Arch. N'at., ioc. cil
3. Maternels oui. paternels non : le duc de Cliahot, devenu duc de Rohan, était mort en ISOl. 11 s'était remarié; mais, comme il s'était mésallié, les Rohan n'avaient pas reconnu sa seconde femme,
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vincc. Son parti a 6iv depuis longlenipsune alTairo d'amour-propre plus que de sentiment; il est spirituel, aimable, l)rave ; son fils est bien élevé, mais a moins d'esprit du monde qnc son père. Digne de l'honneur pour lequel il est proposé et qu'il acceptera assurément. »
Le décret modifié, les candidats ayant été portés de trente-six à quarante, fut définitivement signé à Trianon, le 21 décembre 1809. Deux seuls noms avaient été rayés de la main de l'empereur, d'un trait de plume écrasé et qu'on devine rageur, c'était ceux de Bruno de Boisgelin et de Chanaleilles. Quatre autres noms avaient été ajoutés, également de la main de Sa Majesté, en marge du premier décret, et voici quelles circonstances les avaient désignés à son choix : Le marquis de Rivière, impliqué dans le procès de JNIoreau et de Pichegru, avait été condamné à mort; puis la peine capitale avait été commuée en celle de la déportation, après qu'il aurait subi une détention préalable de cinq ans au fort de Joux. Ces cinq ans étant sur le point d'expirer, quelques-uns de ses amis firent agir, auprès du ministre de la Police, pour épargner à Rivière la déportation. Fouché répondit que le condamné ne s^'rait pas déporté et serait même mis en liberté, si quelques personnes notoires s'engageaient à le représenter à première réquisition. Six cautions s'oll'rirent immédiatement : c'étaient MM. Matthieu de Montmorency, Brancas, Fitz-James, la l'erté, Sainte-Aulaire et Auguste de Chabot. Il ne fallait pas défier Fouché de manquer à sa parole ; en dépit de la caution, qui était
plus que bourgeoise, M. de Rivière fut maiulenu au fort de JoQX. Quelques mois plus tard, dix-sept des compagnons de sa captivité, ayant percé la muraille, s'évadèrent. Quand, le lendemain, le commandant du fort trouva toutes ses cellules vides, à l'exception de celle de Rivière, il en témoigna sa surprise à celui-ci, qui répondit : « Mes camarades m'avaient fait part de leur projet ; M. Fouché a pu manquer à sa parole, il n'a pas dégjtigé par là celle de mes amis qui m'ont cautionné ; leur parole vaut la mienne, je l'ai tenue et je suis resté. »
Une si rare loyauté toucha l'empereur; c'était à l'époque de son mariage, il lit mettre en liijerté M. de Rivière et, à la liste des cliambellans que le duc de Bassano lui présentait, il ajouta les noms de quatre des cautions de M. de Rivière : ceux de MM. de Brancas, Fitz-James, Sainle-Aulaire et Chabot. 11 faut reconnaître qu'il n'était guère possible à ces quatre chambellans d'entrer plus honorablement dans une antichambre.
Les biographes de Chabot sont unanimes à affirmer que son prétendu ralliement à l'Empire est antérieur à sa nomination de chambellan, qu'il avait été notamment attaché par l'empereur au service d'honneur, d'aboi'd de la princesse Borghèse, ensuite de la reine de Xaples. En ce qui concerne la princesse de Borghèse, elle n'a eu de maison qu'à [)artir de 1807, et ses chambellans élairnt, et ont été jusqu'à la fin, MM. de Clermont-Tonnerre et Forbin. Quant à la princesse Caroline, grandeduchesse de Clèves et de Berg jusqu'en 1808, elle avait eu, en cette qualité, pour chambellans
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MM. d'Aligre. et do Schell qui, lors do son avrnement au trôno de Naples. l'y ont suivie. Et puis, dans la note fournie pai' le duc de Bassano à l'empereur, les attaches antérieures qu'avaient pu avoir les candidats avec les membres de la famille impériale, sont relevés avec soin; il n'est relevé aucune de ces attaches en ce qui concerne Chabot. Nous avons donc le droit de conclure que, avant le décret de t809, Chabot n'avait été attaché par aucun lien à la famille impériale.
Disons toutefois, à l'honneur des Rohan, qu'ils ne songèrent pas à bénéficier de cette faveur; que, la subissant comme une réquisition, ils se refusèrent à en faire une capitulation, en implorant, comme tant d'autres et des plus hers le faisaient, la restitution de ceux de leurs immeubles confisqués qui avaient été affectés à un service public et dont, au mépris des dispositions du sénatus-consulte, on maintenait la confiscation.
Ce décret de 1809, avec ses quarante chambellans, était le premier acte de la manifestation que préparait l'empereur et par laquelle il entreprenait de maîtriser l'opinion ébranlée parles inquiétudes qu'éveillaient, à partir de 1808, la spoliation des Bourbons d'Espagne, le soulèvement qui s'ensuivit et qui s'étendit sur vingt points dill'érents de l'Allemagne, en lin par la captivité du Saint- Père. Et puis, en inscrivant sur la liste des dignitaires de sa maison quarante des jeunes gens appartenant aux plus anciennes maisons de France, il rendait sa cour digne de l'archiduchesse dont l'orgueilleuse race des Habsbourg venait de lui
accorder la main. Et cotte préoccupation de sembler, comme le disait un de ses familiers, marcher au milieu de sa gloire, elle s'affirmera avec d'autant plus d'éclat que son astre pâlira davantaoe. En 1811, en etfet, il élève le nombre de ses chambellans à soixante-huit; en 1812, à soixante-dix; en 1813, en plein désastre, à quatre-vingt-six. Mémo progression dans le nombre des dames du palais. Mais, à à partir de 1814, la désertion commence à se ])roduire dans les rangs des chambellans rétribués : en janvier, MM. de Gontaut et de Contades ne se présentent pas pour émarger; en février, c'en est quatre autres : MM. de Mun, de la Vieu ville, de ^lercy Argenteau, de Nicolaï ; enfin, en mars, la défection porte sur huit : MM. de Brignoles, de Graves, Folette de Baral, de Bondi, Dumanoir, de Brancas, de Beauveau, de Grammont. En avril, c'était l'abdication; on ne dressa pas de listes d'émargement; le montant des traitements fut reporté au compte de liquidation, où les défaillants de janvier, février et mars considérèrent comme un devoir de se faire inscrire'.
Le nom de Chabot, inscrit au décret de 1809, a inspiré à M. de Chateaubriand, dans ses Métnoires ^ (VOufrc-Tombe, une page oix son génie d'écrivain retrouve tous ses trésors de fiel et toute sa trempe. Oubliant l'apologie que, cinq ans auparavant, il faisait de la grande noblesse, dans son livre, tout bouffi de sentimentalité royaliste, sur le duc de Berry jl écrit : « On ne s'explique pas,
i. Archives Nationales, Comptes courants du tfrand-chanibellan et comptes de ii(|ni(latinn, (),-24!l.
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de prime abord, comment des gens que leur nom rendait botes à force d'orgueil s'étaient mis aux gag(>s d'an parvenu. En y regardant de près, on trouve (jue cette aptitude à entrer en condition découlait naturellement de leurs munirs façonnées à la domesticité; point n'avaient souci du changement de livrée, pourvu que le maître fût logé au château, à la même enseigne, f.e mépris de Bonaparte leur rendait justice ; ce grand soldat, abandonné des siens, disait à une grande dame : « Au fond, il n'y a que vous qui sachiez servir. »
Celte page des Mi-rnoii^es a été écrite au lendemain du jour où, tombé du pouvoir, M. de Chateaubriand frappait comme un Koland furieux, à tort et à travers dans le délire de son orgueil ulcéré. Il fallait qu'il fît payer à cette ingrate noblesse son triomphe sur lui, et qu'il se vengeât d'avoir été chassé par les épaules, comme un valet, ainsi qu'il le dit lui-même, de ce régime bourbonien où il avait rêvé et se croyait le droit d'être tout. Rien ne saurait être plus bête que de s'enorgueillir de son nom, si ce n'est de cumuler, comme il l'a fait, l'infatuation nobiliaire avec la prétention de la mépriser. Il va enfin, pour le service de sa passion, jusqu'à changer le sens des mots et à voir du mépris dans ce témoignage que le grand soldat, abandonné des siens, rendait à la noblesse qui avait eu le respect de son malheur : ^ Au fond, il n'y a que vous qui sachiez servir '. »
1. On lit, dans les Mémoires de M"" Ducrest sur VliiijH'ralrice Joséphine : « M"'° de Montmorency, dans ses l'onctions de daine d'honneur, l'ut toujours convenable sans adulation, et j'ai entendu souvent Sa Majesté répéter qu'elle était beaucoup plus
Et puis il y a pire indignité que de servir, c'est dôtre l'esclave de son orgueil au point d'aller, pour en venger l'injure, jusqu'à la défection. Dans la première moitié de sa carrière politique, en effet, M. ile Cliateaubriand avait ardemment travaillé à pousser la îiestauration dans le sens de l'ultraroyalisme. Au lendemain de son renvoi du ministère, sans transition, il l'attaquera en groupant autour de lui toutes les forces de ceux qui, jusquelà, avaient été les pires ennemis de sa foi politique et religieuse. Dans ce duel, la Restauration a iini par se briser. La besogne faite, à laquelle il pouvait se vanter d'avoir contribué plus que personne, M. de Chateaubriand continuera son double rôle : d'un côté jouant la comédie de la fidélité envers ceux qu'il avait fait, il l'avoue, cbasser à coups de fourche; mais il prendra sa revanche lorsque, allant en pèlerinage auprès de ces grandeurs tombées, il n'y portera d'autres préoccupations que de noter les misères qui entourent leur exil et de dénoncer leur ridicule imbécillité.
La haute aristocratie, en ne protestant |)as contre les vues de l'empereur qui voulait, en la ralliant d'autorité, non seulement ajouter au prestige de son pouvoir, mais réconcilier les anciennes
satisfaite de cette réserve, si fraiictie, (jue de l'empressement de certaines dames qui, dés qu'elles étaient sorties des Tuileries, se plaignaient d'avoir été forcées d'accepter leurs places. » « Il était aisé, disait Napoléon à Sainte-Hélène, d'apercevoir la ditl'érenee de la manière de servir de l'ancienne aristocratie et de la nouvelle : une .M"'" de Montmorency se serait précipitée pour renouer les souliers de l'Impératrice; une dame nouvelle y eût répugné, elle eût craint d'être prise pour une femme de chambre. .M'"" de Montmorency n'avait nullement cette crainte. » {Mcniurial de Sainte-lléléne, t. II. p. ~.)
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races avec les couches nouvelles, la haute aristocratie ne faisait pas que changer de livrée à condition que l'enseigne fût la même. La Révolution avait bouleversé à de telles profondeurs le sol national que, si étroitement liées qu'eussent été leurs familles à l'ancienne monarchie, les générations survivantes n'entrevoyaient plus la possibilité que cette monarchie put reprendre en France racine et vie. De là le sentiment de résignation, — rendu moins lourd par la grandeur des débuts de l'Empire, — avec lequel les Rohan subirent l'attache qui leur était imposée aux dignités de la cour impériale.
Cette nomination d'Auguste de Chabot aux fonctions de chambellan a donné lieu à une autre interprétation ; elle est de M. Geoffroy de Grandmaison, qui, dans son livre de la Congrrgation, dira : « Entre toutes la naissance de M. de Rohan est illustre; mais elle devient le motif de la persécution républicaine et une cause d'ombrage pour le gouvernement impérial. L'éclat de son nom, la distinction de son caractère, la grâce de sa personne le désignent pour des charges à la cour, mais il est, par ordre, chambellan d'un souverain qu'il regarde comme illégitime, et n'accepte des fonctions qui lui sont à charge que pour payer la rançon de la liberté de ses parents'. »
Je ne crois pas qu'il soit possible, quand on y aurait tâché, d'accumuler en quelques ligues plus d'inexactitudes.
1. La Cayn/rér/aliou, par M. fieofri-ny de Grandmaison, p. I(i8,
Et, d'aijord, en quoi la naissance de Cliabot al-elle pu devenir pour lui le motif de la persécution répuldicaine? Il avait quitté la France à l'âge de dix-huit mois, il y est rentré à l'âge de douze ans, sans que le joug républicain se soit, à un moment quelconque, appesanti sur lui. Je sais bien que son père avait eu ses immeubles vendus nationalement, et que, à sa rentrée dans son pays, il a été incarcéré, puis libéré après deux mois et demi de détention. Mais il me semble que l'Etat, qui le savait con\aiiicu d'avoir, pendant dix ans, [)orté les armes contre la France, et de s'être fait le couiplice de toutes les trames ourdies contre elle, avait bieu le droit d'exercer quelques représailles. Si, en elfet, on accorde les circonstances atténuantes, en se mettant à leur point de vue, aux émigrés qui ont porté les armes contre leur pays, il faut de toute justice, eu se mettant au point de vue républicain, recounaitre que, si les conliscations, par lesquelles la Uc'volution sest défendue, restent excessives, la mis»' sous séquestre aurait été pleinement justitiée.
Quant à l'ombrage ([ue celle même naissance a pu causer au gouvernement im|)érial, il est diflicile d'admettre que, après Auslerlit/ et Tilsilt, elle ait pu, si glorieuse qu'elle ait été, éveiller chez l'empereur un sentiment d'envie. Que dire enfin de la résignation de Chabot aux fonctions de chambellan qui auraient été la rançon de la liberté de ses parents? D'ordinaire la rançon se paie donnant donnant : or, le père de Chabot, après deux mois et demi de détention, avait vu les
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portes do sa prison s'ouvrir, en oclohre ISUO, et la nomination de son (ils aux l'onc(ions de < liaiiibellan est de 18(i!). Voilà une rançon pour le règlement de laquelle on a concédé un suflisant délai. Et pnis, fani-il oublier que c'est sur nn ordre de la main du premier (.onsul qu(^ le (îi'and- Juge a accordé ramnislie au prince de Léon et que ce Grand-Juge a accepté comme véridiques les attestations qu'il savait de tous points controuvées et d'après lesquelles Léon n'anrait jamais porté les armes contre la France. En ce qui concerne la surveillance dont il aurait été l'objet, nous constaterons qne la police impériale, qui passait pour implacable, s'est montrée, à son égard, d'une rare endurance. L'auteur, en eiïet, de la Notice, sur la maison de Chahot qui, s'il est un apologiste, reste un consciencieux historien, relate que « le prince de Léon n'est rentré en France qu'avec l'autorisation écrite du roi et que, jusqu'à la Restauration, il ne cessa de s'occuper désintérêts de Sa Majesté' ». On nous oblige à rappeler, ici, que le prince de Léon n'avait été amnistié que sur le serment prêté par lui de n'entretenir, ni directement ni indirectement, aucune liaison ni ('orres[)ondance avec les ennemis de l'Etat. Nous savons que l'on fait bon marché des serments politiques ; mais le gouvernement, à qui on l'avait prêté, avait le droit de l'interpréter plus sérieusement, et de concevoir, du cas qu'on en faisait, autre chose encore que de l'ombrage. Il n'a pris sa revanche qu'en nommant
1. lUbliulhèque iiatiuiiale, Sotice historique el r/enéalogigue de la )/U(iso7i de Cnabol, L'', 183.
l'un des fils du prince chambellan et l'autre, nous allons le voir, sous-lieutenant.
An sujet des prétendues relations de Chabot avec l'empereur, il reste une légende, qui a cours en Franohe-Gomté, et dont M. de Grandmaison n'hésite pas à se porter garant. In soir de l'été de 181<'', si l'on en croit l'abbé Perrin, Auguste de Chabot, étant désigné |)our le service de semaine, avait accompagné l'empereur à la Comédie-Française, où Talma jonait le rùle de Néron dans Brita/i/iicus. Au troisième acte, lorsque Néron paraissait, surprenant entête à tète Britannicus et Junie, Talma, sans articuler un mot, par le seul ell'et tragique de tout son être, produisait un irrésistible sentiment de terreur. A ce moment, l'empereur, transporté par son émotion, et pour la sentir partagée, aurait saisi la main de son chambellan, et de cette main serait tombé un chapelet. Sa Majesté, oubliant, à cette découverte, et la scène et la salle, aurait pris son chambellan dans ses brasi.
l/iuvraisemblance de celte scène est criante : et d'abord ce chambellan, récitant son (diapelet eu pareil lieu, nous semble d'une éditication par trop enfantine, et puis pour qui sait quelle prise a eu de tout temps le mysticisme sur l'àme de l'empereur, il est certain que c'aurait été autre chose que de l'attendrissement que lui aurait causé la découverte de ce chapelet. Entin la possibilité de
I. L'abbi'; Peri'in, apri's avoir relaté, dans ses Mémoires, cet incident, prend la précaution de dire qu'il ne le tient pas du cardinal : c est avouer qu'il en est le seul éditeur responsable.
ni LE CAKDLNAL DE ROIlAN-CllAIiOT
cet attendrissement est contredite pur rintlrxiljle impassibilité de l'empereur. Sentant qu'il n'avait pas la majesté héréditaire, il sinteidisait toute familiarité ; il craij^nait, en se laissant approcher, qu'on ne le tàtàt pour ainsi dire au défaut de la cuirasse, et qu'on ne sentit par où il iléchissait.
Mais il y a, aux déclamations de M. de Chateaubriand et à la légende du cha[)elet, une réponse péremptoire : elle nous est fournie par des documents officiels qui ne peuvent laisser subsister l'ombre d'un doute. 11 y avait, cela résulte des (-omptes courants, deux ordres de chambellans : les ordinaires^ qui seuls étaient de service auprès de Sa Majesté, et touchaient un traitement de 3.000 à 12.000 francs, et les honoraires, qui n'étaient astreints à aucun service, et ne touchaient aucun traitement. 11 est arrivé, lors de l'êtes exceptionnelles, et le personnel des chambellans ordinaires se trouvant insuilisant, de faire appel à quelques-uns des chambellans honoraires ; il était alors alloué à ceux-ci une gratilication; or non seulement Chabot n'a jamais ligure dans la liste des chambellans ordinaires; mais son nom ne figure sur aucune liste d'émargement de gratifications pour service temporaire. On peut donc conclure, en toute certitude, qu'il n'a jamais porté qu'un titre honoraire et que ce titre n'a comporté, pour lui, pas plus de service personnel que de traitement ou de gratification. Que reste-t-il, dès lors, qui puisse l'atleindro, dans l'accusation de servilité de M. de Chateaubriand, ou qui reste
debout de la légende d'enfant de chœur de MM. Perrin et Grand maison •-
Deux ans avant qu'Auguste ne fût nommé chaTnbellan, son frère Fernand avait éveillé le bienveillant intérêt de l'empereur. Il avait été très remarqué, à un bal déguisé chez les Greffuhle, pour la noblesse de ses traits et la crânerie de son allure. L'écho de son succès était parvenu aux Tuileries ; le lendemain, F'ouché le fit appeler et lui dit le désir qu'avait exprimé l'empereurde lui voir prendre du service dans l'armée. « J'en obtiendrais difficilement l'autorisation de ma famille, répondit Fernand. — Voulez-vous donc vous faire prêtre, demanda Fouché ? — Fernand avait eu sur les lèvres de lui répondre : (( Non pas même oralorien. » L'empereur envoya, alors, des brevets d'officiers à vingt jeunes gens de la haute aristocratie; mais Fernand fut désigné pour l'école de cavalerie de Saint-Germain. C'était à
1. Archives Nationales, Comptes courants du grand-cliambelian.
Ces Comptes courants du grand-rliambellan renferment d'intéressants détails. Ainsi, dans le cliapitre de la garde-robe de Tenipereur, on trouve Tindice de son esprit d'ordre et de rigoureuse économie. Le l'ameux tiabit vert des cliasseurs de la Carde, qui était la tenue ordinaire de Sa Majesté, n'était mis à la réforme qu'après avoir eu ses revers, ses parements et son collet jusqu'à deux fois remplacés. La redingote grise, qui coûtait 160 francs, subissait les mêmes réparations que l'habit, et le légendaire petit chapeau n'était mis au rebut qu'après avoir été deux fois retappé, à 4 livres par fois. Les journaux légitimistes raillaient impitoyablement Louis-IMiiiippe sui' ses flanelles, ses bretelles et son parapluie. Oui aurait supposé que l'empereur faisait, ni plus ni moins que le roi-citoyen, une énorme consommation de tlanelles, (|ue, lui aussi, il portait des bretelles? Toutefois mon respect pour la vérité m'oblige à reconnaître que, dans l'inventaire de huit années de la garde-robe de Sa .Majesté Impériale, je n'ai pas découvert un seul parapluie.
114 LE CARDINAL DE ROll AN-riI AliOT
la veille du jour où se célébrait le mariage de sa cousine de La Rochefoucauld avec le prince Aldobrandini-Borglièse. La reine Hortense se trouvait au bal qui fut donné à cette occasion. Elle vit Fernand, le questionna avec le plus gracieux intérêt et lui demanda s'il avait reçu un brevet d'officier. Il répondit qu'il était désigné pour l'école de Saint-Germain, et qu'il ne s'y rendrait qu'avec une grande répugnance. La reine courut aux Tuileries, et, avant la fin du bal, elle faisait remettre à Fernand. par son chevalier d'honneur, un brevet le nommant sous-lieutenant au 4' cuirassiers, commandé par son nouveau cousin Aldobrandini. 11 rejoignit immédiatement son régiment près de Vienne; de 1809 à 1814, il a été partout oi^i l'on se battait, soutenant vaillamment l'honneur de son nom; à Wagram, à Smolensk, à Borodino. Il arriva à Moscou percé de dix coups de lance; l'empereur lui donna à choisir: ou le grade de capitaine avec i-.OOO francs de dotation, ou la croix de la Légion d'honneur. La Légion d'honneur était alors si glorieuse que Fernand demanda à rester sous-lieutenant et choisit la croix, que Sa Majesté lui attacha.de sa main, sur son habit en lambeaux. 11 fut alors désigné comme aide de camp du général, comte de Narbonne, qui était aide de camp lui-môme de l'empereur, aussi Chabot fut-il appelé souvent à faire fonctions d'officier d'ordonnance près de Sa Majesté qui, en toute occasion, se montra pleine de bontés pour lui.
Chabot fut, aux côtés de son cousin, Gastellane, de toutes les misères de la retraite de Russie, où
LE CARDINAL DE ROHAN-CII ABOT il5
il perdit tout ce qu'il possédait : chevaux, effets ; on lui vola jusqu'à son chapeau qui lui servait d'oreiller, une nuit qu'il dormait dans la neige, il aboutit, avec Narhonnc, à Torgau, où il subit ce siège héroïque qui ne pi'it lin, par une capitulation, ([ue lorsqu'iln'y eut ])lus un clievalà manger. Chabot avait eu la douleur de voir mourir entre ses bras son général. 11 fut chargi' de porter la capitulation à l'empereur qu'il rejoignit à Brienne, où Sa Majesté le lit chef d'escadron ; il avait vingtcinq ans. L'empereur lui ayant demandé si, parmi ses camarades, les Bourbons avaient beaucoup de partisans : « Sire, avait rc'pondu Chabot, dans l'armée, on ne soupçonne pas leur existence. » Voilà à quel point un homme revenu d'émigration à l'âge de dix ans, né de parents non seulement inféodés, mais alliés à la maison de France, pour n'avoir passé que quatre ans dans cette fournaise qu'était l'armée, s'était imprégné de l'esprit nouveau.
Après son mariage avec Marie- Louise, l'empereur, dans la pensée que sa cour ne différât pas trop de l'ancienne, voulut ajouter, à la satisfaction de créer une noblesse nouvelle, celle plus délicate d'accorder aussi des titres à l'aristocratie d'ancien régime; de la faire, pour ainsi dire, dater de lui. Par décret du 15 août 1810, Auguste de Chabot était nommé comte, avec ses collègues Montagu, Noailles, Goutaul, Sainte-Aulaire, Grammont, Lur- Saluces, Montalembert, Beauveau, d'Haussonville et Vaulgrenant'. Plusieursde ces nouveaux comtes