VII. — Kéfou.me de la Chaise-Dieu
Le cardinal de Hichelieu possédait la Chaise-Dieu depuis 1629 V Lorsque Doin Hubert Rollet était au comble de la laveur, il se donna des mouvements incroyables pour s'emparer de cette abbaye chef d'Ordre et la soumettre à la congrégation de Saint- Vaiuie. 11 échoua, comme il avait échoué dans sa tentative sur Marmoutier, et Richelieu, qui commençait à percer l'espril brouillon et l'ambition démesurée du moine lorrain, fit en l'année 1639 des ou\ertures à l)om Grégoire Turrisse, en l'invilant à tout préparer pour l'introduction des Mauristes dans le monastère. Ils signèrent ensemble un concordat le 30 avril 1640 ; et comme le dortoir était entièrement ruiné, le cardinal offrit généreusement aux moines réformés lusage de son logis abbatial en attendant que les réparations pussent être faites.
Dom Antoine Lespinasse, \isiteur de la province de Toulouse, et Dom Victor Maresclial. nommé premier prieur de la Chaise- Dieu par la diète qui venait de se tenir à Saint-Denis le 8 juin 1640, se rendirent à l'abbaye où le prieur des anciens, Dom Paul de Frétât. les mit aussitôt en possession : quelques jours auparavant, il avait fait approuver par ses religieux l'introduction des nouveaux venus. Tout se passa dans le calme le plus parfait et la ch;irité la plus édifiante et, le 9 septembre suivant,
1. « Ce grand cardinal, à qui tout 1 Ordre d(^ Saint Benoît sera à jamais obligé pour avoir favorisé de son autorité et de son pouvoir la congrégation de St-Maur, une des plus belles parties de ce gi-and Ordre, dans le glorieux dessein qu'elle a toujours eu de i-éformer les monastères de France qui ont fait profession de la règle de ce grand patriarche... prit possession le 10 juillet 1029 en la personne de Dom Amable de Frétât, prieur liers du monastère. » {Histoire générale de la congrégation de Saint Robert de la Chaise-Dieu en Auvergne, par Dom Victor Tiolier. bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, Bibl. Nat., ms. fr. 18681, fol. 144 v»). La plupart des auteurs Mauristes qui ont écrit la monographie d'un de leurs monastères ont ainsi un mot d'éloge quand ils ont à parler du cardinal de Richelieu.
Il faut signaler aii=.=i. à propos de la Chaise-Dieu, les statuts que le cardinal de La Rochefoucauld avait dressés pour les religieux anciens. le ^ avril 1624. et qui sont conservés intégralement dans le ms. fr. 14376, 49 pages. C'est un modèle parfait de ce qu'aurait dû être leur vie.
J72 KICHLI.IEU ET I.A ItLFOHME MONASTIQUE
un iiou\eau concordai l'ut signé i)ar Doni X'iclor Mareschal et par l)om Anselme des Housseaux, visiteur de la province de Chezal- Beaoil pour régler les pensions des anciens religieux qui continueraient à résider dans l'abboye et de ceux qu'on avait envoyés dans les prieurés, ainsi que celles des novices et des étudiants au collège de l'ournon. Hiciielieu confirma et ratifia ce concordat le 3 décembre 1640. Dès le 9 septembre, les Mauristes avaient commencé à célébrer fofiice, et les anciens religieux, très édifiés de leur vie, et voyant leur pauvreté, leur rendirent toute sorte de bons offices et leur donnèrent de l'argent, des meubles et du linge. Après la mort du cardinal, ils se laissèrent soudoyer par quelc|ues meneurs et changèrent complètement d'attitude avec les réformés : nous en dirons un mot dans la conclusion de cette étude.
\ m. - Autres monastères ue l'Ordre de Saint-Benoît.
Nous avons parlé déjà de ce que lit rachelieu pour la réforme de ses abbayes de Sainl-Sauveur de Redon et de Sainl-Benoît-sur- Loirc. A Notre-Dame de Pontlevoy, dont il avait pris possession le 1"' septembre 162o, les désordres et les ruines étaient grands. Dès 1624, il songea à donner l'abbaye ù réi'onuer aux Pères de la Société de Bretagne ; puis, voyant (pril laudrail des sommes immenses pour réparer les bâtiments, lournii- aux pensions des anciens religieux et entretenir les réformés, il songea un instant à supprimer le monastère et à en unir le titre à la Sorbonne ; mais bientôt il eut une meilleure inspiration en l'offrant aux Bénédictins de Saint-iMaur, avec lesquels il passa un concordat le 6 juillet 1028, dans lequel il prenait à sa charge une bonne partie des frais.
L'abbé de la Rivière, aumônier du duc d'Orléans, fut chargé d'aller signifier aux religieux anciens la volonté du cardinal : quelques-uns acceptèrent la réforme, d'autres résistèrent d'aliord, mais finirent par donner leur consentement écrit. Au moment où les Mauristes allaient prendre possession, Richelieu résigna le bénéfice à Pierre de Bérulle, docteur de Sorbonne, visiteur général des Carmélites et neveu du cardinal de même nom, lequel venait de mourir. Tout fut retardé. Le nouvel abbé dut attendre ses bulles deux ans, et pendant ce temps les anciens s'en donnèrent à leur aise : ils quittaient l'abbaye, où ils ne revenaient qu'aux grandes fêtes, si bien qu'il fallait aller chercher un prêtre du voisinage pour dire la messe du dimanche, au grand scandale des gens du pays ; et ils arguaient du concordai pour inscrire les honoraires de ce prêtre au compte de la congrégation de Saint-Maur. Dès que Pierre de Bérulle eut pris possession, le 22 mai 1631, il ratifia le concordat qu'avait passé son prédécesseur, et les Mauristes purent entrer le 20 août de la môme année.
Ils trouvèrent l'église à moitié ruinée, le chœur dépourvu de stalles et tout dépavé, les autels sans nappe et sans antipendium, la sacristie sans ornements et ne renfermant qu'un unique calice. Un seul côté du cloître restait à peu près debout : le réfectoire et le dortoir étaient n l'avenant. Les Mauristes ne s'effrayaient pas
IT'l RICHELIEU ET LA RÉFORME MONASTIQUE
Irop de ces {>oiiiljleb coudiliuiis auxquelles ils commençaient h êtrv habitués : ils se mirent résolument à l'œuvre, et au bout d'un lemi>s assez court ils purent ouvrir un collège florissant et trouver encore le moyen d'évangéliser la région.
Nous pourrions parler aussi de la réforme de Saint-Pierre de Mauriac et de la manière dont le cardinal sut mettre à la raison le marquis de Mervilliei's, qui voulait l'empêcher, du rôle qu'il jouii en 1631 lors de l'introduction des Mauristes à Saint^Germain des Prés, où éclata au grand jour le conflit entre les Conseils du roi et le Parlement, ceux-là favorisant les réformés et celui-ci soutenant les opposants, ou encore de son intenention auprès du lieutenant général de Tours, abbé de Saint-Julien, pour le prier de mettre la réforme de Saint-Maur en son abbaye, au grand désappointement des Pères Jésuites qui depuis longtemps avaient tout préparé pour y fonder im de leurs collèges.
liichelieu lut encore abbé de Saint-Pierre au Mont de Châlons à partir de 162i ; voici ce que dit de son gouvernement Dom Martin Rethelois, prieur de cette abbaye, dans sa traduction des Chroniques de Yepez, t. v, p. 466 : « Cet homme incomparable, à la mémoire duquel tout l'Ordre de saint Benoist est obligé de consacrer un monument éternel, estant Abbé de saint Pierre de Chaalons, monastère qui n'avoit plus que Tombre et l'apparence, ainsi que nous avons dit, fît venir les Pères de la Congrégation de saint Vanne pour en reparer les ruines, corriger les défauts, et restablir toutes les choses en leur premier estât, les favorisant à cet effet de son crédit et autorité, augmentant la mense conventuelle, reparant l'église, et y faisant construire à neuf presque tous les lieux réguliers avec une très grande despense. » L'abbaye tomba en décadence après la mort de Richelieu et lorsque la congrégation de Saint-Maur en prit possession en 1662. il ne restait plus que trois religieux : tout était dans un dénuement extrême : on ne put trou\er à la sacristie même une aube pour célébrer la messe.
Dom Martin Rethelois n'a aussi que des éloges pour Richelieu abbé de Saint-Arnould de Metz : « Il fut ' postulé Abbé par le