Bibl. Nal., ms. lat. 12790, fol
AFFAIIŒ DE S Vl\'r-V\ AMHtlMJ:; 157
d'Urbain \ 111 un brcl conlianl ù lliclielieu iexamen de ce couOit de juridiclioa.
Déjà les larmes de (.elle Icllrc poulilicale élaiciil pleins do bien- \eillance pour les lelitjieux : le cardinal, qui connaissait le caractère l'ougueux et emporté de Mgr de Marlay et d'autre part connaissait et aimait les moines de Sainl-Maur et qui surtout n'aimait pas le désordre, ne pouvait longtemps hésiter sur la décision à prendre. 11 y mit toutes les lormes. Une première lettre engagea rarchevè(|ue à arranger les choses par la douceur ; une seconde lettre, ù la fia de décembre 1637, demanda sur un ton plus terme que lût terminée à lamialjlc « l'odieuse conloslation alin de ne pas le inetti'o dans la nécessité de la finir d'une manière qui ne lui seix)it peut-iMre pas fort agréable ». Mgr de llarla\ voulut se tirer du mau\ais pas par un subterl'uge ; les religieux ne s'y prêtèrenl point. Ayant attendu assez longtemps, le cardinal de Richelieu voulut remplir la misèiuii que le pape lui avait confiée : il donna commission d'instruire l'affaire h MM. F'iacre Rivière, chanoine de Noire-Dame de Paris, docteur en droit canonique et en dioit ciAil. el .îacques I.escot, professeur en théologie à rUniversit('> de l'aiis. Iiilui- ('>\êc|uo de Chartres.
Le primat de .\orm.andic refusa de comparaître devant ces « deux méchants clercs » : il fut condnmiK- jtar défaut. Par deux fois, on lui accorda en \ain un flélai. Le 7 octobre I608. il écrivit au cardinal poui- lui demander de prendre seul en mains « celle affaire qui mérite bien voire audience et qui n'est pas viande d'écolier ». ajoutant que les moines a\aienl surpris sa religion et cpi'iis n'avaient pas besoin d'un bref de Home. « \'otre nom et \olre piété nous convi'aient assez de nous y présenter pour en passer par \ofre décision. Tout autre respect ne m'aurait pas fait mettre bas l'ordre canoni(|uc pour défendre mon église d'un si extraordinaire attentat et d'une si insigne révolte. » Il terminait en supi)liant le cardinal d'arrêter la procédure et de prendre la présente lettre « pour la plus respectueuse comparence ».
Le cardinal de llicheiieu voulut éviter un éclat, qui seul jjourrail triompher de la résist-ance du fougueux archevêque. Il arrêta la procédure, examina les dossiers, puis écrixit, le 3 novembre
158 RICHELIEU Eï LA RLFORME MONASTIQUE
1638 \ une loltrc à .Mgr de ilarlay et une lettre aux religieux de Sainl-Wandrille, où il donnait parfaite satisfaction aux deux parties. 11 y énonçait un règlement provisoire qui donnait gain de cause aux moines, et en même temps il demandait à l'archc- Aèque de leui- pardonner leur « mauvaise c<jnduite » à son endroit : la vanité de Mgr de Ilarlay était habilement ménagée. i\ous publions les deux lettres de Hichelieu d'après la minute écrite de la main du secrétaire Cherré^, en indiquant par des parenthèses les additions marginales, toutes favorables aux droits des religieux, qu'y fit Richelieu en relisant les lettres.
Mes Frères,
Ayant apris ce qui s'est passé depuis quelque temps en vo^:t^c maison au sujet d'une visite que M^ l'archevesque de Rouen y a faite, je luy escris^ pour le prier de vouloir revocquer en ma considération les jugemens qu'il a donnez contre vous, et reslablir les choses au mesme estât qu'elles estoient lorsqu'il alla faire sa visite, ce que je ne doute point qu'il ne face volontiers pour l'amour de moy. Cependant, sans entrer en la décision de vostre différend, a quoy je ne touche point, j"estime qu'en attendant qu'on y ait apporté un bon règlement, vous devez recevoir IVP l'archevesque de Rouen lorsqu'il voudra faire sa visite avec tout le respect et l'honneur qui est deub a sa personne et a sa dignité, pourveu qu'il se contente de visiter l'église, le St Sacrement et les bastimens [qui ne sont destinés pour la régularité] sans faire le scrutin [ne prendre cognoissance de tout ce qui regarde la conduite des religieux et la régularité, d'autant que tous les defaults qui peuvent s'y rencontrer] semblent ne devoir estre cogneus ny corrigés que par les supérieurs réguliers : qu'il peut mesme lorsqu'il ira en vostre église y célébrer pontificalement et y faire les ordres ; et s'il estoit arrivé quelque scandale public dans vostre ville par quelques uns de vos religieux, il peut aussy a mon avis en prendre cognoissance et y pourvoir. Je m'asseure non seulement que vous approuverez cet avis, mais aussy que vous vous y conformerez en sorte
1. Avcncl a signalé ces deux IcUres à trois reprises, sans qu'on sache pourquoi, d'abord sous la dale inexacte du 3 novembre 16.39 (t. VU, p. 250- 251), puis dans le morne t. Vil, p 1038-1039 et dans le t. Mil, p. 348.