Bibl. Nat., ms. fr. 17370, fol
2. Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, t. TI, p. 104-141 ot 427-440.
ils respectèrent le 'bien d'autrui et pas un volume ne disparut'. Le danger l'ut beaucoup plus grand lors de la reprise de la ville l>ar l'armée du roi. L'évêque de Chartres, Léonor d'Etampes de Valeiiçay, pour l'aire sa cour à Richelieu, grand amateur d'œuvres d'art, proposa de confisquer les manuscrits de Corbie afin d'en enrichir la bibliothèque royale, ou peut-être celle du cardinal lui-même ; Mathieu Mole et le Père Joseph souiiaient assez à ce projet. En attendant une décision, il mit des factionnaires à la porte de la bibliothèque. Les religieux se plaigTiirent de la présence de ces soldats, qui ti-oublait les exercices de la vie monastique, et on mura la porte. Malgré cotte précaution, il y eut des fuites : Dom î\Iège remar(|ue avec regret qu'un ancien manuscrit de Tite-Live^, écrit il y a plus de mille ans, et provenant de Corbie. se trouve à présent dans la bibliothèque du roi. D'autres furent enlevés j^ar les moines eux-mêmes et cachés avec soin en attendant la solution définitive du procès.
Dom Tarrisse s'émut Aivement du péril de cette spoliation, et lit agir aussitôt les plus hautes influences afin de conserver à sa congrégation ce magnifique instrument de travail et cet inesti mable trésor. Il exposa ses droits dans une requête adressée à Richelieu au commencement de décembre 1636.
Monseigneur,
Vos très-humbles ' relipfieux et dévots orateurs, les supérieurs et religieux de Aostre congrégation de Saint-Benoist, autrement dicte do Cluny et de Saint-Maur, sur les advis qu'ils ont eu que Monsieur l'intendant de la justice en la province de Picardie avoit dessein de faire transporter à Paris les manuscrits qui sont ou l'abbaye de Corbye, reraonstrent avec toute humilité à Vostre Erainence que c'est le labeur de leurs pères, qui ont esté les autheurs d'une partie d'icenlx et ont transcrit avec beaucoup de soin et de
1. Dom Mège fait à cpMc, occasion une remarque amusante et quelque peu malicieuse : Quorum (Jcsuitarum) nonnulli, quamdiù hosti.s Corbeiam tcnuil, vix pedem ex aula libraria moverunt, vix oculos a codicibus ; et mirum quod manus eliam valuerint continere. Sanè continentiac liujus pœnituisse illos audivimus, et non absque stupore pro tanto miraculo gratiaç Deo egimus (p. 330).
2. M. Léopold Delisle n décrit ce ms., ouvr. cit., p. 13.5. 11 a publié aussi la requête de Dom Tarrisse.