Causeries dn Lundi, I. IH, jt. V.VÀ
'1. On ne veoél ]ias une dentelle: on met des dentelles, on s'en pare, on s'en couvre, mais on ne s'en revêt pas. Je ne relève cette impropriété chez Sainte-Beuve que pour montrer <|ue, lorsqu'on est dans le faux, la langue elle-même s'en ressent, lïit-on le plus iuipeccable des stylistes.
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lanl il élail impossible de ne pas s'en apercevoir, le soin de sa toilette, en particulier de sa chevelure, qui cependant était très ecclésiastique par la longueur et la forme des cheveux, mais qui, d'un autre côté, étaient très lins comme une line soie noire, et avec cela très lon^s, étaient faciles à déranger et Tohligeaient, dès qu'on lui annonçait une visite, à se regarder à la première glace pour voir où en était sa toilette, surtout ses cheveux. •> On le voit, il n'est ici question de M. de Rohan que dans son salon et non pas à l'autel ; et personne n'est sur ce point témoin plus autorisé que ne l'est l'abbé Perrin.
Cette coquetterie, elle frappait, comme l'a dit Sainte-Beuve, ceux qui n'avaient fait qu'entrevoir M. de Rohan ; pour ceux qui l'avaient vu à l'œuvre, comme évêque, ils souriaient de cette faiblesse sans la prendre au tragique, comme l'abbé Perrin qui voyait là charge d'àme, et ils n'oubliaient pas par quelles touchantes vertus cette faiblesse était rachetée. Le cardinal croyait, comme ButTon, que le vêtement de l'homme fait partie de sa personne et qu'un grand nom comporte une grande tenue ; il était du reste le premier à reconnaître qu'il poussait cette préoccupation jusqu'au travers et à en sourire. On raconte que, à l'archevêché, à l'une des réceptions du soir, un jeune oflicier, en tenue de ville, étant arrivé le premier et, se trouvant seul dans le salon, en profita pour refaire, devant une glace, le nœud de sa cravate. Quelle ne fut pas sa confusion lorsque la glace lui retléta l'archevêque en personne : (( Inutile df vous excuser, dit
LE CARDINAL DE ROHAN-CHABOT 't73
Monsei2:neiir à l'officier confus, jamais vous ne ferez sur le nœud de cravate autant dVtudes que j'en ai fait moi-même. >'
M. de Chateaubriand ne s'est pas rappelé, outre tombe, la rancune recuite qu'il avait gardée de la distinction avec laquelle la reine Caroline et M™" Récamier avaient accueilli Hohan ; il rend en eifet pleine justice à sa mémoire: « La religion et la mort, dira-t-il, ont passé l'éponge sur quelques faiblesses, après tout bien pardonnables, du cardinal de Rohan. Prêtre chrétien, il a consommé son sacrifice, secourant les malheureux, nourrissant le pauvre, vêtant l'orphelin, et usant en bonnes œuvres une vie dont une santé déplorable abrégeait le cours '. »
Ce qu'était physiquement le cardinal, Lamartine Ta dit dans le passage suivant de ses Soitvenirs : « Son visage d'Antinous, ses cheveux parfumés, ses vêtements élégants, ses altitudes étudiées pour l'eiïet, sans mélange visible d'alleclation, le faisaient remarquer partout; son esprit, très cultivé, aimait le beau dans les lettres comme dans sa toilette. Il sentait vivement la piété, cette poésie des âmes tendres^. »
Ce rapprochement de la tête d'Antinotis avec celle si immatérielle de M. de Rohan et le paragraphe tout entier se ressentent de ces erreurs de tacl, de ces hasards de pinceau comme il en échappait souvent à Lamartine dans ses dernières et si hàlives proiliictions. Du reste, le portrait écrit dr?