IV. — Réforme de Sainï-Mautin des Champs
Ce prieuré occupait dans l'Ordre de Cluny le premier r.ing après l'abbaye-mèrc. Nous avons vu déjà que Richelieu avait obtenu un iiulult apostolique lui permettant de posséder à la fois l'abbaye de Cluny et ce prieuré qui en dépendait. Il avait refusé, en janvier 1633, de le donner au cardinal Antoine Barberini, sous prétexte qu'il ne pouvail en disposer qu'en faveur d'un Français', l'avait conféré au cardinal f.a Valette, lequel s'en était démis la même année, n'ayant pas réussi à y introduire la réforme. En novembre 1033. le prieuré faisait retour a Richelieu qui en prit possession par procureur.
Les moines qui l'habitaient ne redoutaient rien tant que la réforme, dont ils avaient pourtant un besoin extrême. Mais le moyen de l'éviter, alors qu'ils avaient Richelieu à la fois comme prieur commendataire et comme général d'Ordre ? Le sousprieur, Dom Claude de Santeny. au nom de ses confrères, fit opposition à l'union entre Cluny et Saint-Maur^ : Richelieu, indigné de cette démarche audacieuse, le déposa de ses fonctions. Quelques réformés de Cluny et surtoiit les Pères de Saint-Vanne qui s'étaient joints à eux, obsédés par le désir d'avoir une maison à Paris, trouvèrent l'occasion excellente et s'offrirent spontanément à Mgr de Sourdis pour réformer la maison. L'archevêque de Bordeaux ne voyait guère, dans chaque réforme nouvelle, qu'un moyen d'augmenter les ressources de son maître et les siennes : il acciieillit l'ouverture avec empressement et ]»arvint â obtenir l'agrément du cardinal.
Les offres étaient du reste vraiment séduisantes pour un commendataire : les réformateurs s'engageaient à pourvoir, avec les seules ressources de la maison, aux dépenses d'une communauté de vingt réformés, aux pensions des anciens et aux frais considérables d'entretien et de réparation. Le prudent Dom Tarrisse, prévoyant que jamais les choses ne pourraient aller dans ces conditions et qu'un jour ou l'autre toutes ces charges retombe-
i: Cf. Avenel, l. IV, p. IVi.
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raient sur la congrégalioii de Saint Maur, fit. de sages réserves sur ce projet, reniontranl qu'on ne trou\erait jamais les ressources sufiisantes. (|u"ii laudrail contracter des dettes et que personne ne prêterait sans hypothèque. Mais les Clunistes, de plus en plus impatients, majoraient le chilTre des revenus, diminuaient les charges et criaient bien haut que Tinfluence du cardinal à Paris et à Home rapporterait mieux que des monceaux d'or. Doni Tarrisse déclina toute responsabilité, mais Richelieu laissa faire son conseil.
Le concordat fut signé le 21 février 1635, et le mois suivant le roi donna des lettres patentes ^ nonnnaiil pour introduire la réforme une commission composée de l'archevêque d'Arles, de l'évêque d'Auxene et des conseillers d'Etat de Lezeau et de Wrthamont. On avait négligé de passer un concordai avec les anciens, et ceux-ci, effrayés de voir que le chiffre de leur pension n'était pas déterminé, soulevèrent une émeute dans le quartier <iuand la commission vint pour introduire les vingt réformés et leur supérieur. Il fallut les entourer d'une escorte armée ; il y eut des violences, im moine réformé fut blessé et le sang coula. La victoire demeura à la commission ; mais une fois installés, les réformés durent traiter avec les anciens - et, pour avoir la paix, furent obligés de leur assurer des pensions excessives. Quand les supérieurs firent les comptes, on s'aperçut que les pensions et autres charges absorbaient 13.000 livres et qu'il en restait juste 1,000 pour la communauté : c'était la misère noire, d'autant qu'il y a\ait des réparations urgentes et considérables à faire. Il fallut contracter un premier emprunt de 30.000 livres, dont naturellement la congrégation de Saint-AIaur dut se porter garant, puis d'autres par la suite. Vingt ans plus tard, on n'était pas sorti encore de ces difficultés financières, et on n'avait plus le prieuré qui, au moment de la désunion entre Cluny et Saint- Maur, demeura contre toute justice à l'Ordre de Cluny.
Les anciens de Saint-Martin des Champs rendirent la vie t^^''s dure aux nouveaux arrivés. C'est eux en particulier qui. en ne les informant pas des usages traditionnels, leur firent faire une