‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 99 sur 183 · Histoire des Ordres religieux, t. V, p. 417 et .«uiv · texte numérisé non relu

Histoire des Ordres religieux, t. V, p. 417 et .«uiv

5. Histoire générale de la réforme de l'Ordre de Citeaux en France. Avignon, 1746, p. 93 et suiv.

6. Voir les diverses brochures de la Bibl. Nat., Ld^'^ 12 à 24.

KIClltLIEl ABCÉ GÉNÉRAL DL CÎTEAUX 181

général de mai 1623 cassa et annula tout ce qui a\ail été iail déjà en faveur de la réforme ^ ; mais Dom Denis Largenlicr put obtenir de l'abbé de Cîteaux, Nicolas Boucherai, la j)ermission d'assem'bler tous les supérieurs de la réforme pour dresser avec eux des règlements de vie, et ce premier chapitre de la réforme de Cîteaux se tint le 1 1 juillet 1624 en l'abbaye des Vaux de Cemay. Dom Etienne Maugier, abbé de la Charmoye, qui l'avait présidé, fut élu vicaire général et visiteur des onze maisons qui formaient l'étroite observance : l'élection fut confirmée par l'abbé de Cîteaux, général de tout l'Ordre.

Pendant ce temps, les abbés et religieux de la commune observance, qui s'étaient fait une douce habitude de la vie relâchée qu'ils avaient menée jusque-la et tenaient essentiellement à y persévérer, avaient profité de la mort du pape Grégoire W (S juillet 1623) pour déclarer au cardinal de la Rochefoucauld que sa commission cessait par là même, et continuer à vivre à leur guise. Denis Largentier mourut au cours d'une visite canonique, à l'abbaye d'Orval, le 25 octobre 1624. Son neveu et successeur à Clairvaux, Claude Largentier, ennemi déclaré de la réforme, s'empressa de détruire son œuvre : il chassa les novices et persécuta les réformés. Ceux-ci eurent recours au cardinal de la Rochefoucauld qui, le 4 janvier 1625, adressa une ordonnance à l'évêque de Langres, diocésain de Clairvaux, le priant d'aller rétablir ce qu'avait fait l'abbé défunt et de faire cesser les désordres^. Les mitigés refusèrent l'entrée du monastère à l'évêque et en appelèrent comme d'abus au Parlement : celui-ci, selon sa coutume, donna un arrêt par défaut déclarant l'ordonnance du cardinal abusive et la commission de l'évêque de Langres nulle. Les réformés de Clairvaux furent bientôt obligés d'aller se réfugier dans d'autres monastères.

Sur ces entrefaites, l'abbé de Cîteaux, Nicolas Boucherat, mourut en avril 1625. Il y eut force brigues et cabales dans le choix du successeur ; trois élections furent cassées par arrêt du Conseil du roi comme nulles, abusives et simoniaques, et une

2. Voir les « Remontrances très humbles au roi par les religieux de l'abbaye de Clairvaux contre l'élection de Dom Claude Largentier ». Bibl. Nat., Ld'' 14.

quatrième, laite en présence d'un cammissaiic royal, proclama Pierre de .Nivelle abbé de Cîteaux. Comme le précédent, il se montra en apparence favorable à l'étroite observance, tiiiil fit confirmer au cha|)itre général de 1628 \ mais lit sous main l.ous ses efforts pour la détruire et pour l'empêcher de s'introduire dans les maisons de sa dépendance. El les désordres continuèrent dans la commune obser\ance et devinrent si publics que Louis XIII se crut obligé de demander un second bref au Souverain Pontife.

Urbain VIII le lit expédier le iU septembre 1632 : il était encore adressé au cardinal de la Rochefoucauld auquel il donnait pleins pouvoirs pour le rétablissement de l'ancienne discipline, y compris celui de transférer les religieux rebelles en d'autres maisons, qui avait pour dessein de mater les résistances, cum facultate etiam religioson huiusmodi de uno ad alùim Incum trauAlerendi. Fort de cette nouxelle délégation apostolique, le cardinal \oulul tenter pour Cîteaux ce qui a\ait si bien réussi avec les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève. Il fit signifier aux premiers supérieurs de l'Ordre le bref et les lettres patentes du roi et les convoqua à Paris pour le 15 septembre 1633. Ils se plaignirent que le délai était trop court : il remit la réunion au 8 novembre ^.

L'abbé de Cîteaux ne comparut pas, et parmi les quatre premiers abbés, il n'y eut à se présenter que l'abbé de Pontigny, Charles Boucherai, accompagné de l'abbé de Foucarmont, du prieur de Perseigne et du syndic de l'Ordre : parmi les réformés, les huit supérieurs qui a\aient été convoqués étaient tous présents. Avant de commencer les conférences, le cardinal poussa la condescendance jusqu'à députer l'abbé de la Charmoye et le prieur de Perseigne vers Fabbé de Cîteaux et les trois autres abbés pour les prier d'assister à une affaire de si grande importance pour tout l'Ordre : ce fut en ^ain. On eut beau attendre jusqu'au 8 février 1634 ; il fallut délibérer sans eux. L'assemblée se tint le 10 février à l'hôtel abbatial de Sainle-Genevièvt'. Pour qu'on ne pût pas lui reprocher Je n'avoir consulté que les supérieurs de

2. Cf. Extrait des procès-verbaux des assemblées tenues en l'hôtel de monseigneur le cardinal, pour la réformation de lOrdre de Cîteaux, 15 novembre 163.3-5 mai 1634. TBihl. Nat.. Ld'^ 18;.

RICHt;LIEU ABBÉ GÉNÉRAL DE CÎTKALX IS'-i

l'Ordre, le cardinal y invita les évèques de Senlis ol d'Auxcrre et les conseillers d'Etat Le Fèvre de Lezeaii cl de Verlluuiionl qui composaient la commission nommée par le roi pour la réforme relitrieuse. Il invila on outre deux Bénédictins de Sainl-Maur. Dom iVIaur Dupont et Dom Gyprien Le (Jlerc, deux. Feuillants, deux Jacobins réformés, deux Capucins, deux Carmes déchaussés et deux Jésuites \

Dès la première séance, ([uelques-uns songèrent sérieusement à la suppression de l'Ordre de Cîleaux, dont on regardait les religieux comme incorrigibles et endurcis dans le mal. On revint dans la suite à des niesiu-es moins radicales, en considération des quatorze maisons qui avaient déjà embrassé la réforme et de celles qui témoignaient vouloir le l'aire. Finalement on s'entendit sur ce point capital : il faut empêcher les religieux relâchés de se multiplier davantage, « afin que venant pou à peu à mourir. l'Ordre ne se trouvât plus rempli (|uc (riiunnètes gens, dont la vie exemplaire édifieroit et mettroit fin aux scandales qui avoient si fort fait crier contre cet Ordre. » C'est exactement ce que Richelieu voulait obtenir par le concordat d'union de Cluny et de Sainl-Maur dont à celle heure-lA même on arrêtait la rédaction définitive.

On dressa sur ce plan les articles de réforme. Peu après une lettre de cachet du roi ordonnait à l'abbé de Cîteaux et aux autres premiers abbés de venir incessamment à Paris se présenter au commissaire apostolique sous peine de désobéissance, il fallut réitérer l'ordre, et ils n'arrivèrent (|ue deux mois après, le 30 avril 1634. Ils cherchèrent encore à gagner du temps, puis, le 5 mai, présentèrent un projet de règlement qu'ils s'engageaient à suivre et à imposer dans tout l'Ordre. C'était exactement le même que celui qu'on avait dressé en 1623, en vertu des pouvoirs donnés au cardinal de la Rochefoucauld par son premier bref, et dont euxmêmes depuis dix ans avaient constamment empêché l'exécution après l'avoir fait casser par le chapitre général. Le cardinal leur dit .nettement (pi'il ne s'agissait pas do mettre sur lo papier de belles ordomumces qui ne seraient jamais observées — le passé l'avait prouvé — : mais qu'il fallait une réforme véritable, sé-

1. Dom Gervaise. nuor. cit., p. 122. donno fou> !os nom-; des mombrc do l'assemblée et le détail de leurs délibérations.

18j lilClIF.I.lEl LT LA HÉFORME MONASTIQUE

rieuse, sincère, cl qu il élail résolu à user des pouvoirs que lui tlounait son bref pour lintroduire. En dépit d'une triple sommation, ils refusèrent de signer les procès- verbaux de la conférence.

Dès le lendemain, le cardinal fil annoncer la visite canonique au collège des Bernardins : il s'y rendit le \) mai, accompagné des évêques de Senlis cl d'Auxerre, de MM. de Lezeau et de Verlhainont et de deux abbés de rKtroite Observance. La visite dura In lis jours, durant lesquels les j^remiers abbés de l'Ordre, qui demeuraient au collège, ne parurent point : dès qu'ils apprirent que ce qui se passait dans le collège avait déterminé le cardinal à publier son ordonnance, ils le dénoncèrent au roi comme voulant violer les lois du royaume et fermer à la noblesse les portes des plus 'beaux asiles pour léducation de ses enfants. Il fut facile au cardinal de se disculper dans une lettre au roi qu'il fit imprimer en juin 1634 avec le projet de son ordonnance. Louis XIII ap{)rouva le tout et l'ordonnance fut signée le 27 juillet 1634 : deux jours après, le cardinal la fit signifier à l'abbé de Cît^aux et aux quatre premiers Pères,

LUe comprenait 31 articles ^ : L'un des évêques, assisté de supérieurs de l'Ordre, fera la visite de Cîteaux et y introduira les réformés ; on \isitera de même les quatre filles de Cîteaux. la Ferlé, Pontigny, Clairvaux cl Morimond ; jusqu'à ce qu'un réformé soit élu abbé de Cîteaux, on établit un \icaire général et deux assistants pris parmi les réformés ; le collège des Bernardins à Paris était dévolu aux réformés. Il est incontestable que cette ordonnance dérogeait en beaucoup de points à la Charte de Charité et aux anciennes constitutions, en particulier pour la juridiction de l'abbé de Cîteaux et la réception des novices. Le cardinal du reste ne s'en cachait pas : ce qu'il voulait, c'était écarter l'ancienne observance pour lui substituer la stricte observance. -\ous l'avons remarqué déjà en parlant de Cluny, il ne semble pas y avoir eu au début du XVIP siècle d'autre solution 'lu problème de la réforme : le double exemple de la congrégation de .'^aint-Vanne et de celle de Saint-Maur en fut la démonstration \ivante.

1. Dom Gervaise, ourr. cit.. p. 133-143 donne en entier lordonnance. Elle pxiple en brochure h la Bibl. \at.. Ld^^ 18*.

RICHELIEL AUBÉ GÉNÉRAL DE CÎTEALX 185

Un article de rordonnaiice disait bien que l'abbé de Cîteaux et les quatre premiers abbés demeuraient dans leur autorité et supériorité ; mais en fait le vicaire général de l'étroite observance devenait l'unique et véritable supérieur de l'Ordre. Seuls les rélorinés pouvaient recevoir des novices. J^es anciens religieux seraient entretenus honnêtemenl, mais ne rempliraient aucune charge ou dignité et seraient privés de voix active et passive dans l'élection de l'abbé. Le tout, on le voit, était calqué exactement sur ce qui se faisait à Cluny à la même époque. « C'étoit, remarque avec raison Dom Gervaise, aller à la racine el couper le mal par le pied. En moins de vingt ans on auroit vu tout l'Ordre de Cîteaux en France parfaitement réformé sans user de violence, sans avoir recours à des remèdes extrêmes, sans faire tort à personne : ne recevant plus de novices que pour l'étroite observance, les mitigés alloient cesser d'être en peu de t«ms ; la réforme étant dans Cîteaux, la communauté auroit sans doute choisi un religieux de son observance pour être Général, à la mort de celui qui l'étoit alors. )>

La plupart des historiens ont prétendu (pie le cardin^al de la l^ochefoucauld avait dépassé ses pouvoirs et qu'il n'avait pas le droit de supprimer ainsi cette commune observance que plusieurs Souverains Pontifes avaient jadis solennellement reconnue, ni même de changer son régime, son gouvernement, sa hiérarchie ; les mêmes arguments ont été produits à l'époque par les religieux de l'ancienne observance de Cluny qui s'opposaient à l'union \'ouluc par Richelieu au nom de leurs antiques statuts et privilèges. Nous avouons n'admettre la valeur de cette objection pas plus pour Cîteaux que pour Cluny. Pour construire une maison solide sur un même emplacement, il faut de toute nécessité démolir l'ancienne jusque dans les fondements ; l'Evangile nous apprend qu'on ne doit pas coudre un drap neuf à un drap usé, et encore une fois l'exemple historique de Saint-Vanne et de Saint- Maur est là pour montrer qu'on pouvait trouver en France un nombre suffisant d'éléments jeunes et fenents pour remplir les monastères et y faire revivre dans toute sa rigueur l'antique discipline. .\ous verrons que le cardinal de Richelieu ne comprit pas les choses autrement.

l(St) niCHKUtl ET LA ItÉronMIi MON'ASTIOUE

L'oiiiine on devait s'y utteiKlie. les premiers abbés de l'Ordre prolestèrent aussitôt. Le 2 atnlt 1634, ils en appellent an Sainte • Siège de toute la procédure du cardinal de k Ilochefoucauld ; puis les abbés de Cîteaux, PonliQiiy et Clairvaux écrivent au roi an nom de tout l'Ordre, lui demandant de surseoir à toutes choses jiis(|u'ii ce que leur appel l'ùl jugé, et promettant de travailler eux-mêmes en attendant à la n'forme des monastères \ ils écrivent en même temps an cardinal de Kichelicn <( Chef généralissime, Restaurateur, Réformateur et Protecteur <le tout l'Ordre de Cisteaux, » le suppliant de vouloir bien prendre ce titre et lui promettant en retour entière participation aux suffrages de tout l'Ordre -. Ils espéraient ainsi relarder les choses, vu les lenteurs habituelles de la cour de Rome, et arrêter to\it changement jusqu'à la mort du cardinal de la Rochefoucauld qui était très vieux, ou du moins jusqu'au ierme de sa conunission qui ne lui a\ait été donnée que pour trois ans^.

I.e Conseil du roi accueillit la requête des premiers abbés de Cîteaux. Une commission fut nommée, où l'on ne mit aucun de ceux qui avaient assisté à l'assemblée du 10 février précédent et élaboré le plan de l'ordonnance qui faisait l'objet du litige. Les archevêques d'Arles et de Tours en faisaient partie avec quatre ^conseillers d'Etat, quatre docteurs de Sorbonne et de nombreux relisrieux. parmi lesquels Dom Grégoire Tarrisse. Dom Hubert Rollet. le prieur de Saint-Denis et celui des Blancs-Manteaux. Le roi leur remit la requête des cinq abbés cisterciens et leur demanda de faire vite. Aussitôt les appelants, se jugeant d'avance

1. Cette lettre, avec les signatures autographes, se trouve en double exemplaire aux Archives des Aff. Elr., France, Mém. et doc, t.. 810. fol. 332 et 335.

2. La lettre au cardinal se trouve également en double exemplaire dans le même volume, fol. 337 et 341. Une autre lettre des mêmes au même Cfol. 339) lui demande de les défendre contre une prétondue réformalion qu'on veut introduire dans l'Ordre de Cîteaux. Il faut signaler aussi au fol. 392 une lettre très intéressante do la Rochefoucauld à Richelieu, datée de Paris, 14 août 1634. touchant l'étroite observance de l'Ordre de Cîleaux. Nous nous contentons de signaler ces pièces : les publier au cours de celte étude serait nous étendre hors de notre sujet.

3. Voir r « Apologie pour l'Ordre de Cisteaux contre un projet de sentence pour le restablissement de Tobsen^ance régulière n. Paris, 1635. 60 p. in-4°. (.Arch. Xat.. L 7'iS. dossier n" 3. pièce 15).

RICm;i.IliL ABUÉ GÉNliUAL DE GÎTKALX 187

ceiiaiiijj d'élx'e coiicianiiiés à obéir, déclarèi-eiil se désister de cette procédure.

lit; cherchèrent ensuite accès auprès du cardinal de Richelieu. C'était tomber de Charybde en Scylla. Ils espéraient peut-être exciter sa jalousie contre le cardinal de la Rochefoucauld, et de lait ils se plaignirent amèrement à lui des mauvais iraitements qu'ils avaient subis et le supplièrent de leur donner lui-môme un règlement pour l'Ordre, et d'accepter à cet effet les titres et qualités de Chef généralissime et Prolecteur de l'Ordre de Cîleaux. Le cardinal n'était pas homme a s'y laisser prendre : il connaissait leurs précédentes manoeuvres, ayant assisté aux Conseils du roi qui s'étaient occupés de l'affaire ; il savait bien qu'ils ne pouvaient lui donner ce litre de Protecteur que seul le pape était en droit de conférer et dont au reste le cardinal de la Rochefoucauld était pourvu depuis longtemps. Néanmoins il accepta la mission, et se chargea volontiers de lerminer le différend, après leur avoir fait promettre qu'ils se soimiettraient entièrement à ses ordres. Richelieu voyait que !a situation de Cîleaux était exactement parallèle ;i celle de Cluny : il chercha à y remédier par le même moyen.

Il fit élaborer par son conseil de conscience des articles de réforme qui ressemblaieni à s'y méprendre à ceux de l'ordonnance de la Rochefoucauld. Les diffc-rences ne portaient que sur des points de détail : Tabbaye de Cîleaux, ainsi que les quatie premières de l'Ordre et les monastères de l'étroite observance seraient visités par des Rénédictins nommés par Richelieu, et ceux-ci assisteraient ensuite comme amis à un chapitre con\'oqué h Cîleaux pour le P"" octobre 1635. Ce chapitre déciderait que seuls les réformés pourraient recevoir des novices, qu'ils auraient un vicaire général, que les supérieurs ne pourraient rien innover ni altérer dan?> les statuts de l'étroite observance ; que le vicaire général seul nommerait les prieurs des maisons réformées. Le collège des Rernardins de Paris diîmeurait aux réformés. Ces articles une fois rédigés, le cardinal se rendit en mars 163.5 à l'abbaye de Royaumont, où il séjournait volontiers, et dont l'archevêque de Bordeaux. Mgr de Souirljs. était abbé commendataire : il y convoqua l'abbé de Cîleaux et les quatre premiers abbés, pour leu" en ordonner rexécution. Cette soi-

disant niaiiu;Livi"e a viveinenl scandalisé les historiens passionnés qui s'obstinent à ne rien comprendre à l'intelligence de Richelieu ; car enlin il n'y avait qu'une solution au problème, la Rochefoucauld lavait formulée une première fois. Richelieu ne pouAait que l'imposer à nouveau. L'abhé H. Duclos, dans son Histoire de Hoyaiimoni, a en particulier quelques pages d'indignation du plus haut comique '.

Le cardinal premier ministre ne pouvait que prendre le parti des réformés : il le prit nettement et dit dès l'abord aux cinq abbés cisterciens : m Vous m'avez demandé que je travaillasse moi même à \otre réformalion, pour vous délivrer, disiez-\ous, des dui-etés et des injustices de M' de la Rochefoucauld. J'ai bien \oulu vous faire ce plaisir, me fiant à la parole que vous m'avez donnée, que vous vous soumettriez à tout ce que j'ordonnerois : \oici ce que j'ai cru on conscience et pour le bien de votre Ordre devoir régler. En serez-vous contens ? » Et il leur présenta le cahier contenant les règlements. Il n'y avait qu'à s'incliner, car il était infiniment plus redoutable de manquer de parole à Riche-

• 1. Tome II, p. 190-210. 11 faut citei" textuellement, car c'est à peine croyable : « On s'attendait à quelque découverte heureuse que Richelieu tirerait de son génie de Machiavel du bien... L'idée provocatrice de la conférence avorta, et cette journée pourrait se nommer la journée des avortements... Richelieu n'aboutit qu'au ridicule et à l'impuissance, et la conférence de Royaumont du 25 mars 1635 ne devait être qu'une scène de mystification et de déception... Richelieu, habile en tours, se flattait de faire accepter sous un déguisement ce qui avait été refusé déjà. Les grands hommes ont des procédés mesquins ; ils sont petits et inconséquents à certaines heures et par certains côtés. Pourquoi une scène de comédie dans une affaire grave?... On ne saurait caractériser trop sévèrement la tournure grotesque que Richelieu donna à la conférence de Royaumont, sorte de guet-apens... Quand ces cinq abbés signèrent, il semble qu'ils éta'ient encore sous la terreur de l'exécution capitale du maréchal d'Ornano et du duc Henri de Montmorency... Cet aspect sévère du cardinal, ces deux moustaches et cette barbe qui amoindrissaient l'ovale de cette figure maigre et pâle, cette expression impo.«ante et froide durent transpercer les supérieurs des abbayes cisterciennes... Richelieu fut petit à Royaumont, quoiqu'il y ait paru comme un souverain de Gondar, avec quelque appareil d'intimidation. (Une note de l'auteur a la bonté de nous expliquer que « Richelieu n'avait pas des lions près de lui, mais il avait une volonté et une inflexibilité » (sicj... Ce n'était pas l'homme des grands horizons de l'idée... Peu philosophe et peu moraliste, voilà Richelieu. » Et voilà aussi les phrases que nous avons retrouvées dans vingt livres d'histoire et qui ont créé le mouvement universel d'opinion sur Richelieu réformateur des Ordres monastique? !

RICHliLIEU ABBÉ GÉNÉRAI. DL CÎTEAbX 189

lieu qu'à la Uociieroucauld. lous sig-nèrent et le cardinal lit ajouter au bas : « Tous lesquels articles nous promettons de faire résoudre et accepter dans l'assemblée du premier octobre prochain, et les rapporter à Monseigneur riMiiinentissirne Cardinal Duc, pour être autoiisés et confirmés par Son Einincnce. Fait double en l'abbaye de lloyaumonL le 2o mars 1C35, Signé : F. Pierre .\ivellc, abbé et géjiéral de Cîteaux. f. Charles, abhé de l'ontjgny, f. Claude, abbé de Clairvaux, f. Claude, abbé de Morimond, f. Jean Pelletier, abbé de Foucarmont, ]iroviseur du collège des Bernardins et procureur en ceci pour le H. abbé de la Ferté, »

Peu de jours après, ils tentaient une nouvelle démarche auprès de Richelieu pour le supplier de ne pas les assujettir à ces articles qu'ils n'avaient signés que pour lui plaire, mais qui renversaient entièrement leur Ordre. Le cardinal, qui savait combien ces hommes avaient peur de la réforme, leur dil pour toute réponse qu'il les abandonnait aux mains du cardinal de la Rochefoucauld, qui en ferait ce qu'il voudrait. Dès ce moment, il songeait sans doute à se faire élire abbé de Cîteaux, ou du moins son émissaire dévoué, l'abbé de Coursan, y songeait pour lui. Celui-ci était alors en mission en Bourgogne et, le 29 août 1635, il dénonçait au cardinal divers actes du prince de Condé, gouverneur de la province, contre monsieur de Thianges, lieutenant du roi, qui éveillait très fort la jalousie du prince, puis il ajoutait :

« Reste ^ a assurer \ ostredite éminense que j'ay mis l'affaire a tel apoint, qu'il ne tiendra qu'en elle d'a\oir labbaye de Cyteaux ; s'il luy plaist, je fera} celte affaire, ou bien je la metlray en lestai d'estre faicte quent elle luy plaira. Il me faudroit une course auprès de vostredite éminense pour cela, qui ne seroit que de huict jours en tout, la supliant très humblement vouloir aggréer cette proposition, puisque c'est le bien de cest ordre, qui ne peult estre remis en sa splendeur, que par une puissanse telle que la vostre, conduitte admirable, et zèle incomparable.

» J'ay apris la vaccansc de l'abbaye de Prémontré ; je sou-

l. Aff. Etr., France, Mém. et doc, t. 1490, fol. 460. Le même volume renferme (fol. 4C5) la minute d'une lettre de Richelieu à M. le Prince, où il lui reproche sa jalousie contre M. de Thianges et l'accuse d'avoir voulu diminuer l'autorité du roi pour augmenter la sienne (août 1635).

190 rdruF.LiF.L' rr i a HÉFonME monastique

liailerois y eslre |iuiir luiojiner celte affaire, mais je ne doute pas que le bon abbo de St. Mars n'y fasse des merveilles. Nous nous en sommes entretenus ensemble des moyens qu'il y fault tenir.

Il y fera cent fois mieux que moy, c'est le bien et l'avansement <le tout liu'dre. et n'y a aucun remède de le rcslablir que celuy seul.

» .l'anvois a Aostre éminence le plus meschanl et scélérat livret

qu'on puisse jamais mettre au jour ; il est sans doute faict par un moine mélancolique, cela se desbile au conté, je crois qu'elle le pouroit a\oir desja eu d'aillieurs. C'est seulement pour faire voir a vostrcdite éminonse que je n'obmets rien des soings que je doibs a^■oir sur ses frontières, souliaittant avoir autant de suffisanse, que j'ay de passion de \o)is faire cognoistre par mes continuels services, combien je suis ft veux demeurer tout le reste de ma \ie

Monseigneur

\'ostre très humble, très obéissant, très affectionné, très fidel. et très obligé ser\ileur

COURSAX LABBÉ

De diion retornanl a Auxonne, se 29^ aoust.

» Sil ]3laist a vostre éminense me jiormottre taire un petit tour auprès d'elle, je luy feray conduire dix ou douze chevaux, de ceux qui sont a Toursan, crainte qu'on ust dessein dessus. »

Le cardinal de la Rochefoucauld, à qui Richelieu avait laissé le soin d'achever l'établissement de la réforme de Cîteaux, donna le 20 août 1635 une ordonnance provisionnelle ^ afin qu'on pût tout de suite unir ensemble les monastères de l'étroite observance en congrégation et leur donner moyen de se conserver et accroître : les supérieurs de ces monastères pourraient s'assembler pour statuer et ordonner ce rpii serait nécessaire pour le bien de la congréûation et le soutien de la réaularitr^ : ils y pourraient instituer les prieurs ; ils pourraient recevoir dans leur union tous les reli-

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