‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 77 sur 183 · Annales, p · texte numérisé non relu

Annales, p

3. Vingt-uniesme tome du Mercure (rançois, ou Suite de riiistoire* de nottre temps. Pans, 16.51, p. 225.

lUtIIEl.Ii:i; ET LA UÉFORME MONASTIQUE

avoienl fait les autres. l)o sorte que le gouverneur et les assiégez résistèrent fort peu de temps, et ee (pfils en firent fut poui' n'esire soupçonnez de trahison et d'infidélité, (jui ne lut que trop reconnue : les assiégez estoient fort esloignez de la contr'escarpe ; les batteries qu'ils firent jouer n endommagèrent point les murailles ; davantage la ville estoit bien munie de canons, de munitions de guerre, et de soldats, qui i)ouvoient tenir un long siège, pendant lequel ils eussent esté infailliblement secourus,, au lieu de. trahir ainsi leur ro.v, et leur pairie, par une lascho reddition de la |>lace aux ennemis jurez de la France. » VObsidlo Corbciensts, aulore Antonio de Ville, publiée à Paris en 1637 par l'ingénieur chargé de la conduite des ouvrages du second siège, répète les mêmes accusations \ Les assiégés n'avaient eu que deux hommes tués et quatre ou cinq blessés. Les nombreux ennemis du cardinal, qui avaient déjà profité de la perte de la Capelle et du Catelet pour l'accuser d'aAoir laissé sans défense et -en mauvais état les i)lace& frontières de la Picardie, redoublèrent leurs clameurs contre lui.

A la nouvelle de la prise de Corbie, les Parisiens furent épouvantés. Uichclicu lui-même, en présence de la consternation générale, subit une de ces heures de profond découragement qu'éprouvent parfois les âmes les plus énergiques. Comme après chaque revers, il tremblait de perdre la faveur du roi : le Père Joseph et Mazarin durent remonter son courage. Il donna aussitôt l'ordre d'arrêter Soyécourt, Mailly et d'autres ofiîciers accusés de trahison. Le premier s'évada : il fut condamné par contumace le 25 octobre à être écartelé. Richelieu trouvait cette peine trop douce : il écrivait d'Amiens le lendemain au Père Joseph : « Le procès - de AP de Saulcourt fust jugé hier ; on l'a traité fort bénignement, n'aiant esté condamné ([uaux mesmes de St-Léger et du Bec, et sa lascheté estant beaucoup plus grande. »

1. Les folios 1-19 du tomo 40 de la Collection de Picardie à la Bibl. Nat. en donnent un résumé auquel nous empruntons le bref récit du second siège, que raconte aussi en délai! l'excellenle élude de M. Alcius Ledieu citée plus haut.

2. Avenel, l. \', p. 043. Le comte de Soyécourt fut exécuté en effigie à Vmiens le ?9 octobre : il fui réhabilité après la mort du cardinal. Le marquis de Mailly,qui ne s'était pas enfui, fut destitué et exilé de la cour pendant trois ans. Lui aussi obtint dans la suite sa réhabilitation.

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PeridaJil ce temps, les Espagnols, ù peine enlr-és dans la ville conquise, contraignirent les Bénédictins de Saint-Pierre de Cor- Itie, sous peine d'expulsion iiiiiiiédiate. à chanlei' un Te Deum et à célébrer une messe d'actioji de grâces : il fallut bien s'exéculcr. Peu après, ils veulent obliger les moines à leur prêter serment de (idélité. ( 'euxoi, |irélcrant quitter l'abbaye plutôt qiie de trahir leui* roi — la chose est confirmée par une lettre du 28 décembre de Dom Tarrisse à Dom Placitle Le Simon ' — répondent pour gagner du temps qu'il leur faut avant de poser un pareil acte la permission de leurs supérieurs, et ils députent l'un d'entre eux à Paris sous prétexte d'aller la demander. Le religieux est reçu par le cardinal; il l'informe de tout ce qui s'est passé et se porte garant des dispositions de ses coid'rères ((ui aiment mieux abandonner leur maison que promettre fidélité aux espagnols. Il eùl malheureusement l'imprudence d'ajouter <|ue, si la \'ille s'était rendue si facilement, c'est que les fortifications n'avaient pas été mises en état, et le moine naïf disait cela en présence du premier responsable, M. de Noyers, qui se trouvait à ce momerlt dans le cabinet du cardinal. Le secrétaire d'Etal fut effrayé: il songea à la disgrâce possible qui le menaçait si un pareil témoin renou\elait sa déclaration, et si le iM'uit en par\enait aux oreilles du roi. Pour parer le coup, il ne crut rien pou\oir faire de mieux que d'accuser bien haut les religieux, et de faire répandre par ceux qui étaient compromis comme lui le bruit que c'était aux moines qu'on devait imputer en grande partie la capitulation de la place, et qu'ils avaient trahi au même titre que le gouverneur et les autres officiers accusés. Richelieu laissa faire. Pour sauver son protégé, pour détourner de dessus sa propre tète les accusations d'impré\oyance qui couraient depuis la reddition de Corbie, en amusant l'esprit public par un complot et de nouveaux procès, il laissa compromettre l'honneur et la réputation de gens qu'il savait parfaitement innocents, il risqua la perle d'une abbaye de cette congrégalion dont il était le chef et le protecteur.

Louis XIII était à Chantilly quand on lui apprit ce ((n'avait été en réalité la conduite des religieux de Corbie pendant le siège. « Oh ! les bons moines ! les excellents moines ! m'ètre restés fi

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