Bibl. \at., ms. fr, 17370. fol
144 RICHELIEU ET LA RÉl'ORME MONASTIQUE
des religieux à Corbie, attendant la resolution, d'aultant que les réguliers ne se conduisent qu'axec difficulté...
, Lemaistre
A Amijens ce sarnedy 2-J'"'' novembre 1636. »
Le lendemain, 23 novembre, le roi lui donnait commission pour mettre des religieux en l'abbaye de Corbie :
« Désirant ^ pourvoir à ce que le service divin soit fait en l'église abatialle de St Pierre de notre ville de Cor'bie par des personnes religieuses qui s'en puissent dignement acquitter au lieu de ceux (|ui y ont esté jusques a présent se trouvant compris dans le crime de perfidie et de leze-majeslé... »
Trois jours après, l'intendant annonçait au chancelier qu'il faisait travailler le plus vite possible aux réparations du réfectoire et des greniers de l'abbaye de Corbie, puis ajoutait :
« Je vous envoie ^ l'interrogatoire du Prieur de Corbie, par lequel vous verrez ce qu'il recognoist, et je trouve encores par les despositions des habitans qui ont esté arrestez que les religieux ont bien aidé à faire rendre la ville a l'ennemy ; mais je ne remarque auciui soupçon d'intelligence et crois que c'a esté la crainte qui leur a faict faire, ce qui ne les excuse pas, aiant beaucoup manqué a mon advis. J'ay envoyé des prestres séculiers au lieu des religieux qui ne sont encores tous sortis : il en est resté trois malades et deux pour les assister. L'on a choisy de bons ecclésiastiques qui sont curés des villages bruslez et auxquels il ne reste aucun moien de vivre, et par ce moien Ton faict une grande charité. Aussy que je trouvois trop de difficulté à mettre des religieux d'un autre Ordre pour un temps et, s'il y a quelque changement a faire, il vault mieulx que ce soit tout d'un coup...
Lemaistre
A Amiicns ce '2ff novembre 1636. «
1. Arrhivos do la Guerre, t. 32, pièce 4. minute. ?. Bibl. \af.. 111.=;. fr. 17370. fol. l.-.O.
LES BÉNÉrUCTIXS AL SlÈGli UF, CORBIL; 145
Mais il apprit sur ces ciitrerailcs (luc le décret du roi avait été promulgué à Paris, il y avait ht irrégularité de [)r()cédure, car lalTaire devait passer devant son tribunal avant d'être portée au Conseil du roi. Il s'éleva aussitôt des soupgojis dans l'esprit de cet homme intègre : pourquoi aller si vile et condamner ainsi solennellement des gens qui n'ont pas encore été jugés? Il procéda à un iK.uvel interrogatoire le 0 janvier 1637 : plusieurs officiers français de la garnison de (.'orbie témoignèrent de la fidélité des religieux el de leur zèle a défendre la vill(>. Aussi, par sentence du l 't janvier, remit-il les deux religieux accusés aux mains de Dom t"yi>rien Le Clerc, pour éli'e conduits dans un monastère et interrogés par le supéi-icur général de la congrégation : c'était reconnaître leur innocence. Ils ([uitièrcnt aussitôt le couvent des Minimes d'Amiens, où ils avaient été reçus avec une générosité et une aflectiou dont on conscr\a toujours le souvenir reconnaissant à Saint-Maur. Dom Grégoire Tarrisse fit procéder les 8, 9 et 11 février à un interrogatoire en forme, dont il envoya le procèsverbal à M. de Hellejanune '. A ce moment, le cardinal de Richelieu n'avait plus rien a craindre ni pour lui-même, ni pour le surintendant des fortifications, M. de Noyers : la comédie axait o})lenu son succès el ne l'intéressait plus désormais. Depuis <piel(]ue temps déjà, il a\ail envoyé M. Fou([uet prier Dom Tarrisse de remettre d'autres religieux dans l'abbaye déserl/'e. car la peste commençait à envahir la région. Le Père Général y envoya le prieur de Saint-Martin des Champs, Dom Firmin Rainssanl. à la tèle d'une communauté. Les prêtres séculiers que révê(|ue d'Amiens y avait envoyés pour dire l'office en attendant cédèrent la [dace volontiers, sur simide révocalion. Dom Rainssant y demeura jusqu'à l'arrivé(^ du nouveau supérieur. Dom Rernard Tidienf.
L'intendant d'Amiens était chargé de réparer Corbie, et il continuait aussi à s'occuper des affaires de l'abbaye. Il écrivait à l'évèque de Chartres, en Cour :
1. M. ,\lfiu< Ledii'u louer, cit., p. fiOG-ôlî)) a publié m p.xtenao, d après lo fonds do Corliic aux Archives de la Somme, ces procès-verbaux, qui renfennent le? di-lails les plus précis sur la bonne conduite des moines pendant le siéce.
Cardin:\l de Richelitu.
146 richelieu et la néfoilme monastique
Monsieur,
Je continue ' mes courses ù Corbie, ou l'on advence fort les réparations, et trouve qu'on faicl merveilles ; mais si l'on ne fournit de l'argent, tout demeurera. Vous estes sur le lieu ou l'on peut y donner ordre.
Les Pères que l'on a envoie sont instalez ; mais ils n'ont o/.é tous y aller, la peste s'estant fort eschaul'ée dans l'abbaye. Un religieux m'a escril de votre part Je ne rien faire pour la bibliothèque. J'attends de vos nouvelles sur cela...
Lemaistre Bellejamme
A Amyens ce 12" décembre 1636
L'abbaye a\ait en effet excité des convoitises pendant la durée du procès intenté aux moines. On la regarda volontiers comme un lieu abandonné, un bien sans maître. Les uns demandaient une partie du trésor, d'autres églises le réclamaient tout entier ; les uns s'inscrivaiejit pour avoir les dépendances de l'abbaye ; d'autres, comme les Feuillants, préféraient l'avoir tout entière : ils demandèrent aussitôt à Févêque de la leur donner. Mgr Le Fèvre de Caumartin trouva la requête intempestive et répondit que pareil transfert de propriété n'appartenait pas à l'ordinaire, que d'ailleurs la congrégation de Saint-Maur n'avait point subi de sentence de bannissement et que ses biens n'étaient pas confisqués. C'était la bibliothèque surtout que l'on regardait d'un (cil d'envie. C'était un trésor unique : M. Léopold Delisle en a décrit complaisamment les richesses^, affirmant que « cette bibliothèque, l'une des plus co'nsidérables qui aient existé en France au moyen âge, est uni(iueme,nt due au zèle des moines, qui, depuis le VHP siècle jusqu'au XV*, travaillèrent sans relâche à l'enrichir, soit en copiant, soit en achetant des manuscrits. »
Pendant toute l'occupation espagnole, les Jésuites qui accompagnaient l'armée victorieuse passèrent la meilleure partie de leur temps à travailler dans la bibliothèque de l'abbaye ; mais