A.venel, t. IV, p
3. Cf. Henri iMoris, Carlulaire de l'abbaye de Lérins. 2^ partie, Introduction, p. XXXVII et suiv. Une lettre de la Potherie à Richelieu, datée d'Aix, 10 janvier 1G32, se plaint du mauvais état de l'abboyc de Lérins, la seule do France qui soit d'une congrégation étrangère, et où il n'y a que trente religieux ; il envoie copie de la lettre d'un religieux dénonçant la tyrannie qui règne à Saint-IIonorat, l'hostilité des Itahens contre les moines franr;iis. et réclamant une enquête. (Aff. Etr., France, Mém. et doc t. 8W,
I lO RICHELIEU ET LA KEFOKME MONASTIQUE
abbaNcs tjiia\ail Uichelieu cii coiuineiide et où la réforme ne se fît jamais ou ne se lit (iLi'api'ès lui, comme Charroux ' ou Sainl- Ui(|uier. L'abbé iiéiiocque, dans sa monumentale Histoire de l'abbaye et de la ville de Saint-Riquier, a tout un chapitre sur le cardinal de Richelieu, ciu(|uièiue abbé coinmendataire, où il l»arle en termes véhéments « des gémissements de tant d'abbayes dont il a éfvuisé les revenus ». de « ses longues dilapidalions », des « scandales de sa mauvaise administration », tout en étant l'orcé de recoimaître ijue sous la direclion de Dom Jean Martin, prieur claustral et vicaire général do l'abbé, la discipline régulière se releva et le nombre des religieux s'accrut. Au reste, quelle confiance accorder à un auteur qui dit que le cardinal fut en 1622 premier ministre d'Etat, et a écrit cette phrase jolie : « Richelieu marchait sur les traces de .Mazariu, son prédécesseur » ? U semble plus sage de s'en rapporter au témoignage d'un cjuasi-contemporain. comme Dom Rethelois. c[ui fut prieur de l'abbaye que Richelieu avait eue en commende.
Le cardinal de Richelieu eut encore à intervenir, en qualité d'abbé de Cluny, pour défendre contre les .Jésuites les prieurés clunisiens d'Alsace dont ils cherchaient à doter leurs collèges ". Romain Hny. dans son Astrum inextinctum, nous a conservé une lettre IVifine de Richelieu adressée à la congrégation des Réguliers^, où il prie les cardinaux de ne pas permettre que la prévôté de Saint-Pierre de Colmar soit distraite ainsi de l'Ordre de Cluny. L'empereur Ferdinand II venait de publier, en 1629. son
fol. 16-17.) Dans le même vnlumo, fol. 191-19i se trouve une lettre d*^ Dom Baudinot écrite de Paray-le-\Ionial. le 14 juin 1632. à Nosseigneurs du conseil du cardinal pour se plaindre de violences.
1. Dans une lettre de la fin de 1622, Richelieu donnait à Michel Le ^Ta.sle, en termes assez énigmatiques. mission de vérifier si les revenus de Charroux n'étaient jias exagérés dans l'estimation qu'en faisaient les Jésuites do Poitiers, (.\venel, I, 748) ; à la mort de l'abbé de Charroux, il demandait au roi de donner cette abbaye à Richard Smith, évèque de Chalcédoine, ou au cardinal Barberini : ce fut à lui-même que le roi la donna. (Ibid., V, 356). Dès le 31 janvier 1636, il faisait expédier les comptes d'économat. (Ibid., V, 965.)
2. Voir notamment la « Suppliqu<- des .\llemands au Pape contre les .îésuites sur l'union qu'ils font des abbayes à leurs collèges ii. 7 mars 16.î7. C\rch. Nat., L 748, no 3, pièce 25. 8 p. in-4o.)
AUTRES MONASTERES DE L ORDRE DE SAINT-BENOIT I i I
édit sur la reslitulion des biens d'église, et l'abbé d'Ebcislieim (Ebersmunster) avait voulu reprendre possession de celte prévôté au nom de lOrdre de Gluny ; mais il se heurta à l'cjpposition des Pères Jésuites ((ui la convoitaient pour leur collège. Déjà en 1G27 quelques Pères de la Compagnie étaient venus s'établir à Colmar. et ils avaient reçu l'administration de l'église de riiùpital, mais ils l'abandonnèrent en 1632, lorsque les Suédois occupèrent la ville'. 11 fut fait droit à la réclamation de Hichelieu ; mais la ville de Colmar donna de nouveau l'église Saint-Pierre aux Jésuites en 1698.
Signalons encore une leltie de llicheliou qui se trouve dans les arclii\e^ de Chantilly -, où le cardinal, « comme clief de l'Ordre de Saint-Benoist, » supplie le prince de Condé « d'avoir en singulière recommandation les maisons et monastères qui en deppendent dans le gouvernement de Languedoc, favorisant les religieux autant qu'il vous sera possible », et une suppli(|ue adressée par deux jeunes postulantes qui demandent à Richelieu, abbé de Cluny, la permission de faire profession dans l'Ordre^.
Donnons pour finir une lettre de Richelieu à Dorn Grégoire Tarrisse, qui contraignit celui-ci, par déférence pour son puissant protecteur, à accorder ce qu'il avait longtemps refusé, des confesseurs de la congrégation pour les moniales de l'abbaye de Chelles. L'avant-dernière abbesse, Madame de Lorraine, avait autrefois élu pour visiteur, de concert avec toutes ses religieuses, Dom Martin Tesnière, prieur des Blancs-Manteaux. Celui-ci avait décliné l'office ((u'on lui offrait. Les moniales s'adressèrent alors à l'évèque de Paris, Mgr de Gondi, qui a\'ail lui-même installé les Mauristes aux Blancs-Manteaux et était protecteur officiel de la congrégation : il insista vivement auprès de Dom Tesnière, mais celui-ci maintint son refus, s'excusant sur le texte formel des Constitutions. L'abbesse suivante. Madame Henriette de Bour-
1. Cf. .Sch<^epflin, L'Alsace illustrée (Iraduct. Ravenèz), Ntulhoiipe, 1852, t. V, p. 189-190.
2. La lettre est daléo do Chaulnos, 19 septembre IGH. Cf. .\vcnel, t. V'II. p. 1050.
3. Aff. Etr., France, Mém. et doc, l. 805, fol. 267 et 268. Au fol. 179 du même volume se trouve une lettre de Louise de Bourbon, abbesse de Fontevrault. au cardinal, datée du 23 décembre 1632.
Cardinal de Richelieu.
178 RICHEUEL ET I.\ HLFORME MONASTIQUE
bon, lille naturelle d'Henri 1\ , uoblinl pas un uieilleur succès. A sa mort, en 1629, Richelieu fit nommer à sa place une de ses cousines, Madame Madeleine de la Poi1e, lille de Charles de la Meilleraie.
Les moniales de Ciielles avaient toujours eu connue abbesses lies princesses du sang : elles lurcnl un peu froissées du nou\eau choix qui leur était imposé et il y eut des divisions. Madame de la Porte, pour tâcher de calmer les esprits, promit d'obtenir des religieux de Saint-Maur comme confesseurs, à la place des Augustijis qui depuis dix ans dirigeaient les religieuses, tlle s'adressa à Dom Grégoire l'arrisse ; mais toutes ses démarches demeurèrent en pure perte. Elle fît écrire par le Père Joseph : ce fut tout aussi vainement. A la tin elle fît signer une requête par toute la commimauté et la présenta au cardinal de Richelieu, en implorant sa médiation. Richelieu écrivit à Dom Tarrisse, dans les premiers jours de 1637, la lettre sui\ante :
Mon R. Père,
Le désir ' que j'ay de contribuer ce qui me sera possible, au progrès de la bonne observance en l'Abaye de Chelles, me fait vous prier d'y envoyer au plutost trois ou quatre de vos Religieux, pour y administrer les saints Sacrements, et exercer les fonctions spirituelles avec l'authorité de Monsieur de Paris, lequel l'aura bien agréable. Et sur ce que vous m'avez remontré avec beaucoup d'instances, que vos constitutions vous prescrivent de ne point prendre charge de Religieuses, je masseure que vous ne doutez pas de mon entière affection, à maintenir vostre Congrégation en toutes les choses qui servent à son avancement, dont j'estime vous avoir donné des marques certaines : mais vous considérerez bien, qu'il n'y a point de règle si étroite, en laquelle la prudence et la charité ne permettent quelque exception, que vous ne sçauriez accorder en un pins juste sujet, pour une personne qui vous ayme plus que moy, et qui se puisse tant promettre des effets de vostre bonne volonté ; en sorte que vous ne devez en cette occasion aprehender les conséquences pour l'avenir, veu mesme que cet employ ne durera qu'autant qu'il sera nécessaire, pour afïermir en ce lieulà l'union et la concorde. Je ne manqueray d'aporter tout ce qui dépendra de moy, pour vous ayder en ce saint oeuvre, vous priant de bien faire entendre à ces bonnes Religieuses l'estime que je fais de leur vertu, et que je prendray soin de leur faire connoitre par mes actions, combien j'auray à gré l'amitié et la soumission qu'elles
1. Aubery. Mémoires, édit. fie 16fiO. Bibl. \at., Ln^' IT-ilO, t. II, p. 883.
ALTRES MONASTÈRES DE l'oRDRE DE SAI.NT-BENOÎT 179
l.émoigueroiiL à leur Abesse, nui Cousine, que je recommande i)iuticulierement à vostre charitable assistance, etc.
liet'user do déférer à une invitation faite en termes si courtois était s'exposer à recevoir une lettre de cachet intimant un ordre. Dom Tarrisse céda. Au cours du carême de 16.37, il arrêta verbalement toutes choses avec l'abbesse, après avoir pris l'avis de Mathieu Violé.
Le 1" mai. il revint a Chelles,' accompagné de M. Froissard, aumônier du cardinal, et présenta à l'abbesse quatre religieux prêtres, un diacre et un frère convers. Il nomma pour prieur Dom Albert Maubreuil qui ne put venir occuper ce poste que trois mois plus tard : en attendant, ce fut le prieur de Saint-Denis, Dom Typrien Le Clerc, qui demeura à Chelles les quinze premiers jours, puis le prieur de Saint-Fiacre, Dom Laurent Féry, le même qui, l'année précédente, comme prieur de Corbie, avait presque risqué d'être pendu.
La lettre du cardinal faisait espérer que ce service de chapelains n'aurait qu'un temps, et Dom Tarrisse avait l)ien spécifié que, le calme une fois rétabli dans le monastère, il pourrait rappeler ses religieux. Mais de telles missions ne cessent jamais, et les Mauristes se trouvèrent, jusqu'cà la Révolution française, damnafi ad craticulas, selon la pittoresque expression de Dom Mège. De plus, comme il fallait s'y attendre, l'abbesse de Montmartre, princesse de Lorraine, dès f[u'elle eut vu qnr l'abbesse de Chelles avait réussi à obtenir des confesseurs Mauristes. qu'elle demandait aussi depuis longtemps pour elle-même, fît écrire par la reine Anne d'Autriche au chapitre g('Miéral pour qu'on lui accordât !a même faveur : elle s'offi-ait à loger et à entretenir douze religieux. Cette fois, les supérieurs refusèrent net et la pieuse reine ne consentit pas à leur faire violence. Le Père .Toseph vint aussi à la charge au nom de ses chères Calvairiennes. Il offrit à Dom Tarrisse des avantages immenses et s'engagea à installer les religieux de Saint-Maur dans les trois abbayes sécularisées de Saint-Mai-tin de Tours, Saint-Hilaire de Poitiers et Saint-Martial de Limoges, s'ils voulaient bien se charger de la direction spirituelle de ses filles. Il en coûta à Dom Tarrisse de contrister le saint religieux qui lui avait montré lant de bienveillance et lui avait déjà rendu de lois services : mais il n'était pas homme à violer les statuts de (a e cm s récation pour fjuelque avantage que ce fût au monde.