‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 78 sur 183 · I?ii-»1. \,it.. nis. loi. IÎ700. fol. ^'^O · texte numérisé non relu

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dèles à ce point I » s'écria-l-il ; et comme quelques-uns des courtisans lui objectaient qu'ils avaient chanté le Te Deum. « Eh ! répliqua le roi a\ee son bon sens ordinaire, que peuvent faire des lioinnies désarmés '.' Xous-mèmes, quaiul nous sommes entrés en I.orraine, n'avons-nous pas exigé la même chose des moines de ce pays ? » Néanmoins la calomnie machinée par les vrais coupables fit son chemin, Richelieu laissa dire que les religieux de Corbie avaient menacé les habitants du refus de l'absolution s'ils ne rendaient la ville. Ce bi-uit se répandit et souleva l'indignation populaire : il a de tout temps été si facile aux hommes du gouvernement d'exciter le peuple contre les religieux ^ ! On commença à réclamer un châtiment exemplaire

-Mais il fallait d'abord arracher la ville au pouvoir de l'ennemi. Le roi et le cardinal mettent sur pied en quinze jours 40.000 fantassins, 12.000 chevaux, 40 canons et tous les bagages nécessaires ; puis Louis XlIT vint en personne camper devant Corbie au commencement d'octobre. Il y avait dans la ville du blé en abondance, mais pas de pain, car les moulins des faubourgs avaient été brûlés, et ceux de la ville ne pouvaient fournir à la consommation. Un moine, qui était sorti tout récemment de la place, affirmait qu'il n'y avait pas trente pièces de vin, et que la peste y faisait de grands ravages^. On prit donc le parti de la bloquer afin d'en empêcher le ravitaillement. Le 6 octobre. Monsieur arriva au camp avec Richelieu et les maréchaux de la Force et de Châtillon. Le cardinal vint souvent inspecter les travaux, tout fut fait par son conseil : il était l'àme du siège, tandis que le comte de Soissons cherchait visiblement à en retarder l'avancement. Le 26 octobre. Richelieu proposa dans le conseil de prendre la \'i\\e de vive force. Ce projet fut vi\ement combattu par quelques-uns, mais le roi finit par l'approuver : trois jours après, il se retirait à Chantilly. Le même jour, Richelieu sortit d'Amiens et alla coucher à Picquigny ; le 30, il fut reçu magnifiquement à .\bbeville : le 31. on ouvrait la tranchée à Corbie. Dès le 9 novembre au soir, les ennemis demandèrent à capituler, s'offrant à se rendre le 14 s'ils n'étaient point secourus. Ils

1 . Dom .Mège le constatait dès son temps : Xihil procliviùs vulgi mente .id credendum, maxime ubi monachis rrimina imputanfnr. (Ibid., p. 322). 2. Cf. .Alcius Ledieu. ouvr. cil., et Obsidio Corbeiensis d'Antoine de \"itle.

LES HÉXÉDICTINS AU SlÈGli: DE COKHIIO lil

sortirent en efl'el le 14; le li), i\icheli<!ii vint à Corbie et visita toutes les lortifications.

Le jour nièine où la garnison espagnole défilait par la porte d'Ancre et se dirigeail sur Arras. le l'oi signait à Chantilly une déclaration accablante contre les bourgeois et religieux de Corbie accusés d'avoir favorisé l'enlrée des ennemis dans la place et d'avoir enipèclié le roi de la reprendr*^ '. La ville était déchue de tous privilèges, octrois, iinnuinilés, Iraiichiscs, grâces, mailie, échevinage et tous droits on dépendant: le procès devait être fait contre les religieux de Saint-Benoît pour n'avoir voulu donner l'absolution aux soldats français qui se sont confessés à eux ((u'en leur faisant promettre de se rendre aux ennemis. Le procureur général Mole, à qui cette déclaration fut d'abord communiciuée pour être transmise au Parlement et enregistrée par lui, (Ml fui épouvanté. 1! manda aussitôt Dom Tarrisse, qui revenait du chapitre général de Cluny et s'était arrêté à Saint-Denis, et Icngagea à tenter un dernier effort : i»uis il se i-endit lui-même, en compagnie de Fouquet, chef du conseil de Richelieu, chez le chancelier, le suppliant do différer la promulgation de l'acte royal jusqu'à ce qu'on eût pu on parler au cardinal : le chancelier répondit que ce retard ét^aif inutile, au que le cardinal connaissait l'arrêt et que la chose avait été délibérée de son plein consentement.

Pendant ce temps. Dom Tarrisse rendait visite au Père Joseph ; mais ce fut en vain qu'il essaya de lui faire entendre raison : le capucin avait l'esprit prévenu par le récit que venait de lui faire un gentilhomme, compioinis sans doute avec ceux qui avaient imposé la capitulation au comte de Soyéeourt. Mathieu Mole fut donc obligé, après avoir retardé le plus possible, de communiquer la pièce au Parlement, qui l'enregistra le 27 novembre, mais à contre-cœur, car beaucoup de conseillers voyaient nettement qu'il y avait là calomnie et coup monté. L'arrêt d'enregistrement émettait le vœu que le procès fût instruit par les juges ordinaires : mais c'était déjà trop tard : Louis XIII avait chargé l'intendant <le Picardie de poursuivre l'affaire.

La déclaration du roi fut imprimée. Mole eut soin de n'en donner

li^ lUCllIÎLIEU ET LA ULFOUME MONAbTIOLL;

les ieuilles (jue raprès-inidi; de sorte qu'on en distribua peu cc joui--là ; |)oui-lanl plusieurs cominen(:aiont à en connaître la teneur, cl connue tout était à craindre de la part du peuple le jour de la pronudgatioii, Dom Tarrisse interdit à ses religieux des Blancs-Manteaux, de Saint-Martin des Champs et de Saint- Germain des Pi'é.s de parailie dans les rues, pour éviter un mal- Jieur. Lui-même faillit se trt)uver dans un mauvais cas. 11 était sorti avec Dom (Jypricn Le ( "Icrc, prieur de Saint-Denis, afin de tenter une nou\elle ilémarehe auprès du chancelier et obtenir qu'au moins on ne nommât pas les moines de (orbie dans la promulgation de Lairèt, lorsqu'en an'i\anl sur le Pont-Aeuf ils se lrou\èrent face à face avec un héraut qui criait à tue-tète que Corbie avait été livrée par les moines. Aussitôt la populace les entoura en vomissant contre eux foute sorte d'injures et les reconduisit jusqu'à Saint-Germain des Prés au milieu des vociférations et des menaces, qu'ils endui-èrent avec un courage admirable. Heureusement à Paris les impressions populaires ne durent qu'un jour, les moines purent de nouveau sortir sans être molestés : ils apprirent même a\ec consolation que plusieurs avaient supprimé la déclaration, persuadés ([ue c'était une calomnie.

L^om Tarrisse en\oya le prieur de Saint-Denis à Corbie, pour tâcher d'arranger les choses : Dom Cyprien Le Clerc fit une rapide enquête. Ouand Richelieu fit son entrée dans Corbie le 20 novembre, il alla au-devant de lui avec la communauté de Saint- Pierre et lui adressa im compliment. Le cardinal répondit en affirmant sa bienveillance pour les moines, mais ne craignit pas d'ajouter que Dom Le Clerc n'avait rien à craindre personnellement : « Je vous connais, je sais que vous n'êtes pas un de ceux qui ont trahi la ville : mais justice se fera sur les coupables. » Il se rendit à l'église, entonna le Te Deum qui fut continué par les religieux, et quitta Corbie.

Le même jour, l'intendant Lemaistre de Bellejamme faisait pendre à Arhiens deux habitants de Corbie, Dacheux, concierge des prisons de la ville, et Gallus, commis au grenier à sel. Six mpm])res du conseil de ville étaient emprisonnés et l'instruction juridique contre les moines était ouverte. Au commencement de l'enquête, il parut très mal disposé contre eux, et tout faisait craindre une répression sévère. Le 22 novembre, Dom Cyprien

Le Clerc alla le trouver à Amiens avec le prieur de Corbic, Doiii Laurent Fery, et le procureur, Doin Coloiubau de Lesdos, qui étaient le plus i'oitenieiit accus(4f5 de trahison. Us demandèrent à être interrogés et rendirent compte de leur conduite : l'enquête eut lieu les '^:^, 23 et '^i novembre. La première impression de AL de Bellejamme lut déla\'orablc. 11 déclina la proposition de Dom Cyprien Le Lleic de remplacer par d'autres religieux 'de la congrégation ceu.\ de.Corbie, et exigea le renvoi des Bénédictins. Il faut ajouter que l'un de ses principaux griefs était que la congrégation de Saint-Maur avait reçu le jour de celle de Lorraine, et que les Bénédictins français entretenaient des relations journalières avec Tévêque de Verdun, sous les yeux duquel se tramaient tous les complots contre le roi et le cardinal. Il écrivait le 22 novembre au chancelier Pierre Séguier :

« ...J'ay interrogé ' le prieur et un autre religieux de Corbie el leur ay donné la maison des Minimes de cette ville pour prison avec deffenses de désemparer. Je vous envoiray l'interrogatoire au premier jour, et vois qu'ils en recognoisscnt assez pour n'estre pas exempts de crime par leur propre confession.

« .Monsieur d'Amj'ens et moy faisons estât d'aller demain a Corbie, et de faire sortir les sept religieux qui restent en l'abbaye, en la place desquels on mettera six bons prestres séculiers, pour servir l'église et garder la maison, attendant que vous ayez ordonné de ceux qui auront a y demeurer. J'ay veu icy le prieur de .St-Denys (jui prétend qu'on se contentera de changer les personnes et (pi'ils auront liberté d'en envoier d autres ; mais il rae semble qu'il est nécessaire d'en mettre d'un autre Ordre, et est a propos, Monseigneur, que soiez adverty comme la congrégation qu'ils disent a présent de Clugny est la mesme qui a commancé à Verdun, et par les responses des religieux, ils confessent qu'ils ont veu et conféré avec l'evesque de Verdun depuis la prise de Corbie. J'estime que cette considération est de conséquence Je feray garder l'argenterie du trésor dont Af de

Chartres a faict inventaire. Pour les reliques, j'apprends qu'elles sont transportées à Paris, a ce que disent les religieux...

« J'ay estimé plus n propos de mettre des prestres séculiers que

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