit i'urieux, n'ayant pu toucher un sol de la somme qu'un lui avait promise. Le cardinal de Richelieu lut, lui aussi, très mécontent, mais pour une raison plus noble. Il avait obseiTé jusque-là une extrême discrétion ; mais il se rendait compte enfin qu'on n'arriverait jamais à la réforme en laissant les Cazalins agir eux-mêmes. Depuis \ingt ans, on en parlait chez eux, et à quoi avait-on abouti ? Tout juste à réformer Saint-liermain des Prés, grâce à rintroduction des Mauristes, et cela après des scènes de violence, presque de révolution dans tout le quartier. A Saint-Vincent, \oici qu'il avait suffi de quatre ou cinq mauvais religieux pour mettre une grande abbaye sens dessus dessous, jeter le trouble dans toute la \'ille, et tout cela jjour arriver à un résultat pire (|u'auparavant. .
Car, comme on pouAait sy attendre, les deux communautés qu'avaient établies les commissaires ne vécurent pas longtemps en paix l'une à côté de Tautre. Une histoire de portraits d'abbés au-dessus d'un autel de la Sainte Vierge faillit amener une rixe générale. Tiersault. toujours fortement prévenu contre Dom Mercier, en profite pour retourner au Mans avec Dom Rollet et Dom Lemperière. dépose l'abbé et ses officiers et installe Dom Richer à sa place. Aussitôt appel comme d'abus, consultation de docteurs de Sorbonne qui condamnent la conduite de Dom Richer ; Dom Mercier excommunie son concurrent et tous les moines du parti contraire : ils ont recours à l'évêque du Mans qui s'empresse d'intervenir et lance un mandement plein d'accusations contre Dom Mercier. Celui-ci avait en outre contre lui le Père Joseph, qui s'était laissé circonvenir par le gardien des capucins du Mans, lequel trouvait Dom Richer beaucoup plus généreux que son prédécesseur et par suite l'estimait meilleur. A diverses reprises, le P. Joseph conseilla à Dom Tarrisse de ne pas appuyer les projets de Dom Mercier, conseils à peu près superflus, rrautre part, l'abbé de Coursan, furieux d'avoir été joué au dernier cliapitre général, disait pis que pendre des Cazalins et de leur observance. Richelieu allait-il laisser longtemps les choses en cet état? Risquerait-il de laisser éclater des émeutes à Clermont, à Rourges, à Séez. comme on en avait \u deux déjà, à Paris et au Mans ?
UNION DL CHF.ZAI.-BL.NOiT ET DP. SVlMMAUlt 125
Puisque les abbés de Cbezal-Benoît ne pouvaient s'entendre, [)uiscjue le cliapiLre général venait de donner une fois de plus la mesure de son impuissance, il iallail de toute né<:essité passer par-dessus la tète des abbés et du ebapitrc général. Mais la congrégation jouissait depuis le concordat de Léon X d'un privilège qui gênait cette man(i-u\re : les cinq premières al>l)ayes échappaient à la commcude et leurs abbés étaient nommés tous les trois ans par le cliapiire génér.'d. Toute intervention étrangère ne serait-elle pas une intrusion que Home condamnerait? Mais aussi une clause du même concordai disait expressément que ce privilège prolecteui- i)rondrail (in le jour où l'observance serait tombée elle-même, et <pie ce jour-là les cinq abbayes reviendraient au régime coniiiuui de la nomination royale. Or, qui pouvait nier de bonne toi «pic ce jour n'eût lui depuis longtemps ?
C'est dans ce sens que lut rédigé Tarrèt du 28 août 1634. Il déclarait « le chapitre et les religieux de la congrégation de Chezal-Benoîl déchus de la faculté à eux octroyée par les bulles et lettres patentes d'élire de trois ans en trois ans les abbés des cinq abbayes : en conséquence le roy entendoit rentrer dès h présent dans la jouissance de son droit de nomination en icelles, ainsi cpi'ès autres de son royaume; et ncantmoins, pour maintenir la réformation ordonnée par un autre arrest du 24 février précédent, Sa Majesté entendoit nommer à Sa Saincteté im personnage de singulière i)iét('\ pour estre pouneu des dites cinq abbayes conjoinctement. et sous un seul litre d'Abbé, Chef et général Administrateur de la dite congrégation, sans déroger ni préjudicier au surplus des l)ulles. lettres patentes, statuts et privilèges de ladite congrégation, à condition qu'il seroit incessamment Ipavaillé à la i-éformation de ladite congrégation \ » Ce dernier membre de phrase, supprimé par la |)lupart des historiens qui ont déjà publié ce texte, indique pourtajit le but que se proposaient Louis Xfll et Uichelieu. Du fait de cet arrêt, les abbayes étaient vacantes. Ouelques jours après, un second an'êt
l. Nous cilons ce texte d a| rcs la fiièce de? ArcU. Not., I. 8GÎ'. n^ \?>, el non point d'après le Mémoire imprimé en 1764 par l'abbé Claude .Mey, qui, agissant en avocat beaucoup plus qu en historien, a supprimé liabiloment les passages qui gênaient sa pl.iidoirie cl a complètement ilénatuié 1(» rvs\o do l^irbelieu.
120 RICHELIEU ET LA RÉFORME MONASTIQl'E
>• nommait Hicholieu et les meltail en écoauniat, en attendant la lalilicution du Saint-Siège. Il était difficile aux abbés de résister : l»oni Hichor se borna à demander à Hichelicu (jue les économes lussent choisis parmi les moines.
Au reste, les abbés ne tardoreiit pas à s'ai)orcevoir que le cardinal Ji avait pas eu du tout pour dessein cracquérir cinq bénéfices de plus. Il leur offrit de ne point prendre possession des abbayes que le roi venait de lui donner et de ne point solliciter l'expédition do ses bulles à Rome, s'ils voulaient s'engager à introduire la réforme dans leur congrégation. Ils saisirent avec joie cette dernière planche de salut et jiromirent tout ce qu'on voulut. Nous avons retrouvé deux des suppliques qu'ils adressèrent à Richelieu ^ : « Dom Jacques Le Mercier, abbé de Saint- Vincent du Mans, réclame l'autorité du cardinal pour procurer la réformation des monastères de Chezal-Ronoît et rétablir les Pères de Saint-Maur à l'abbaye de Saint-Vincent où la plus grande partie des religieux les désire : Dom Joseph Sanson, abbé de Saint-Sulpice les Bourges et visiteui- général de la congrégation de Chezal- Benoît, demande au cardinal d'accepter en qualité de Général suprême de ladicte congrégation de Chesalbenoist. le régime et gouvernement tant au spirituel qu'au temporel de toutes les maisons qui en dépendent, » Un concordat fut passé le 28 novembre lôS'i : les abbés devaient présenter requête au Grand-Conseil pour demander le maintien des privilèges de la congrégation et le droit d'élection triennale pour les chapitres généraux, et demander en même temps que le cardinal de Richelieu fût reconnu chef et administrateur général de la congrégation : il jouirait à ce titre d'une pension de 30.000 livres par an.
Nous ne voulons point rechercher si cette dernière clause, qu'on a si vivement reprochée à Richelieu, n'a pas été insérée dans le contrat sous la pression de serviteurs avides qui espéraient en tirer un profit, comme l'abbé de Coursan, dont nous connaissons le désintéressement. Nous prenons le fait tel qu'il est : puisque le cardinal a signé ce concordai, il est responsable de tous ses articles et de chacun d'eux. Voyons seulement ce