RÉFORME DE SAINT-MÉDAHU DE SOISSONS
de l'rance, ù la tèlc de douze religieux do chœur cl d'un Irère convers, se présenta à genoux à la porte de l'église, après la grand'messe. Les anciens vinrent les recevoir avec honneur, el leur prieur, Doni Antoine Postel, fît le discours de bienvenue et entonna le Te Deum. Les Mauristes chantèrent avant midi — on était en carême — les premières vêpres de saint Grégoire, et prirent ensuite possession des lieux réguliers. Les anciens leur donnèrent les clefs du chartrier et de toutes les portes et leur livrèrent châsses, reliques et ornements « en présence de \V Philippe Pépin, chanoine et archidiacre de Soissons. représentant AP Michel Le Masle, conseiller et aumônier du Roy, prieur des Roches, grand-chantre de Notre-Dame de Paris, intendant de la maison de iVP le cardinal de Richelieu, et chargé par le Roy de l'administration du temporel de l'abbaye, et en présence de François Chrétien, conseiller et élu à Soissons, l'un des gouverneurs et échevins de la ville, et de M'' Nicolas d'Fspagny. conseiller du Roy, grenetier et bailly de l'abbaye. »
\ 1. liiii-ouMi: DE Saint-Savin-suu-Gartkmpl:.
Depuis IGll, celte abbaye était occupée à titre de bénéficiaire par le baron des Francs, sieur de Neuchèze, (pii s'y installa avec sa femme, ses enfants, ses nombreuses concubines et ses bâtards et un(^ bande de coupe-jarrets avec lesquels il se li\ra à une série (le violences el de pillages qui semblent invraisemblables au commencement du W 11* siècle. Les religieux avaient été bientôt obligés de prendre la fuite. Prosper Mérimée a raconté toute cette histoire d'un style vif et entraînant qui rend très agréable le récit de ces actes de brigandage el a publié aussi, d'après les manuscrits de la collection do ])oni Fonteneau, nombre de pièces justificatives du plus haut intérêt pour l'histoire de l'abbaye'. A la suite d'une série de plaintes et de jugements qui n'a\aient pu remédier à cette situation scandaleuse, un arrêt de la Cour des Grands .lours de Poitiers du 21 octobre 1634' ordonne « que ladite abbaye de Sainl-Savin sera refformée par l'evesque de Poictiers, ou son grand vifjuaire, assisté de deux pères religieux de l'Ordre, et la discipline monastique et observance restablies selon leur première institution. » Les violences du sieur des Francs paralysèrent cette tentative. On ne pourrait rien faire tant que le bandit ne serait pas on prison.
Richelieu s'en chargea. « M. Jacques d'Allemagne, sieur de Naillé, raconte VAbrégé de VhiMoire de Saint-Savin cité \>av Mérimée, se voyant inquiété par ce méchant liomme. trouva moyen de faire avertir Son Eminence monseigneur le cardinal de Richelieu, ministre d'Etat, de sa mauvaise vie, et Son Eminence, bien informée de ses désordres et de l'inexécution des arrêts de la Cour, y apporta l'autorité du Roy, et fit expédier une commission au grand-prévôt du Poitou de l'arrêter prisonnier. Cet ordre fut donné si secrètement, que ledit des Francs n'en put rien découvrir, et sa femme, qui étoit à Paris depuis deux ans
1. Notice aur les peintures de l'église de Sainl-Sacin, Paris. 1845, p. 30 et suiv.
2. Cet arrèl a élc publié par Alfred Barbier, Les intendants de province el les commissaires royaux en Poitou de Henri lll à Louis XIV. (Mém. de la Soc. des Anliq. de l'Ouest, 2^ série, t. XXVI. p. 608).