Avenel, t. V, p
la province, y fut envoyé avec mission spéciale de sauver la place : dès son arrivée, il prit le commandement. Richelieu avait confiance en lui : il lui écrivit qu'il était bien certain qu'il n'imiterait pas la lâcheté tles gouverneuis qui ont rendu la Capelle et le Catelet \
Pendant le siège, raconte Dom Joseph Mège ^, les moines de Saint- Pierre turent admirables de dévoùment ; ils organisèrent la prière })ublique, multiplièrent les aumônes, encouragèrent les faibles. Ils exposèrent le Saint-Sacrement et prièrent jour et nuit pour le succès des armes du roi. Le défaut de provisions ayant amené bientôt la famine, ils redoublèrent de zèle et de charité : on les voyait partout, même sur les fortifications, rendant au péril ae leur vie tous les services compatibles avec leur profession, montant jusque sur les toits pour étouffer les l)ouii)es. Mais ils furent impuissants à tenir têle au découragement des habitants qui supplièrent le gouverneur de capituler et de ne point les exposer au pillage : c'est en vain qu'ils montraient les dangers de cette capitulation pour la France. Le comte de Soyécourt dut céder : il proposa aux ennemis de livrer la place à condition que les assiégés conserveraient vie et biens, que la gaiiiison sortirait avec armes et bagages, et qu'on attendrait pendant deux jours de trêve la réponse du roi. Elle fut apportée par Saint-Preuil qui dut traverser la Somme à' la nage pour entrer dans la ville : le roi interdisait de capituler. Le gouverneur offrit aussitôt à Saint- Preuil de lui remettre ses pouvoirs ; mais celui-ci faillit être écharpé par la population, épouvantée par les conséquences d'une prise d'assaut. Corbie se rendit le vendredi 15 août, après quelques jours de siège.
Les contemporaii î crurent à la trahison. Le Mercure ne se gêna point pour di^e que « les ennemis^ corrompirent ceux qui avoient le commandement sur la garnison de la ville, par promesses d'argent et de récompenses, à leur ordinaire, comme ils
1. Le baron du Bec-Crespin avait, rendu la Capelle le 10 juillet, et le sieur de Saint-Léger quinze jours après rendait le Calelet . Richelieu leor fit faire aussitôt, leur procès ; tous deux furent condamnés à mort par contumace, el tirés à quatre chevaux en effigie le 18 aoilt.