‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 11 sur 107 · Mémoires du maréchal de Villars, t. V, p. 14 et lo · texte numérisé non relu

Mémoires du maréchal de Villars, t. V, p. 14 et lo

Ton se maintient par la bassesse, et d'où Ton sort avec confusion souvent, et toujours avec douleur. Mais il faut, pour être sage, pouvoir durer avec soi-même, donner à la vie la consistance qu'elle a, qui est bien peu de choses; et, si tous ces calculs ne font pas rire, ils empêchent souvent de pleurer'. »

La Révolution, qui venait frapper si cruellement tout ce qui les entourait, devait sembler aux Rohan presque une diversion et comme un allégement aux liquidations et aux crises implacables où ils se débattaient depuis six ans. Le chef de la famille, Charles-Alain Gabriel, prince de Guémené, duc de Montbazon et de Bouillon'^, ainsi que son frère Victor-Louis-Mériadec, ayant émigré en 1791, entrèrent tous deux, après le licenciement de l'armée de rémigration, au service de l'Autriche et parvinrent au grade de feld-maréchal lieutenant et de grand-croix de l'ordre de Marie-Thérèse, la distinction militaire la plus élevée de l'armée autrichienne. En France rien, en fait dépreuves et d'atteintes, n'avait été épargné à leur maison, on leur avait contesté jusqu'à leur nom. L'empereur d'Autriche sut ne rien négliger pour les amener à l'idée de changer de patrie : il leur concéda le titre d'Altesse Sérénissime, ceux de membre héréditaire de la Chambre des Seigneurs, de che-

1. Lettres inédites de la marq^iise de Créqui : Lettre XIV, p. 42.

2. Jules-Hercule-Mériadec, grand-père du prince Charles, avait épousé, en 1748, Marie-Louise de la Tour-d'Auvergne, dernier enfant du duc de Bouillon, vicomte de Turenne. De là ce titre de duc de Bouillon ([u'avait relevé le prince Charles et qui lui fut confirmé par le Congrès de Vienne.

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valier de la Toison d'Or, de grand-croix et bailli honoraire de l'Ordre souverain de Malte ; bref, en 1808, ils franchirent le pas, et, par la grande naturalisation, qui leur était accordée par lettres patentes, rompant le dernier lien qui les rattachait à leur pays, ces liohan, qui portaient l'un des noms les plus anciens et les plus glorieux de la monarchie française, devinrent autrichiens.

Le dernier acte de présence des Rohan en France, et qui leur était imposé par leur nom, fut, en août 1830, aux obsèques du prince de Bourbon, qui venait de se suicidera Saint-Leu. A ces obsèques, les ducs d'Orléans, de Nemours et d'Aumale conduisaient le deuil : par Bathilde d'Orléans, sœur de Philippe-Egalité, princesse de Bourbon, les fils du roi Louis-Philippe étaient les petitsneveux du prince défunt. M. Lafitte, président de la Chambre, devait porter l'un des coins du drap ; il se dispensa non seulement de se présenter, mais de s'excuser. Pour le suppléer, sur le conseil du chancelier Pasquier, le duc d'Orléans s'adressa au duc de Montmorency ; celui-ci avait à peine formulé son acceptation que parut le prince Charles de Rohan. Il était, par son arrièregrandc-tante Soubise, mère du prince de Bourbon, le cousin issu de germain de ce dernier. Le duc d'Orléans, comprenant l'impossibilité de retirer à M. de Monlmoi'ency l'ollre qu'il avait acceptée, s'en expliqua avec le prince, en y mettant la suprême bonne grâce qui lui était habituelle. M. de Bohan feignit d'accepter les excuses du prince; mais les préventions, avec lesquelles il était arrivé, n'en

INTRODUCTION oO

devinrent que plus ardentes. En effet, peu de jours après, il attaquait le testament du prince et réclamait la partie de la succession à laquelle sa lamille avait un droit inconleslable'. Ses conseils pensèrent que le succès de l'action civile, qu'il se proposait d'intenter, serait rendu certain par celui qu'obtiendrait une accusation contre les auteurs présumés de la mort du prince. Parmi eux devait se trouver, en première ligne. M""" de Feuchèrcs ; M. de Rohan n'épargna rien pour établir l'existence du crime et se porta partie civile. L'atïaire, évoquée par la cour royale, dura plusieurs mois; plus de cent témoins furent entendus. Le procureur s^énéral rédigea, lui-même, le réquisitoire, qui était un modèle de précision juridique et d'iaipartialité : il concluait au suicide. La cour déclara qu'il n'y avait pas lieu à suivre. Le prince, s'étant pourvu en cassation, son pourvoi fut rejeté.

L'action judiciaire au criminel était éteinte; la maison de Hohan menaça longtemps de reprendre l'action au civil ; mais on lui démontra sans doute l'impossibilité d'obtenir l'annulation d'un testament régulièremcnl fait, un an avant la mort d'un testateur, qui ne laissait pas d'béritiers légitimes directs.

Quant aux Rolian-Chabol. ils n'eurent, pendant le xviii" siècle, et pour leur bonheui-, d'autre histoire que celle de leurs illustres alliances et aussi

1. Cette sncce^isioii, pour la plus grosse part, provenait de la mère du prince de Itiinrluui, qui avait apporté chez les Condé rênornie fortune de la belle M"'" de Soubise.

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(les grandes charges qu'ils remplirent, tant à la cour que dans les premiers emplois du clergé, de l'armée, delà diplomatie. Le y6nén\\)\e Al/nafiach (k Gotha, sans doute pour faire expier aux Rohan- Chabot d'être restés Français, insère chaque année, à l'article Rohan-Iiohan, cette mention en lettres grasses : « Maison princière qu'il ne faut j)as confondre avec d'autres familles portant le nom de Rohan, seulement par alliance et sans faire partie de la maison de Rohan. » Cette réserve n'ajjprend rien à personne et aux Rohan-Chabot moins qu'à personne.

Après avoir établi la distinction entre les deux maisons de Rohan et avoir exposé leurs longues rivalités, nous pouvons aborder notre étude sur le cardinal de Rohan-Chabot, sa famille et son groupe.

11 n'avait été parlé de M. de Rohan, avant nous, que par deux auteurs : M. le chanoine ïouchet, alors vicaire général du diocèse de Resançon, aujourd'hui évèque d'Orléans ; M. Geolfroy de Grandmaison.

M. le chanoine Touchet avait pris, comme sujet de son discours de réception à l'Académie de Resançon : le Cardinal de Rohan en 1830. C'est la fatalité de l'éloge académique, de ne pouvoir échapper à l'obligation d'embellir les choses, de profiter du moindre prétexte pour faire lléchir la vérité, de se contenter d'explications qui n'en sont pas. Je serai, presque sur tous les points qu'il a traités, en désaccord avec M. Touchet ; mais, en le réfutant, je ne me départirai pas d'un

sentiment de haute estime pour l'orateur et de sincère admiration pour l'évèque.

C'est à tous les chapitres de son livre sur la Congrégation que M. de Grandmaison rencontre M. de Rohan, et il ne prononce guère son nom qu'il n'y accole une inexactitude. Nous pourrions no pas rtro, avec lui, obligé aux égards que nous imposait Tévèque d'Orléans, car il n'a, lui, de ménagements pour rien ni pour personne. Parmi les prétendues justices qu'il a exercées — je prends au hasard et dans le tas — il dira : que M. Necker faisait résonner Coppet des plus folles maximes sociales et des plus chimériques pensées politiques; que M. Decazes est atteint et convaincu do complicité avec Louvel dans l'assassinat du duc de Berry; que MM. Hoyer-Collard. de Broglie, Mole, Guizot, de Saint-Aulaire... sont de grands sots ; son idéal, eniin, sera la politique de frénésie que pratiquèrent les ultras de 1829. Nous nous bornerons, toutefois, à opposer, aux apologies du cardinal par M. do Grandmaison, un portrait du prélat qui sera vivant et par conséquent vrai, qui donnera la sensation et l'illusion d'une nature bien humaine, où certains préjugés ne diminueront en rien les hautes vertus, ni quelques faiblesses, la vraie grandeur'.

1. C'est, pour moi, un devoir très doux à remplir que de reconnaître ce que, ])Our if^s périodes consulaire et impériale, je dois aux conseils de M. Frédéric Masson, de l'Académie française, qui semble ne pas trouver de meilleur emploi, à sa prodigieuse érudition et à la sûreté de son esprit critique si personnel, que de les mettre au service de son obligeance.

J'ai aussi une dette de gratitude à acquitter envers M. Léonce Pingaud, de l'Institut, un historien dont je serais fier de pouvoir me dire le disciple.

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