Bibl. Nat., Coll. de Picardie, t. 16. fol. Ifi
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diligence les autres, lesquels ils ont aussi soigneusement conservez, voir* les ont rachetez à grand prix de ceux <jui les avoient enlevez, et est à craindre que, s'ils sortent de leurs mains, ils seront bientost dissipe/, et perdus, n'y ayant personne qui soit si jaloux de conserver l'héritage de leurs pères que les propres enfants. Aussi est-on d'accord que le public doit à l'ordre de Saint-Benoist la plupart des bons livres dont il jouit et retire le fruict aujourd'huy, qui ont esté mis en lumière ou par les religieux de l'Ordre, ou autres personnes doctes, qui ont eu beaucoup plus de liberté de les voir et étudier dans les bibliothèques des religieux qu'ils ne sçauroient avoir ailleurs ; que, demeurans dans l'Ordre, les religieux qu'on a soin il'y faire advancer aux letres seront encouragés par l'exemple le leurs devanciers de se rendre plus studieux et diligens de les miiter, non moins en doctrine que en piété : mesnie qu'à présent aucuns d'eux s'en servent pour donner au public d'anciens autheurs <jui n'ont jamais esté imprimez et sont déjà sur la presse bien advancez, pour estre dédiez à Vostre Eminence ^ ; que, s'ils sont privez des dicts manuscrits, leurs travaux seront inutiles, et eux et leurs autheurs perdront tout courage de s'appliquer c\ après à l'étude.
Ce considéré. Monseigneur, et que c'est une des premières grâces que vos très-humbles religieux et enfants ont demandée à Vostre Eminence depuis l'institution de vostre naissante congrégation de Saint-Benoist, il luy plaise avoir agréable que les dicts manuscrits demeurent en la dicte abbaye de Corbye, ou, si elle aime mieux, pour plus grande seureté qu'ils soient transportez en l'abbaye de Saint-Germain, oii il y en a plusieurs autres anciens, ou bien en son prieuré de Saint-Martin des Champs. Et les supplians continueront leurs vœux et prières à Dieu pour la santé et prospérité de Vostre Eminence et pour l'accomplissement de ses pieux et généreux des- .seins, et laisseront à la postérité la mémoire perpétuelle d'un si insigne bienfait.
La requête obtint lui plein succès. L'é\ êque de Chartres, de qui venait la proposition première, s'en remit à l'arbitrage de Mathieu
1. Dom Hugues Ménard donna on 1042 son édition du Sacramentaire de Paint Grégoire, avec une épîfre dédicatoire à Richelieu, où il se disait «ejus congregationis alumnus quae te suum instauratorem agnoscif, quae suh au.pv»icii« tuis niinquam non secundis nova quotidie incrementa suscipil, ac «tatum suh tua auctoritate hactenus tutum obtinuit, et lua benevolentia florentem habet. ex tua felicitale propemodum heatum sperat. » Le môme auteur avait aussi préparé l'édition de l'épître de Saint Barnabe, qu'il avait découverte dans un manuscrit de Corbie. Cet ouvrage posthume fut publié par Dom d'Achery en 164.'S. et dédié à Mathieu Mole, premier Président au Parlement de Paris.
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Mole cL celui-ci, conune il fa 11 ail s'y atleiidre, décida de laisser la bibliollièque à ses léL-ilinies possesseurs. iJom 'rarrisse, se, sou- \ciianl du l'ciil «lui avait menacé une première fois l'abbaye à cause de sa situation près de la Ironlière, juuea |H'udenl de l'aire transporter à Saint-< iermain des Prés les plus i)rc(ieux manuscrits : cela se fit à la lin d." IR3.S el Dom Anselme Le Michel fut chargé d'opérer le triage. Son choix, remarque M. Delisle, fut des plus heureux, el porta surtout sur les textes anciens qui devaient senir aux belles publications de Dom Luc d'Acher}'. Il semble bien que Richelieu n'eût pas été fâché d'acquérir poiir lui-même ce précieux trésor. Passant plus tard à Corbie, en juillet 1640, il dit au prieur, Dom Antoine Allard. qui l'était venu saluer : « Vous n'avez pas voulu placer \os livres sous ma garde: ils eussent ('té mieux cependant qu'à Saint-Germain des i*rés. » De fait, la collection eût peut-être évité ainsi le vol de 1791, qui fit entrer à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg A'ingt-cinq des plus précieux manuscrits, et se retrouverait complète aujourd'hui dans les dépôts de la rue Hichelieu ; mais le cardinal ne pouvait le prévoir.
La bibliothèque et l'abbaye étaient sauvées ; d'autres religieux de la congrégation étaient allés remplacer leurs confrères dans les stalles du chœur de Saint-Pierre : pourtant tout danger n'était pas définitivement écarté et de plus il fallait obtenir une réparation publique. Le pieux et saint L)om Tarrisse voulut par uu acte solennel mettre sa congrégation sous une protection beaucoup plus haute cA plus puissante que celle du cardinal de Richelieu. Le ](') février 16-37, quelques jours après les interrogatoires de Dom Fery et de Dom de Lesdos dont nous avons parlé plus haut, il assembla à Saint-Germain des Prés les principaux supérieurs de la congrégation et, de concert avec eux, fit \m vœu à la Très Sainte Vierge pour la remercier des grâces qu'elle avait départies déjà à la congrégation naissante, en particulier « en l'affaire ' de Corbye qui luy a donné mie sy violente secousse qu'elle sembloit estre tout à fait renversée. Dans eette calamité sy grande, aiant eu recours à la \'ierge sacrée par des vœux particuliers, Noslre Seigneur ([ui ne peult desnier jamais