‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 101 sur 107 · Afchivc's lie lu Direction des ("luîtes, loc. vil · texte numérisé non relu

Afchivc's lie lu Direction des ("luîtes, loc. vil

Toujours même clairvoyance de la part du général, même insistance à signaler le danger à son collègue et même apathie chez celui-ci, même absence d'instruction à son préfet. Le 10 mai, la maison du cardinal était rentrée à Besançon et il y était lui-même attendu d'un jour à l'autre ; il n'arrivera que le 24 et, pendant ces quatorze jours, des meneurs, inconnus de la ville et venant on ne sait d'où, travaillent ouvertement à organiser une manifestation pour le jour même oii l'archevêque reprendra possession de son siège. On trouve, au sujet de cette sorte de complicité de l'autorité locale avec les émeutiers, la même impression chez l'abbé Perrin et chez Weiss ; on sait ce qu'était le premier ; le second, homme de progrès, comme on disait alors, mais esprit délicat avec une pointe de raillerie voltairienne, n'aimait guère ses archevêques que quand il les voyait persécutés ou morts. Or tous deux constatent avec la même indignation la liberté laissée, dans une telle mesure, aux fauteurs du désordre, qu'on avait le droit de les croire mandataires de l'autorité.

Le 24, nous l'avons dit, à dix heures du matin, le cardinal arrivait à Besançon à l'improviste ; les meneursjacobins, surpris par cette arrivée, n'ayant pas eu le temps de recruter leurs troupes, il n'y eût, ce soir-là, qu'une ébauche de charivari. Le lendemain, ils étaient en mesure : à huit heures du soir, une députation partait des bureaux du Patriote^ journal démagogique, pour aller manifester devant le palais archi-épiscopal, sous prétexte de réclamer que l'on y arborât le drapeau tricolore ;

ce drapeau fut immédiatement arboré, mais c'était le signal : aussitôt, de tous les faubourgs accourut une foule hurlante qui, pendant deux heures, se livra à un vacarme injurieux, vociférant la Maiseil/aùe, entrecoupée des derniers outrages sur les Rohan, et jusque sur ki mère et la naissance du cardinal.

Il n'y avait ni police, ni gendarmerie, ni troupe. Le 25, le préfet, apprenant que l'émotion s'aggravait et entrevoyant à quelle responsabilité pouvait l'entraîner son aveuglement, avait, pour ce jour-là, réquisitionné la gendarmerie et deux compagnies d'infanterie : à la nuit, la foule se montrant plus nombreuse et plus menaçante que la veille, le préfet paya de sa personne, parcourant les groupes, essayant de leur faire entendre raison ; le tumulte redoubhint, la police fit, après les roulements de tambour réglementaires, les trois sommations ; à la police comme au préfet on répondit par des ricanements, en leur jetant ainsi qu'à la troupe des pierres et de la boue et en brisant des réverbères. Le 20, l'émeute, se sentant maîtresse, devint plus audacieuse ; on brisa les vitres du palais, quelques malandrins s'accrochèrent aux grilles du rez-de-chaussée pour escalader le premier étage. La police, qui s'était décidée à agir, empêcha cette escalade et arrêta ceux qui s'étaient signalés comme les meneurs ; elle n'eu connaissait aucun et aucun ne voulut donner son nom ; on eut l'insigne faiblesse de les relâcher le lendemain. Mais les émeutiers n'entendaient pas s'en tenir là ; on avait fait espérer, en les enregi-

mentant, à tous cos gens sans aven autre chose (|ue la siitisfaction dinjurier le cardinal; ils comptaient sur le pillage et remporter leur butin. Quand on aurait opéré à rarchevêclié, où se trouvaient cachés des trésors venus de l'étranger, on parlait de faire rendre gorge aux deux plus riches négociants de la ville, car c'était être carliste que d'être riche'. Le 27, à huit heures et demie, la meute arriva devant le palais avec des échelles ; la plus grande avait été appliquée à la façade et atteignait le premier étage ; les audacieux de la bande avaient déjà gravi la moitié des échelons lorsque le général commandant le département, le baron Chabert, d'un puissant elîort renversa l'échelle sur la foule avec la grappe des détrousseurs qui s'y échelonnaient. Ce fut un hurlement énorme, on riposta par une grêle de pierres dont une atteignit le général en pleine figure, lui broya les lèvres et lui cassa une dent. La troupe, voyant couler le sang du général, fit bon marché de la consigne qui lui avait été donnée de ne pas répondre aux provocations et de ne pas se servir de ses armes: elle se rua sur cette canaille à coups de crosse et en un instant elle fit le vide sur la place et dans les rues avoisinantes.

Le 29, la municipalité eut la main forcée par l'indignation publique, et dut faire afficher une proclamation annonçant la résolution formelle de ne plus tolérer le moindre attroupement et de réprimer par la force toute tentative de sédition.

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