Journal de Wiess
Li: CARDINAL DE UOH AN-Cd AnOT 401
Elle se faisait un devoir de disculper la saine partie de la population de compromission dans ces troubles qui n'avaient eu que des étrangers comme auteurs et des j^enssans aveu comme participants. Gastellane dit, en effet, dans son Jo//rnft/ : « On a donné, par ordre de la Sociét(' .4/V/^-/o/ le rie/ fai- (Ji'ra, des (diarivaris à pres([ue tous les députés ministériels, à leur retour dans les dépai'tements. On en a donné un, le 25 mai, au cardinal de Rohan à son retour à son archevêché. C'est le premier qui a été fait par souscription... » La proclamation municipale c'était l)ien, mais les coups de crosses des soldats c'avait été mieux, eux seuls avaient fait comprendre aux ravageurs que le j)illag'e ne va pas sans comporter quelques risques et ils se tinrent désormais pour avertis.
Restait, pour le préfet du Doubs, l'obligation de faire connaitreà ses chefs hiérarchi(|ues, le ministre de l'Intérieur et celui des Cultes, le beau résultat de leur politique d'abandcui. Ils étaient tous deux trop hommes d'Etat pour ne pas comprendre quelle blessure inguérissable faisait la tolérance de tels actes au bon renom d'un régime ; aussi le préfet s'etTorce-t-il d'atténuer cette impression en dissimulantla gravité des faits. D'après lui aucune mesure préventive et rien de ce qui pouvait être fait n'avait été néglige'. Il s'en tient à signaler de simples actes de tapage, omettant toutes les violences commises, et celles plus graves dont on avait été menacé; il lui était impossible de passer sous silence l'incident de l'échelle, mais pas un mot de la blessure du i;(''néral Chabert, ni de la
providentielle intervention des coups do crosse. C'est par la sagesse etla modération de son action qn'il a tout apaisé. En ce qui concerne le cardinal, le préfet est obligé de reconnaître « que son langage et sa conduite sont inattaquables ; qu'il s'est montré digne, résigné, et que dans ses discours, soit dans ses salons, soit en chaire, il ne lui est jamais échappé une parole sur la politique, ni sur sa situation personnelle' ».
Le préfet se trompe en prétendant qu'il n'est pas échappé une parole au cardinal sur sa situation personnelle. Le 28, au moment précis oîi avaient lieu, devant son palais, ces sauvageries de la foule, M. de Rohan présidait, à quelques pas de là, dans sa cathédrale, aux offices du )nois de Marie. Il était monté en chaire, et, reconnaissant la part de responsabilité que ses antécédents, mal interprétés, pouvaient lui faire dans le déchaînement des passions qui éclataient contre lui, il avait demandé aux fidèles des prières pour les émeutiers et pour lui.
Le préfet terminait son rapport par ses mots : «Désormais affranchi de toute insulte, le cardinal reste sous le poids de l'animadversion publique, je veux dire de celle de tous les hommes nationaux ; on ne lui pardonne ni sa conduite à Rome, qu'on ne connaît pas très bien, je pense, et qu'on interprête avec prévention ; ni la coïncidence de son retouravecl'échautTouréedela duchesse de Berry. » Voilà sur quoi reposait l'animadversion irré-